‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 72 sur 179 · INVASION DES KAREZMIENS EN PALESTINE · texte numérisé non relu

INVASION DES KAREZMIENS EN PALESTINE

La paix conclue entre l’empereur d'Allemagne et Malek-Kamel n’était qu'une paix provisoire et trompeuse ; elle fut loin, en effet, de garantir les chrétiens de la Ville Sainte contre les outrages et les exactions des musulmans; toutefois, comme la discorde régnait parmi ces derniers, les Francs purent se maintenir à Jérusalem quelques années encore.

En 1239, le duc de Bretagne, le roi de Navarre, le duc de Bourgogne, le comte de Bar et le comte de Montfort arrivèrent en Palestine et se hâtèrent de relever les foruifications de Jérusalem ; mais bientôt le prince musulman de Kérak accourut à Jérusalem, y massacra les chrétiens et rasa les remparts qui venaient d’être réparés, y compris la tour de David, qui avait été respectée jusque-là. Cette tour cependant ne dut pas être complètement rasée, ainsi que Le témoigne le soubassement massif que l’on admire encore de nos jours, et qui remonte certainement à une époque très reculée En 1240, Jérusalem fut restituée aux chrétiens. Dans cette même année; le comte Richard de Cornouaiiles, neveu de Richard Cœur-de-Lion, débarqua avec des troupes à Saint-Jean-d’Acre. Les Hospitaliers donnèrent alors tout l'argent qu’ils possédaient pour reconstruire les murs de la Cité Sainte. Le patriarche y rentra et en consacra de nouveau les églises. Mais en 1244, les Karezmiens, que les invasions des Tartares avaient refoulés du fond de l'Orient vers la Syrie, inondèrent la Palestine, appelés par le sultan d'Égypte. En effet, les princes de Damas, d’Émèse et de Kérak avaient, dans le but de conquérir l'Égypte, contracté une alliance avec les chrétiens contre le sultan Malek-Saleh, successeur de Malek-Kamel. Le sultan du Caire, à son tour, pour résister à ses adversaires, s’était allié avec les Karezmiens et leur avait promis de leur abandonner la Palestine. Vingt mille cavaliers de cette nation fondirent aussitôt sur cette malheureuse contrée et, en octobre 1244, mirent Jérusalem à feu et à sang, profanèrent

les églises et jetèrent aux vents, avec les reliques des saints, les restes. de Godefroy de Bouillon et de ses successeurs. Bientôt après, ils écrasèrent dans les plaines de Gaza les forces musulmanes de la Syrie, réunies aux trois ordres militaires chrétiens et aux guerriers francs accourus de Saint-Jean-d’Acre pour arrêter, s’il était possible, le torrent dévastateur de ces hordes sauvages qui détruisaient tout sur leur passage. Le sultan d'Égypte tourna alors la fureur des Karezmiens contre Damas, qu’ils soumirent à sa domination, en 1245. Mais ensuite, redoutant pour lui-même les farouches alliés qu'il s’était donnés, il les extermina dans deux batailles successives, en 1247.

Cependant, en Europe, les malheurs de la Palestine et principalement ceux de Jérusalem, saccagée par les Karezmiens, avaient eu partout un douloureux retentissement. La septième croisade fut résolue dans le concile de Lyon, tenu par Innocent IV, en 1245. Louis IX, roi de France, dangereusement malade l’année précédente, avait fait le vœu, s’il guérissait, de prendre les armes pour la délivrance de la Palestine. À peine rendu à la santé, il chercha à accomplir son vœu et, malgré les larmes et les supplications de sa mère, malgré les représentations de plusieurs de ses conseillers, 1l fit ses préparatifs pour voler à l’affranchissement des Lieux Saints. Toutefois, il ne put s’embarquer que le 25 août 1248, à Aigues-Mortes, avec ses deux frères les comtes d'Anjou et d'Artois, et la reine Marguerite. Arrivé en Chypre, le 21 septembre, il y passa l'hiver. Là, il fut décidé que, conformément au plan de la dernière croisade, on se dirigerait préalablement vers l'Égypte, en s’emparant d’abord de Damiette. On fit donc voile pour cette ville, au mois de mai 1249. À la suite d’un premier combat, livré sous les murs de cette place, elle fut désertée par ses habitants et tomba sans coup férir au pouvoir des chrétiens. Malheureusement, Louis IX y Consuma un temps précieux, en attendant son frère,

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