‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 69 sur 179 · RICHARD COEUR-DE-LION · texte numérisé non relu

RICHARD COEUR-DE-LION

soutenir de fréquents combats avec les forces de Saladin, qui les harcelaient sans cesse, et entre autres, une bataille sanglante dans les environs d’Arsouf. Arrivés à Joppé, ils en trouvèrent les murailles démolies et, sur les ordres de Richard, ils les rebâtirent: ils firent ensuite la même chose à Ascalon, au grand mécontentement, des chevaliers français, qui répétaient tout haut qu'ils s'étaient croisés pour reprendre Jérusalem, etnon pour construire des remparts. Enfin, au printemps de l’année 1192, les Anglais et les Re se mirent en marche vers Jérusalem. Mais plus Richard s’approchait de la Ville Sainte, plus il désespérait de lareconquérir. Craignant d’échouer dans cette entreprise et de compromettre ainsi la gloire de ses armes et celle de la chrétienté, 1l fit décider dans un conseil de guerre, à la désolation générale des chevaliers et des soldats, que l’armée retournerait à la côte, et cela au moment mème où elle semblait toucher aux murs de Jérusalem. ;

Cependant, Joppé venait, dans lintervalle, de retomber au pouvoir des musulmans et dut être reprise par Richard. Une trève de trois ans et huit mois fut alors conclue entre Saladin et le monarque anglais, et il fut convenu que les chrétiens conserveraient toute la côte, depuis Joppé jusqu'à Tyr, et pourraient visiter Jérusalem, mais sans armes et comme simples pèlerins. Richard en même temps attribua la royauté imaginaire de la cité sainte à Henri, comte de Champagne, troisième mari d'Isabelle, fille d’Amaury et sœur de Sibylle. Guy de Lusignan obtint, comme dédommagement, l'île de Chypre. Puis le héros de la troisième croisade retourna en Europe. On sait qu'en traversant l’Allemagne il fut incarcéré dans un cachot, où 1l gémit longtemps, par suite du ressentiment de l’archiduc d’Autriche qui avait eu à se plaindre de lui pendant le siège de Saint-Jean-d’Acre.

Saladin, de son côté, le 3 mars 1193, succomba, à

Damas, aux atteintes d’une maladie aiguë qui l’'emporta en quelques jours.

Une quatrième croisade fut provoquée en Europe par ie pape Célestin IIT, de concert avec l’empereur d’Allemagne Henri VI. Malek-Adel, frère de Saladin, informé du débarquement de nombreux croisés à Saint-Jeand'Acre, s’empara de Joppé et y massacra 20.000 ehrétiens, en 1197; mais il fut ensuite battu à son tour, par les Latins, entre Tyr etSidon. L’empereur Henri VI qui, de l’Europe, où il était resté, avait toujours les yeux fixés sur la Palestine, y envoya de nouvelles troupes sous la conduite de Conrad, évêque de Hildesheim. Ce prélat chercha en vain à emporter de vive force le château de Thoron, en 1198. Quelque temps après, les Allemands défirent près de Joppé l’armée de Malek-Adel : mais, affaiblis et décimés par leur victoire même, ils se réembarquèrent pour l’Europe, laissant à Joppé une garnison qui fut bientôt surprise et égorgée par l’ennemi. Une trêve de trois ans fut de nouveau conclue entre les chrétiens et les musulmans. Ainsi se termina la quatrième croisade. Dans l'intervalle, Henri de Champagne était mort par accident. Sa veuve Isabelle épousa en quatrièmes noces Amaury IT, qui venait de succéder à son frère Guy de Lusignan dans le royaume de Chypre, etelle lui apporta avec sa main le titre illusoire de roi de Jérusalem.

Je n'ai rien à dire de la cinquième croisade, qui fut prêchée en France avec un grand succès par Foulques, curé de Neuilly-sur-Marne, mais qui, contrairement à la volonté du pape Innocent III, fut détournée de son but primitif par l'ambition des Vénitiens, car, au lieu d'aboutir à laffranchissement de Jérusalem, elle eut pour résultat la conquête de Constantinople, que les croisés latins arrachèrent aux Grecs et où un prince français, Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut, fut placé par eux, en 1204, sur le trône des Césars.

Pendant ce temps, la Palestine et la Syrie furent ra-

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