LA VALLÉE DU CÉDRON
David devant son fils Absalom, il ne roule un peu d’eau au milieu de la vallée qu’il sillonne qu’à l’époque des grandes pluies, et son lit desséché s’est considérablement élevé par suite de l’exhaussement continu de la vallée. Des fouilles récentes ont prouvé que, pour atteimdre en beaucoup d’endroits son lit primitif, il fallait creuser à une assez grande profondeur. Ce torrent est surtout à jamais célèbre pour avoir été plus tard passé et repassé par Notre-Seigneur, lorsque de Jéru- salem il se rendait à Béthanie, ou seulement à la montagne des Oliviers, et que de là il revenait à Jérusalem. La veille de sa Passion, le Christ le traversa encore à deux reprises, quand, du Cénacle, il se dirigea avec ses apôtres vers le jardin de Gethsémani et qu’ensuite 1l fut ramené garrotté dans la ville; enfin, le jour de son Ascension, l le franchit pour la dernière fois. lorsque, accompagne de ses disciples, il gravit de nouveau la montagne des Oliviers, si souvent sanctifiée par sa présence, et que, parvenu sur son sommet central, il s’éleva triomphalement devant eux jusqu’au plus haut des ‘cieux.
Au confluent de la vallée du Cédron et de celle de Ben-Hinnom est un puits profond, appelé Bir-Ayoub (puits de Job). C’esttrès probablement l’ancienne source de Rogel, mentionnée dans la Bible comme étant située sur {a limite de la tribu de Juda et de celle de Benjamin (Josué, ch: xv, v. T3: cha xvmr, v. 16), et près de laquelle, ainsi que nous l’avons vu dans la première partie de cet ouvrage, Adonias réunit ses partisans dans un grand banquet. Elle se trouvait dans le jardin du Roi, qui occupait vraisemblablement toute la partie de la vallée qui la sépare de la fontaine de Siloé, et elle avoisinait elle-même la pierre de Zoéleth, comme le témoigne le verset suivant :
« Adonias tua des brebis, des bœufs et des bêtes gras- ses auprès de la pierrede Zoéleth, qui touche à la source Rogel, et il convia tous ses (re » (Rois, 1. IT, ch. 1°",
Ceux qui reconnaissent la source de Rogel dans la fontaine actuelle de la Vierge cherchent la pierre Zo6leth sur les flancs inférieurs de la colline où s'élève le village de Siloan, et M. Clermont-(ranneau lidentifie avec un banc rocheux qui, dit-il, porte encore aujourd’hui le nom de Zohhoueleth et est au bas du village. Mais, malgré ce qu'offre de très spécieux un pareil rapprochement, j'aime mieux m'en tenir, jusqu'à plus ample examen, à l'opinion, généralement admise, qui place la source Rogel au puits de Job comme étant, par sa position, une limite plus naturelle que celle de la Vierge entreles deux tribus de Juda et de Benjamin, et dès lors il faut chercher dans le voisinage de ce puits la pierre Zoéleth. Cette pierre était encore signalée aux pèlerins vers la fin du xmre siècle, non loin du Bir-Ayoub,ainst que celarésulte du témoignage suivant du moine Burchard :
« In qua valle (Gehennom) est lapis Zoeleth. Ibidem est etiam fons Rogel, ubi Adonias fecit convivium volens regnare. » (Descriptio Terræ Sanctæ, p.10. Édition Laurent.)
Ce passage est très net. La source que Burchard appelle fons Rogel, comme se trouvant dans la vallée dite Gehennom, en hébreu Ge-ben-Hinnom (la vallée du fils d'Hinnom), ne peut être que le puits de Job, situé précisément au confluent de cette vallée et de celle du Cédron ou de Josaphat. Le Bir-Ayoub est, à la vérité, un puits, et un puits très profond, et non une source proprement dite, coulant à fleur du sol. Mais les Hébreux donnaient quelquefois le nom de en (source), comme les Arabes de nos jours celui de aën, qui a la même sigmfication, indifféremment à des sources et à des puits, les puits n'étant que des sources renfermées dans des excavations plus ou moins profondes, soit pratiquées dans le roc, soit maçonnées.
Dans ce cas, la pierre Zoéleth doit être l’un des rochers qui avoisinent, dans les flancs de la vallée, le Bir- Ayoub (puits de Job).