AMAURY ET BAUDOUIN IV
de Tripoli, qu'il fit prisonniers. Amaury se hâta de quitter l’ Égypte pour voler à la défense du nord de ses États; mais il ne put empêcher la ville de Panéas de tomber également au pouvoir de Nour-Eddin. Cependant, des HYoubIes ayant éclaté en Égypte, Amaury y fit deux autres expéritions successives, et il fut même sur le point de s’ emparer du Caire; mais à l'approche de Schirkon, vizir de Nour- Eddin, dont les Égyptiens avaient implôré le secours, Amaury reprit le chemin de ses États, lorsque l’arrivée d’une flatte grecque dans le port de Ptolémaïs réveilla en lui le désir de tenter de nouveau la conquête de l'Égypte, et il alla mettre le siège devant Damiette, au mois de novembre 1169.
Mais, après cinquante jours d'efforts stériles, il fut con-
traint de renoncer à son entreprise. De retour en Palesüne,1l se décida àse rendre lui-même à Constantinople, afin de solliciter en personne l’appui de l’empereur Manuel, qui lui avait donné une desesnièces en mariage. Il reçut un brillant accueil à la cour impériale, mais il revint sans aucun secours.
La mort du khalife Adhed, en 1171, mit fin à la dynastie des Fatimites en Egypte et Fvra cet empire à Saladin, fondateur de la dynastie des Ayoubites. A la mort de Nour-Eddin, arrivée en 1173, Amaury essaya, mais vainement, de reprendre Panéas. Il mourut bientôt lui-même à Jérusalem, le LA juillet de cette année, laissant un fils, encore mineur, qui fut couronné sous le nom de Baudouin IV, dans l’église du Saint- Sépulcre. Raymond, comte de Tripoli, fut chargé de la régence. Saladin ne tarda pas à s emparer de l’autorité à Damas comme il s’en était emparé au Caire, et devint ainsi, par l’accroissement rapide de sa puissance, le plus terrible adversaire que les croisés eussent encore rencontré en Orient. Néanmoins, en 1178, ayant envahi la Palesne, il fut battu près de Ramleh par le jeune Baudouin, et les débris de son armée ne parvinrent à regagner l'Égypte qu'après une retraite désastreuse. Sans se
laisser déconcerter par ce revers, il commença bientôt ses incursions contre les chrétiens et, en 1179, il détruisit une forteresse qu'ils venaient de bâtir près du gué de Jacob, pour la défense de la Galilée. L’an 1180, par la prise d'Alep, il étendit sa domination sur la Syrie jusqu’à l’Euphrate, et prépara de la sorte, de plus en plus, la chute du royaume de Jérusalem. Cependant la maladie du roi Baudouin, atteint depuis longtemps de la lèpre et devenu, en outre, aveugle, faisait des progrès continuels. Côntraint de renoncer à l'autorité, il confia les rênes du gouvernement à son beau-frère, Guy de Lusignan, à qui il avait donné en mariage, en1182, sa sœur aînée, la princesse Sibylle, veuve du marquis de Montferrat; mais ce prince indolent laissa Saladin promener impunément la dévastation et les massacres sur les terres des chrétiens. Des plaintes s’élevèrent de tous côtés contre le nouveaurégent. Baudouin lui retira l'administration du royaume, pour la mettre entre les mains de Raymond, comte de Tripoli. En même temps, il fit couronner roi Baudouin V, enfant de cinq ans, issu du premier mariage de sa sœur Sibylle avec Guillaume Longue-Épée, marquis de Montferrat.
Aprèsla mort de Baudouin IV, arrivée en 141185, le comte Raymond s’efforça de conserver la régence, pendant que Sibylle cherchait à faire donner le sceptre à son mari. La mort subite du jeune prince Baudouin V redoubla les intrigues de cette princesse et elle parvint enfin à se, taire couronner avec son mari dans l’église du Saint- -Sépulcre, en 1186.
