AGRANDISSEMENTS CONTINUS DE JÉRUSALEM
aucun fait important ne s'est accompli en Palestine. Jérusalem seulement s’est beaucoup agrandie en dehors de l'enceinte qui l’enserre trop étroitement. De nouveaux établissements religieux, dont il sera question dans la troisième parte de cet ouvrage, y ont été créés. Les Juifs surtout affluent chaque année en grand nombre dans la ville qui a été jadis leur capitale, à la fois politique et religieuse, et qui n’a point cessé de les attirer et de garder tout leur amour. Ils forment maintenant à eux seuls plus de la moitié de la population actuelle de Jérusalem.
Telles ont été, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, les principales destinées de cette cité fameuse dont je n’ai pu ici qu’esquisser rapidement l'histoire dans une froide et incomplète analyse ; car, ainsi que je l’ai dit en commençant, il faudrait plusieurs volumes pour relater en détails tous les faits dont elle a été le théâtre. Aucune ville. en effet, n’a été témoin d'événements comparables à ceux qui se sont jadis accomplis dans son sein, et si, depuis sa destruction par Titus, elle n’a jamais recouvré sa splendeur première et a paru frappée à mort, l’abaissement qu’elle a subi n’a été que la juste punition du grand crime qu’elle avait commis en mettant à mort le Messie, crime tel que dix-neuf siècles de châtiment n’ont pu encore l'expier.
Grâce à Constantin, à sainte Hélène, à Eudoxie et à Justinien, elle a semblé un instant, par la construction de plusieurs magnifiques basiliques chrétiennes, retrouver une partie de sa beauté antique. Plus tard, à l’époque des croisades, arrachée à la domination musulmane, elle a échappé pendant près d’un siècle à la servitude sous laquelle elle gémissait depuis l'invasion arabe; mais, ensuite, elle est retombée sous le joug de l'islamisme et rien ne fait prévoir, à cause des divisions de l’Europe chrétienne, quand, comment et par qui elle pourra en être affranchie. Dieu seul connaît le moment
où il plaira à sa miséricorde de se laisser toucher par les malheurs de la ville déïcide et d’accorder à son repentir et à la conversion si longtemps attendue de la nation juive le pardon qu’elle n'a point encore mérité.