GODEFROY DE BOUILLON
De nombreux pèlerins abandonnèrent alors l’armée chrétienne pour retourner dans leurs pays, et trois cents chevaliers restèrent seuls sous la bannière de Godefroy pour défendre ses États, dont le principal appui était, avec la terreur qu’avaient inspirée aux infidèles les victoires des croisés, les divisions religieuses et politiques qui régnaient en ce moment parmi les musulmans. Tancrède, quiavait manifesté le désir de terminer ses jours en Palestine, fut chargé par Godefroy de s'emparer du territoire et de la ville de Tibériade, dont il se fit une principauté vassale du royaume de Jérusalem.
Vers la fin de l’année 1099, Baudouin, comte d’'Édesse, et Bohémond, prince d’Antioche, vinrent en pèlerinage dans la cité sainte ; ils n'avaient point, en effet, participé au siège de cette ville. Ils étaient accompagnés de Daimbert, archevêque de Pise, qui remplaça Arnould de Rohes sur le trône patriarcal de Jérusalem. Godefroy profita de la présence de ces princes pour faire rédiger par un conseil d'hommes sages et éclairés un code de lois destiné au nouveau royaume. Ce code, complété par ses successeurs et connu sous le nom d’Assises de Jérusaiem, établit en Palestine le régime féodal de l’Europe, mais modifié par les mœurs et les besoins de l’Orient, ainsi que par l’esprit des croisades.
Godefroy était à peine âgé de quarante ans, lorsqu’au retour d’une expédition au delà du Jourdain, il fut énlevé par une mort prématurée à Paflection de ses sujets et à l’œuvre glorieuse dont il poursuivait l’accomplissement. Il succomba à Jérusalem, le 17 juillet 1100, un an après la conquête de cette ville par les croisés, et il fut enseveli dans la chapelle basse du Calvaire. Après lui, Baudouin, comte d’Édesse, son frère, fut appelé par le choix des seigneurs du royaume à lui succéder, malgré les réclamations du patriarche Daimbert, qui, en vertu d’une promesse de Godefroy, revendiquait pour lui-même et pour le siège qu'il occupait l'héritage de ce prince. Cédant son comté d’'Edesse à
son cousin Baudouin du Bourg, il s’achemina aussitôt vers Jérusalem et, après avoir affronté les plus grands périls dans le défilé du fleuve du chien, au nord de Beyrouth, il parvint à la Ville Sainte, où il fut reçu avec enthousiasme, puis couronné roi dans la basilique de Bethléhem, le jour de Noël 1100. À peine monté sur le trône, il déploya une activité infatigable et la plus brillante valeur dans les nombreuses expéditions qu’il entreprit durant tout son règne, et le petit État fondé par son prédécesseur s’accrüt considérablement entre ses mains. C’est ainsi que. secondé par une flotte génoise, il put s'emparer successivement d’Arsouf, de Césarée, où les croisés firent un immense butin, de Ptolémaïs, de Tripoli. qui fut concédée comme fief au comte Bertrand, fils de Raymond de Toulouse, de Bevrouth et de Sidon. Avec une poignée d'hommes, il battit plusieurs fois, dansles plaines de Ramleh, destroupes égyptiennes, infiniment plus considérables que les siennes. Son courage téméraire compromit même quelquefois le sort de son royaume; mais, à force d’audace et d’opiniàtreté, il sut toujours réparer ses fautes. En même temps, il s’occupa de repeupler Jérusalem et d'y créer plusieurs établissements religieux. S'il échoua ensuite dans le siège de Tyr, 1i ne se laissa pas décourager par ce revers ; mais, traversant bientôt les déserts de l’Arabie, il s’avança jusqu'à la mer Rouge et soumit tout sur son passage. Deux ans après, il envahit l'Égypte. Déjà, il avait pris Pharamia, non loin des ruines de Péluse, lorsqu'il fut attaqué soudain par une violente maladie d'entrailles qui le força de s’arrêter dans sa marche victorieuse. En retraversant le désert sur une litière, il arriva mourant à El-Arisch, où il expira, le 7 avril 1118. Ramené embaumé à Jérusalem, 1l fut honoré par de solennelles funérailles, et ses restes furent déposés près de ceux de son frère Godefroy, dans la chapelle basse du Calvaire.
Eustache, frère de Baudouin, était l'héritier légitime