‹ Jérusalem: son histoire, sa description, ses établissements religieuxChapitre 90 sur 179 · LE TOMBEAU DE DAVID · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE DAVID

dynastie ; puis il signale une grande piscine sous le nom d’Assouïah ; c’est probablement le Birket-es-Soulthan, et enfin la maison des Héros, qui doit être la citadelle. Par conséquent, nous sommes toujours ramenés autour de Sion ou sur cette montagne, pour y placer ce monument funèbre.

En outre, dans un passage bien connu. saint Pierre, prèchant pour la première fois devant une grande foule rassemblée au Cénacle, aprèsla descente du Saint- Esprit sur les Apôtres, parle en cestermes du tombeau de David :

29. « Viri fratres, liceat audenter dicere ad vos de patriarchà David, quoniam defunctus est et sepultus, et sepulchrum ejusestapudnos usque in hodiernum diem.» (Actes des Apôtres, ch. x1, v. 29.)

« Mes frères, qu'il me soit permis de vous dire hardiment du patriarche David qu'il est mort, qu’il a été enseveli et que son sépulcre est auprès de nous jusqu’à ce Jour. »

Par ces derniers mots, saint Pierre ne paraît-il pas nous dire que le tombeau de ce roi se voyait de son temps à Jérusalem, sur la coline de Sion, et près de l'endroit où les disciples étaient alors réunis ?

Or. au Cénacle, en dehors de l'enceinte de la ville actuelle, mais dans la partie méridionale du montSion qui jadis était enclavée dans la ville, les musulmans montrent encore aujourd'hui, dans une salle attenante à la salle supérieure, un prétendu tombeau de David; c’est tout simplement un cénotaphe, bâti en forme de dos d’âne, de dimensions gigantesques et recouvert de plusieurs tapis.

Is montrent également, mais plus rarement, à côté d’une autre grande salle inférieure. un second tombeau, appelé de même par eux tombeau de David. Ce tombeau, pareillement colossal, mesure plus de quatre mètres de long sur deux mètres au moins de haut; il est recouvert de sept tapis fortriches, que l’on renouvelle de

temps en temps et qui sont superposés. Les murs de la chambre sépulcrale sont décorés de carreaux en faïence de couleur blanche, avec des dessins bleus. Des lampes sont suspendues autour de ce cénotaphe qui, comme le précédent, est évidemment apocryphe et de fabrique purement musulmane. On dit qu'en dessous de cette chambre et dela salle voisine règne un souterrain où serait le véritable tombeau de David; du moins, c’est ce que prétendent beaucoup de musulmans, qui avouent eux-mêmes que les deux sarcophages, tant supérieur qu'inférieur, ne renferment pas les cendres du Roi-Prophète et qu'il repose dans un caveau souterrain où il n’est pas permis, par respect, de pénétrer.

D’après latradition juive, chrétienne et musulmane, le véritable et authentique tombeau de David existe encore sur la colline de Sion, mais il faut avouer qu'il n’a été retrouvé par personne ; on le découvrirait peutêtre, s’il était permis de faire des fouilles, sur lemplacement ou dansle voisinage du Cénacle.

Ceci m'amène à dire un mot des fameux Kobour-el-# Molouk ou Tombeaux des Rois, situés à sept cent soixante-dix mètres environ au nord de la ville, et, par conséquent, à plus de deux kilomètres de Ia parte du mont Sion où, d’après le texte de Néhémie, il est naturel de chercher la nécropole des rois de Juda, mais que plusieurs critiques, et entre autres M. de Sauley, ont identifiés avec letombeau de David et ceux de ses suc-« cesseurs.

La magnifique excavation sépulcrale des Kobour-el- Molouk (tombeaux des rois), ou des Kobour-es-Selathin (tombeaux des sultans), a depuis longtemps excité l’admiration de tous les voyageurs; elle efface, en effet, en beauté et en étendue, toutes celles que Pon connaît autour de Jérusalem. Beaucoup d'écrivains l'ont décrite, mais la description minutieuse et la plus complète qui en aitété faite est due à M. de Saulcy. Témoin

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moi-même des fouilles que cet éminent archéologue y a pratiquées en 1863, je vais essayer, en peu de mots, de donner une faible idée de ce monument remarquable.

