JEAN DE BRIENNE ET FRÉDÉRIC II
l'ennemi et enveloppés parle Nil,dont les débordements interceptèrent leurs communications avec Damiette. Dans de pareilles circonstances, réduits eux-mêmes à demander la paix, ils ne lobtinrent qu’au prix de Damiette, qu'ils évacuèrent, après lavoir conquise avec tant d'efforts. De retour à Saint-Jean-d’Acre, Jean de Brienne fut appelé en Europe, en 1223, pour assister, avec le patriarche de Jérusalem et les grands maîtres des trois ordres, à une conférence tenue en Campanie et dans laquelle, de l’avis du Souverain Pontife, Honorius I, 1l conclut le mariage d’Yolande, sa fille, avec l'empereur Frédéric IT. Il espérait avoir trouvé dans son gendre futur, qui devait lui succéder sur le trône de Jérusalem, un soutien puissant de la Terre Sainte. L'union d’Yolande avec l’empereur d'Allemagne fut célébrée à Brindes, en 1225. Jean de Brienne, qui s’était félicité de cette alliance, eut presque aussitôt à s’en repentir; car Frédéric exigea de son beau-père une renonciation immédiate au trône de Jérusalem. :Cer empereur avait promis depuis longtemps au pape son départ pour la Terre Sainte; mais, malgré les instances réitérées du Souverain Pontile, il ne se pressait pas de quitter ses États et d'aller défendre ou plutôt reconquérir le nouveau royaume dont il venait d’arracher le titre à Jean de Brienne.
Honorius IT était mort en 1227, et Grégoire IX lui avait succédé, lorsque Frédéric donna enfin à la flotte impériale l’ordre du départ; mais à peine avait-elle quitté Brindes, qu'elle fut dispersée par la tempéte, et l’empereur, renonçant à son entreprise, débarqua dans le port d'Otrante. Ce retour soudain fut regardé par le Saint-Siège comme une trahison de la cause chrétienne, et Frédéric IT fut excommunié par Grégoire IX.
Cependant, la discorde s'était mise entre les princes de la famille des Ayoubites. Coradin, souverain de Damas, s'était allié avec les Karezmiens contre son frère Malek-Kamel, sultan d'Égypte. Ce dernier promit
alors à Frédéric de lui livrer Jérusalem, s’il voulait le soutenir contre son frère. Fréderic ne laissa pas échapper une semblable occasion et, sans s'être préalablement réconcilié avec le Saint-Siège, 1l s'embarqua pour la Palestine et aborda à Saint-Jean-d’Acre, au mois de novembre 1228. L’empressement avec lequel il fut d’abord accueilli se changea ensuite en défiañce et en aversion, lorsque l’on apprit qu’il était en révolte avec la papauté. En même temps les circonstances qui avaient engagé le sultan d'Égypte Malek-Kamel à nouer
des intelligences avec l’empereur d'Allemagne n’étaient plus les mêmes. Coradin, prince de Damas, venait de mourir, et Malek-Kamel n'avait plus besoin du secours qu'il avait sollicité. Néanmoins, 1l consentit encore à entamer des négociations avec l’empereur d'Allemagne. Ces négociations aboutirent, le 18 février 1229, à une trève de dix ans, Cinq mois et quarante jours. Le sultan d'Égypte cédait, en outre, à Frédéric, Jérusalem, Bethléhem, Nazareth et tous les villages situés entre Joppé et Saint-Jean-d’Acre; mais il était interdit aux chrétiens de rétablir les fortifications de la Ville Sainte. Les musulmans devaient conserver la mosquée d’Omar et le libre exercice de leur culte. Ce traité, qui fut conclu par lempereur à l’insu du patriarche de Jérusalem et des grands maîtres des ordres religieux, excita, quand il fut connu, l'indignation des musulmans et des chrétiens. Tandis que les premiers gémissaient sur la perte de Jérusalem rendue à leurs ennemis, le patriarche latin frappait d'interdit la Ville Sainte qu'allait profaner la présence d'un souverain excommunié. Par ses ordres, l’église du Saint-Sépulcre fut désertée par les prêtres qui la desservaient et tendue de noir, et quand Frédéric y entra, accompagné des barons allemands et des chevaliers teutoniques, il dut lui-même prendre la couronne sur l'autel et la placer sur sa tête. Voyant partout le clergé et les fidèles fuir devant lui, il s’empressa de quitter Jérusalem et de se réembarquer pour l’Europe.