Sur ces entrefaites, Renaud de Châtillon rompit la trêve que Baudouin IV, avant de mourir, avait conclue avec Saladin, en pillant une riche caravane musulmane qui passait près de la forteresse de Kérac, dont il était maître. À cette nouvelle, Saladin appela à la guerre sacrée tous les guerriers de la Mésopotamie, de la Syrie et de l'Égypte. Son fils Afdhal, traversant le Jourdain, remporta près de Nazareth, le 1% mai 1188, un premier
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avantage sur les Francs. Guy de Lusignan, à la prière du patriarche, se réconcilia alors avec le comte de Tripoli, auquel il s’apprêtait à faire la guerre, et il fut décidé que toutes les forces du royaume se réuniraient pour s'opposer à celles du sultan. L’armée chrétienne comptait cinquante mille combattants. Saladin s’avançait à la tête de quatre-vingtmille hommes. Ilcommença par s'emparer de Tibériade, qui fut prise et incendiée, et dont la citadelle seule résista. Les croisés, campés à Séphoris, tinrent aussitôt conseil et la plupart des chefs furent d'avis qu’il fallait se hâter de courir à la défense de cette citadelle. Malgré les objections du comte de Tripoli, dont la femme néanmoins ainsi que les enfants étaient renfermés dans la forteresse de Tibériade, et qui prévoyait, sans doute, une défaite certaine, si l'on abandonnait le campement de Séphoris où l’on avait de l’eau en abondance, 1l fut décidé que l’on marcherait au secours des assiégés. Le 3 juillet 1187, on quitta donc la source intarissable de Séphoris et, par une chaleur accablante, on s’avança au-devant de lennemi auquel on livra un premier combat. L'armée du sultan était placée entre le lac et les chrétiens Ceux-ci, torturés par la soif et étouffés en outre par l’épaisse fumée qui s’échappait des broussailles auxquelles les musulmans avaient mis le feu, passèrent une nuit cruelle. « Demain, sedisaient-ils les unsaux autres pour s’encourager, nous trouverons de leau avec nos épées. » Le lendemain, 4 juillet, les deux armées restèrent quelque temps en présence, sans s'attaquer, comme si elles hésitaient à engager une action qui allait décider du sort du monde chrétien et du monde musulman; puis la lutte recommença terrible, mais inégale, et bientôt Les Francs, épuisés par la chaleur, par la fatigue et par la soif, ne présentèrent plus qu'une masse confuse et désordonnée aux coups de l'ennemi. Guy de Lusignan se retira alors avec les Templiers et les Hospitaliers sur la colline de Hattin. Près de lui, l'évêque de Ptolémaïs
portait la Vraie Croix. Ayant reçuune blessure mortelle, il la remit à l’évêque de Lydda, qui tomba bientôt au pouvoir des musulmans avec cet étendard sacré. En même temps, le roi fut fait prisonnier, ainsi que la plupart des guerriers qui l’entouraient.
Après la bataille, Saladin se retira dans sa tente et fit venir auprès de lui Guy de Lusignan, avecles principaux captifs. Comme ce prince était pressé par la soif, il lui fit apporter de l’eau glacée. Le roi, après avoir bu, présenta la coupe à Renaud de Châtillon; mais Saladin s’écria aussitôt: « Ce n’est pas moi qui ai offert à ce misérable de boire», et se tournant alors vers Renaud, il lui reprocha son entreprise sacrilège contre les villes saintes de la Mecque et de Médine et la violation du dernier traité, puis 1l lui proposa de se faire musulman. Renaud ayant répondu qu’il préférait mourir, Saladin le frappa lui-même d’un coup d’épée, et les émirs présents l’achevèrent. Les Templiers et les Hospitaliers qui avaient survécu à cette défaite furent de même presque tous inhumainement massacrés. Deux cents d’entre eux furent décapités sous les yeux de Saladin, pour n'avoir pas voulu abjurer leur foi. Guy de Lusignan fut conduit prisonnier à Damas. Quant au comte de Tripoli, il avait pu se frayer un chemin avec une poignée d'hommes à travers les ennemis.
Cette éclatante victoire de lislamisme fut le véritable tombeau de lParmée latine et, en préludant à la conquête de la Ville Sainte, elle mit fin, en réalité, au royaume chrétien de Jérusalem.
Après la bataille de Tibériade, la citadelle de cette dernière ville se rendit. La place importante d’Acre n’opposa elle-même qu’une faible résistance. Sidon et Beyrouth capitulèrent également. Ascalon, après 14 jours de siège, ouvrit ses portes au vainqueur, qui, le 20 septembre 1187, alla établir son camp sousles murs de Jérusalem. Cetté ville était devenue le refuge de tous les chrétiens qui avaient pu échapper au glaive des