On y descend par un escalier de vingt-six marches inégales, pratiquées dans Le roc vif et coupées par plusieurs paliers. A la onzième marche, on remarque un sillon qui conduit les eaux de la partie supérieure de l’escalier dans une citerne pratiquée le long de la paroi sud. Plus bas, un sillon analogue amène les eaux de la partie inférieure de l’escalier dans une seconde citerne ouverte dans la paroi du fond. Une grande baie cintrée donne ensuite entrée dans une vaste cour taillée verticalement dans le rocher, àsept mètres en contrebas du sol environnant, et mesurant vingt-huit mètres de long sur vingt-sept de large. Dans la paroi occidentale de cette cour, qui a été déblayée complètement par M. Mauss, architecte français, aux frais de la famille Péreire, laquelle a acheté ce superbe mausolée pour en faire don à la France, a été creusé un large vestibule, aujourd’hui malheureusement très dégradé, soit par le temps, soit par les hommes, soit également par les tremblements de terre, comme semble le prouver une profonde fissure que l’on y observe. Il était autrefois soutenu dans sa partie antérieure par deux colonnes ménagées dans le roc mème et actuellement brisées, à part un fragment du chapiteau de droite, et par deux pilastres faisant corps pareillement avec la paroi du roc. Une jolie guirlande de feuillages et de fruits, sculptée avec beaucoup de soin et de délicatesse, mais très mutilée, encadre la baie du vestibule et retombe en festons à droite et à gauche. Au-dessus de l'architrave règne une belle frise ornée de palmes, de couronnes, de patères, de triglyphes, et au centre d’une grappe de raisin, emblème de la Terre Promise. Cette frise, qui a aussi beaucoup souffert, est elle-même couronnée par une élégante corniche quis’éiève presque jusqu'au som-

met de la roche et atteint à peu près le niveau du plateau environnant. Après avoir franchi le seuil du vestibule, on aperçoit au fond de la paroi de gauche, au delà d’un petit bassin circulaire, une porte très basse qui se fermait, autrefois, au moyen d’un gros disque de pierre qui roulait dans une rigole pratiquée dans un couloir étroit et devait se mouvoir probablement à l’aide d’un levier.

Cette porte donne accès dansune antichambre carrée qui était encombrée de terre et de pierrailles avant 1863, et où M. de Saulcy, qui la dégagea alors, recueillit une foule d'objets de l’époque romaine, de médailles antérieures au siège de Titus et d’urnes de toutes dimensions remplies d’ossements incinérés, ce qui a fait supposer à ce savant qu'il avait retrouvé là l’un des charniers dans lesquels des morts romains et juifs auraient pu être déposés pendant le siège. De cette antichambre on pénètre dans plusieurs chambres sépulcrales par trois autres baies très basses que fermaient jadis des portes en pierres, actuellement brisées ou absentes, et dont les gonds avaient été ménagés dans le bloc lui-même. Ces portesroulaient, commel’aremarqué M. de Saulcy, de façon à être facilement mises en mouvement par une pression venue du dehors,:mais, abandonnées à elles-mêmes, elles devaient, à cause de la disposition des crapaudines, retomber aussitôt, par leur propre poids, dans la feuillure où elles s’encastraient hermétiquement.

Sept chambres funéraires contenant trente et une tombes composent l’ensemble de ce monument remarquable. Comme M. de Saulcy les a décrites dans plusieurs de ses ouvrages (Voyage en Syrie et autour de la mer Morte, t. Il, p. 223 et suivantes; — Dictionnaire des antiquités judaïques, p. 842 et suivantes; — Voyage en Terre Sainte, t. I, p. 345 et suivantes), je ne reproduiraipointiei tousles détails qu’il a donnés à ce sujet, et je me contenterai de dire que les sarco-

phages que ces chambres renfermaient, soit dans des espèces de fours à cercueil, soit sur des banquettes surmontées d’arcades cintrées, ont été violés depuis longtemps, en partie brisés ou emportés ailleurs. Le 8 décembre 1863, j'eus la bonne fortune d’assister, avec M. de Saulcy, à la découverte qu'il fit, ce jour-là, d’une chambre basse inexplorée jusque-là. Elle contenait un sarcophage intact muni de son couvercle et placé audessous d’une arcade, sur une banquette. Sur le devant du sarcophage était une inscription sémitique de deux lignes. Le couvercle ayant été enlevé laissa voir un squelette bien conservé, la tête appuyée sur une sorte de coussinet ménagé dans l'épaisseur de l’auge sépulcrale évidée. C’était celui d’une femme qui s’affaissa et s’évanouit en poussière aussitôt qu’il eut vu le jour. Le sarcophage qui les renfermait est depuis une vingtaine d'années au Louvre. L'inscription bilingue qui y est gravée consiste en deux lignes de huit lettres chacune; la première est en araméen, la seconde en hébreu carré. M. de Saulcy a traduit ainsi la première Zodan, ou Zoran, reine, et la seconde : Sadah, ou Sarah, reine.

