PRISE DE JÉRUSALEM PAR SALADIN
musulmans. Leur nombre s’élevait à une centaine de mille, mais il se trouvait parmi eux peu de guerriers véritables en état de combattre un adversaire tel que Saladin. Néanmoins, commandés par un chevalier plein de courage et d'expérience, nommé Balian d’Ibelin, ils repoussèrent d'abord avec beaucoup d’énergie les différents assauts de l'ennemi. Ensuite, la partie catholique de la population, ayant appris que les Grecs schismatiques mêlés à elle se préparaïent à livrer la ville à Saladin, envoya de son côté une députation au sultan pour offrir de capituler elle-même. Saladin avait juré l’extermination des chrétiens, pour venger celle que les Francs de la première croisade avaient faite autrefois des musulmans, lors de la prise de la ville. I se montra donc d’abord impitoyable dans les conditions qu’il voulait, imposer aux vaincus ; mais Balian se présenta devant lui, et, par ses supplications etaussi ses menaces, parvint à obtenir une capitulation plus douce. Il fut convenu que chaque homme de la ville paierait pour sa rançon dix pièces d’or, les femmes cinq, les enfants deux. A l’égard des pauvres, dont le nombre s'élevait approximativement à dix-huit mille, Balian s’obligea à payer pour eux trente mille pièces d’or. La ville ouvrit ses portes le vendredi 2 octobre 1187. Le jour fixé pour la sortie des chrétiens de la ville, Saladin se plaça sur un trône pourles voir défiler devant lui et, se montrant généreux dans son triomphe, contrairement à ses premiers serments, 1l accorda la liberté à beaucoup de malheureux qui ne pouvaient pas payer leur rançon; il permit même à un certain nombre d’Hospitaliers de rester dans la ville pour y soigner les malades. Les chrétiens catholiques, ayant à leur tête le patriarche et la reine Sibylle, eurent la faculté d'aller où ils voulaient, et il ne demeura guère à Jérusalem que des grecs schismatiques. Toutes les églises, à l'exception de celle du Saint-Sépulcre, furent converties en mosquées, à commencer par celle d’Omar qui, purifiée avec de l’eau de
rose de Damas, vit aussitôt la croix remplacée par le croissant. ;
Telle fut la fin du royaume latin de Jérusalem, qui avait duré 88 ans. Depuis ce moment, en effet, la royauté de ce nom ne fut plus qu’un vain titre entre les mains de ceux qui le possédèrent tour à tour, car la domination de l’empereur Frédéric Il ne fut elle-même que passagère et illusoire.