PROGRÈS DE BIBARS EN PALESTINE
d’Acre, qui était dans cette contrée le principal boulevard de la chrétienté, devint souvent le théâtre de rivahtés et de luttes sanglantes entre les Templiers et les Hospitaliers, qui auraient dû plus que jamais rester unis contre l'ennemi commun. Des discordes semblables éclataient fréquemment aussi entre les Vénitiens, les Pisans etles Génois, qui se partageaient les quartiers de la ville. En outre, la licence des mœurs, que saint Louis avait cherché à réprimer, était à son comble. C’est alors que le sultan Bibars qui, de simple mamelouk, était parvenu au trône du Caire par le meurtre de deux sultans, résolut d'exterminer en Palestine le nom chrétien. Il l’envahit donc à la tête d’une formidable armée, et 1l s’empara successivement de Césarée et d’Arsouf, en 1265, de Safed, de Joppé, de Ramleh et de Thoron, en 1266, et d’Antioche, en 1268.
A la nouvelle de ces désastres multipliés, saint Louis assembla au Louvre un Parlement dans lequel il parut la sainte couronne d’épines à la main, et il invita tous les assistants à prendre la croix, à son exemple. Les trois fils du roi s’enrôlèrent avec leur père sous la bannière sacrée. Malheureusement, Charles d'Anjou, auquel le souverain de Tunis devait un tribut qu'il n’acquittait plus depuis plusieurs années, engagea son frère à tourner d’abord contre cette ville les armes des croisés. Geoffroy de Beaulieu nous apprend, en outre, que Fun des principaux motifs qui déterminèrent saint Louis à se diriger préalablement vers l'Afrique, c'était l’espérance de convertir à la foi chrétienne le souverain de Tunis, qui lui avait fait entrevoir son intention de se faire chrétien. |
De Tunis, une fois conquise ou convertie, il devait s’acheminer vers le Caire, s'emparer de cette ville, et ensuite affranchir la Palestine. Ces projets étaient gigantesques et, pour les accomplir, 1l aurait fallu le concours des circonstances les plus favorables, tandis qu’au contraire, dès le début de lexpédition, tout sem-
bla devoir en faire avorter la réussite. Les croisés, au nombre de soixante mille combattants, avaient mis à la voile pleins d'enthousiasme à Aigues-Mortes, le 1% juillet 1270 et, le 17 du même mois, ils débarquaient dans la baie de Tunis, Mais, au lieu d’embrasser le christianisme, comme il l'avait promis par ses ambassadeurs, le prince de cette contrée rassembla des troupes considérables pour s'opposer aux envahisseurs. Quelques escarmouches eurent lieu de part et d'autre. Avant d'engager une action générale, saint Louis, qui était campé sur les ruines de Carthage, voulut attendre Charles d'Anjou son frère, qui devait lui amener de Sicile un renfort important. Dans cet intervalle, la dyssenterie ef la peste exercèrent de grands ravages au milieu de l’armée chrétienne. L'un des fils du roi, Jean Tristan, duc de Nevers, fut emporté par la contagion, et saint Louis, profondément affligé de cette perte, fut, à son tour, mortellement atteint. Après avoir bémi la France entière et tous ses sujets dans son fils aîné Phi- Hippe, il se fit placer sur un lit de cendre et couvrir d’un cilice, puis, le regard tourné vers le ciel, il rendit sa belle âme à Dieu, le 25 août 1270.
Le jour même de sa mort, le roi de Sicile, Charles. d'Anjou, débarquait près de Carthage, avec ses troupes, et, après plusieurs combats livrés à l'ennemi sur les bords du canal de la Goulette, il conclut avec le souverain de Tunis une trêve de quinze années; puis il fit voile pour la Sicile, avec les restes de l’armée chrétienne, renonçant pour le moment à la délivrance des Saints Lieux. |
On regrettera toujours que saint Louis ait, à deux reprises différentes dans les deux croisades qu’il a accomplies, tourné ses vues et les forces considérables dont il disposait, la première fois contre l'Égypte etla seconde contre Tunis, dont la conquête lui paraissait un achemnement vers celle du Caire et de là vers l’affranchissement de Jérusalem. Mais il était écrit dans le livre des