DEPUIS LA FIN DE L'OCCUPATION FRANQUE A JÉRUSALEM JUSQU’A NOS JOURS
L'Orient mulsuman tressaillit de joie à la nouvelle de la prise de Jérusalem par Saladin, tandis qu’en Europe la chrétienté en fut consternée, et le pape Urbain III en mourut de douleur. Comme Tyr était le seul port encore ouvert aux flottes chrétiennes, ilétait de la plus haute importance pour le vainqueur de s’en emparer, afin d'enlever aux Francs leur dernière ressource. Mais les débris des ordres du Temple et de l'Hôpital défendirent héroïquement cette ville, sous la conduite de Conrad de Montferrat, qui força Saladin à en lever le siège. En même temps, le célèbre archevèque Guillaume de T'yr, si connu par son grand ouvrage sur les croisades, sollicitait partout en Europe, en faveur de la Terre Sainte, les secours des puissances chrétiennes. A la suite de la conférence de Gisors, à laquelle il assista, Henri I, roi d'Angleterre, et Philippe-Auguste, roi de France, promirent de prendre ensemble la croix et de renoncer à leurs inimitiés personnelles ; celles-ci malheureusement se renouvelèrent bientôt. Combattu par son propre fils Richard, Henri II mourut de chagrin. Alors Richard, pour expier la mort de son père qu'il s’attribuait, s’engagea, dans deux entrevues successives qu’il eut avec Philippe-Auguste, à Nonancourt, puis à Vézelay, à le suivre en Palestine. A la même époque, lar-
chevêque Guillaume de Tyr implorait en Allemagne, pour la délivrance de Jérusalem, l’aide de Frédéric Barberousse. Cet empereur, à la tête d’une armée de plus de cent mille hommes, traversa victorieusement toute l'Asie Mineure et, après une marche audacieuse, vint périr sans gloire sur les frontières de la Syrie, en franchissant à la nage le Sélef, l’ancien Cydnus, qui avait failli égalementcoüûter jadis la vie à Alexandre le Grand. La peste ravagea ensuite ses troupes qu'avait profondément découragées la mort de leur souverain, et cinq mille hommes seulement, restes de cette formidable armée, furent conduits par Frédéric de Souabe, second fils de l’empereur, au camp de Saint-Jean-d’Acre, dont Guy de Lusignan, à peine remis enliberté, avait depuis longtemps commencé le siège.
À ce même camp arriva, le 13 avril 1191, le roi de France Philippe-Auguste. Richard Cœur-de-Lion, avant de l’atteindre à son tour, car c'était là le but assigné à tous les croisés, avait soumis, chemin faisant, à ses armes l’île de Chypre, qu’il avait enlevée à Isaac Comnène. Le siège de Saint-Jean-d’Acre se poursuivit alors avec une nouvelle ardeur. Attaquée très vivement par les guerriers les plus valeureux de la chrétienté, cette place était défendue par une nombreuse garnison et par une armée de secours que commandait Saladin en personne, qui avait réuni sous ses drapeaux les plus intrépides champions de l’islamisme. Ce n’est point ici le lieu de raconter les différentes phases de ce siège mémorable, et je me bornerai à dire que cette ville se rendit enfin aux croisés, au mois de juillet 1191.
Une fois ce grand succès obtenu, Philippe-Auguste se hâta de retourner dans ses États, laissant Richard chargé seul du poids de la guerre avec ses propres troupes et dix mille Français sous les ordres de Hugues IE, duc de Bourgogne. |
De leur nouvelle conquête, les croiséssedirigèrent le long de la côte vers Joppé. Sur leur route, ils eurent à