‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 73 sur 179 · EXPÉDITION DE SAINT LOUIS EN ÉGYPTE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE SAINT LOUIS EN ÉGYPTE

le comte de Poitiers, qui tardait à le rejoindre. L’inaction amena lindiscipline au milieu de l’armée. Des querelles fréquentes y éclataient entre les Français et les Anglais. Enfin, au commencement de décembre 1249, après l’arrivée du comte de Poitiers, les croisés se mirent en marche, avec l'intention d’aller s'emparer du Caire. Le 19 décembre, ils campèrent devant le canal d'Aschmoun. Le bouillant et imprudent comte d'Artois franchit le premier ce canal, enfonça l’ennemi et le poursuivit témérairement jusque dans Mansourah, où, enveloppé de toutes parts, il fut tué avec presque tous les chevaliers qui lPavaient suivi dans sa folle équipée. Pour comble de malheur, la peste commença à moissonner l’armée chrétienne; le roi lui-même fut atteimt par le fléau et fait prisonnier. En même temps, le Nil, débordé, environna les croisés et les réduisit à la dernière extrémité. Forcés de capituler, ils s’engagerent à rendre Damiette et à payer, en outre, la somme de huit cent mille besants d’or pour la délivrance du roi et des autres prisonniers.

Tel a été le résultat de cette désastreuse expédition qui, au lieu de contribuer à affranchir Jérusalem, ne fit, au contraire, qu'appesantir le joug qui pesait sur elle, eu détruisant l’armée destinée à le briser. En vain, saint Louis chercha-t-il par des prodiges de courage à réparer les fautes qui avaient été commises dans la direction générale de cette campagne; tout sembla conspirer contre lui, et la bataille de Mansourah, dont le succès fut compromis par la bravoure chevaleresque, mais inconsidérée, du comte d'Artois, après avoir été d'abord une victoire, se changea bientôt en une défaite qui devint la ruine de l'armée chrétienne. Épuisé par la maladie et tombé au pouvoir de l'ennemi, saint Louis ne se laissa pas néanmoins abattre par un pareil revers et, s’il se prosterna humblement comme chrétien sous la main de la Providence qui le frappait, il sut, même dans les fers, se redresser fièrement devant l'ennemi,

qui ne put lui arracher aucune faiblesse indigne de sa grande àme et de la majesté royale dont il se montrait toujours revêtu. Aussi, captiva-t-1l lestime et l’admiration même des musulmans, et quand, le 14 mai 1250, il débarqua à Saint-Jean-d’Acre avec les tristes débris des nombreuses troupes qu’il avait amenées d'Europe, il fut reçu avec le plus profond respect par la population et par le clergé qui se rendit processionnellement à sa rencontre. Les comtes d'Anjou et de Poitou, ses frères, retournèrent bientôt en Europe. Pour lui, dans l’espérance que de ncuvelles troupesallaient arriver de lOccident pour lui permettre de délivrer Jérusalem, 1l resta encore trois ans et demi en Palestine, où il s’occupa à relever les murailles de Saint-Jean-d’Acre, de Caïpha, de Césarée et de Joppé. Il aurait pu, à titre de simple pèlerin, satisfaire sa piété en visitant Jérusalem; mais il crut qu'il valait mieux s’enlever à lui-même la consolation de prier sur le tombeau du Christ qu'il n avait pas été jugé digne par Dieu d’affranchir. Il se contenta seulement d'aller plusieurs fois en pèlerinage à Nazareth et au mont Thabor. Pendant que, par ses ordres, on réparait les fortifications de Sidon, cette ville fut surprise par des bandes de Turcomans et les chrétiens qui l’habitaient furent tous massacrés. Ces hordes s'étant retirées, Louis se rendit. à Sidon, fit enterrer les morts qui gisaient partout sur le sol, en donnant le premier l'exemple, et il commanda ensuite de rebâtir les murs de la ville. Tandis qu'en Palestine il s’efforçait ainsi de réparer les désastres du passé et de préparer pour les chrétiens un meilleur avenir, il apprit la mort de la reine Blanche, sa mère, et il songea alors à reprendre le chemin de son royaume. Le 24 avril 1254, :! s'embarqua à Saint-Jean-d’Acre, avec la reine Marguerite et ses trois enfants, salué par les regrets unanimes de toute la population.

Après le départ du pieux roi, l’état de la Terre Sainte alla chaque jour empirant de plus en plus. Saint-dean-

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