À quelle époque faut-il faire remonter la tombe en question? Voilà un problème difficile à résoudre. La reine dont elle a contenu les restes était une Araméenne; son nom et son titre ont d’abord été inscrits en caractères araméens sur la cuve du sarcophage; plus tard, une seconde main a transcrit et traduit en hébreu la légende funéraire. Ceci paraît positif; le reste, dit avec raison M. de Saulcy, tombe dans le domaine de lhypothèse.

Quant à la vaste nécropole des Kobour-el-Molouk, à quelle dynastie l’attribuer? En effet, c'est une nécropole royale; il n’est plus permis d’en douter, puisqu'une reine, et non plus seulement une princesse, comme le prouve le surnom hébreu malkétah (reine), y a été ensevelie, et dans un endroit qui est loin d’être la place d'honneur. M. de Saulcy avait déjà démontré, dans son

ouvrage intitulé Voyage autour de la mer Morte(t.If,

p. 227 et suivantes) etdans son Dictionnaire des antiquilés bibliques (p. 842 et suivantes), qu'il n’est pas possible de penser aux rois Asmonéens, pas plus qu'à la dynastie des Hérodes. Dans son Voyage en Terre Sainte (t. I1,p. 345 et suivantes), il revient sur la même question et s’efforce de prouver que les Kobour el-Molouk ne sont pas davantage le tombeau d'Hélène, reine d’Adiabène, et de son fils Izates. Serait-ce, par hasard, celui d'Alexandre Jannée? Mais il est impossible d'y songer. Force est donc, ajoute-t-il, de revenir toujours à la dynastie des rois de Juda.

Plusieurs objections ont été opposées à l’auteur ; elles peuvent se réduire à quatre principales :

L° Le tombeau de David et de sa dynastie était sur le mont Sion, et y est encore en grande vénération parmi les musulmans ;

2° Les ornements architectoniques des Kobour-el- Molouk sont formés de motifs empruntés à larchitecture grecque ;

3° Le livre de Néhémie place le tombeau de David sur ie Mont Sion ;

ko Enfin, ce tombeau a été ouvert fortuitement, il y a quelques siècles, sur le mont Sion, d’après Benjamin de Tudèle, et refermé aussitôt par l’ordre d’un grand rabbin de Jérusalem.

De ces diverses objections, la quatrième est très. faible, et M. de Saulcy n’a pas de peine à la détruire, car elle n’est basée que sur une fable dépourvue de toute espèce de vraisemblance; mais les trois autres. ont beaucoup plus de valeur ; la première et la troisième surtout paraissent insurmontables et semblent fixer d’une manière certaine sur le mont Sion le tombeau. des rois de Juda. Le passage de Néhémie, déjà cité. plus haut, est, à lui seul, décisif.

Ne pouvant dénouer le nœud de cette difficulté, M. de Saulcy n'hésite pas à le trancher hardiment, en.

prétendant que ce passage de Néhémie n’est peut-être là qu'une interpolation erronée dans un livre rempli d’ailleurs d’obscurités impénétrables. Fort de toutes les raisons qu'il a accumulées pour appuyer son hypothèse et renverser celles qui sont contraires à la sienne, il maintient énergiquement son opinion, sans tenir compte des deux versets de Néhémie qu’on lui oppose avec raison, et dont le sens semble si net. Néhémie, en effet, après avoir mentionné la piscine de Siloé et les degrés qui descendent de la Cité de David, c’est-à-dire de la colline de Sion, signale ensuite immédiatement le tombeau de David.

Mais que faire alors des Kobour-el-Molouk, et comment sortir d’embarras? J’ai discuté autrefois avec M. de Barrère, consul de France pendant plusieursannées à Jérusalem, cette question difficile, et il m'a cité un jour un passage d’Ézéchiel, auquel je n'avais pas d’abord fait assez grande attention et qui peut mettre sur la voie de la solution de ce problème.

Voici ce passage (ch. xrin) :

7. « Fils de l’homme, c’est ici le lieu de mon trône, le lieu où je poserai mes pieds et où je demeureraï pour jamais au milieu des enfants d'Israël ; et la maison d'Israël ne profanera plus mon saint nom à l'avenir, ni eux, ni leurs rois, par leur idolâtrie, par les cadavres de leurs rois, ni par les hauts lieux. »

9. « Qu'ils rejettent donc loin d’eux leur idolâtrie ; qu'ils éloignent loin de moi les cadavres de leurs rois, et je demeurerai toujours au milieu d'eux. »

De ces deux versets, ne serait-il pas permis de conclure qu'avant la captivité de Babylone, époque pendant laquelle prophétisait Ézéchiel, les sépulcres des rois de Juda avaient, par leur rapprochement du Temple, situés qu’ils étaient sur le mont Sion, violé les prescriptions de la loi mosaïque, et qu’au retour de la captivité, pour obéir aux injonctions du Seigneur qui

ordonnait par son prophète d’éloigner de son sanctuaire

les cadavres des rois, ceux-ci furent transférés alors dans les magnifiques excavations, connues aujourd’hui sous le nom de Kobour-el-Molouk? De cette manière, on ne peut plus invoquer, contre l'hypothèse de M. de Saulcy, aucun texte de la Bible. C’est bien sur le mont Sion, la Cité proprement dite de David, qu’aurait été

creusée la nécropole primitive des rois de Juda, à l’en-

droit que Néhémie désigne sous le nom de tombeaux de David. ce prince étant comme la personnification de toute sa dynastie et imposant son nom unique au mausolée multiple et commun où reposaient, dans plusieurs chambres sépulcrales, les corps des rois ses descendants. Plus tard, leurs royales dépouilles, comme on peut le supposer, auront été transportées hors de la ville, dans le mausolée que M. de Sauley leur attribue et qui, dès lors, ayant été creusé et orné à une époque plus récente, pouvait reproduire sur l’entablement de

son vestibule quelques-uns des motifs de lParchitecture

grecque, sans que pour cela on doive en être autrement étonné. ;

J’avouerai néanmoins qu’il semble résulter des deux passages que j'ai cités de l’historien juif, relativement à la violation du tombeau de David par Jean Hyrcan

et ensuite par Hérode, que, sous le règne de ce dernier

roi, David et Salomon occupaient encore sur le mont Sion, dans des réduits mystérieux, la place où leurs corps avaient été déposés. On peut tirer également la même conclusion, au moins en ce qui concerne David, du verset que j’ai reproduit des Actes des Apôtres. Mais ceci ne me semble pas une preuve péremptoire contre l'hypothèse précédente. On peut, en eflet. admettre qu'il y a eu exception pour David et Salomon, et qu’on

les a laissés reposer en paix, dans leur premier sépul--

cre, l’un, sans doute, parce qu’il avait été prophète en même temps que roi et qu'il avait humblement réparé ses fautes par un pieux repentir; l’autre, parce qu'il

avait été le fondateur du Temple, dont son père n'avait pu que préparer les matériaux.

Que si hypothèse d’un transfert des cendres royales de la nécropole de Sion à celle des Kobour-el-Molouk ne paraît pas suffisamment plausible, j’en propose une autre. Dans la nécropole du mont Sion, les rois seuls de la dynastie de David auraient été enterrés, comme consacrés en quelque sorte par l’onction sainte et le caractère royal dontilsétaient revêtus ; mais leurs femmes , quoiques reines, et les autres princes issus de leur sang et qui n'avaient pas régné, auraient été ensevelis aux Kobour-el-Molouk. Si l’ornementation de l’entablement du vestibule semble accuser, par les motifs qui le décorent, un art plutôt grec que purement judaïque, bien que plusieurs critques, etentre autres M. de Sauley, aient avancé que les Grecs ont emprunté aux Égyptiens, aux Phéniciens et aux Juifs, beaucoup de principes architecturaux qu’ils n’ont fait que perfectionner, au lieu de les inventer, ne pourrait-on pas supposer que les caveaux funéraires des Kobour-el-Molouk ont précédé en totalité ou en partie la décoration extérieure du vestibule? Car de prétendre que cette excavation monumentale, renfermant sept chambres sépulcrales connues et un si grand nombre de tombes, soit le mausolée d'Hélène, reine d’Adiabène, et de son fils Izates, cela paraît difficile à soutenir, après toutes Îles preuves apportées par M. de Saulcy pour réfuter cette opinion. Ce dernier mausolée, en effet, comme nous le savons par Josèphe, était à trois stades seulement de la muraille septentrionale de Jérusalem, en face de la porte que flanquaient les tours dites des Femmes. Or, trois stades, à cent quatre-vingt-cinq mètres le stade, ne font que cinqcent cinquante-cinq mètres, tandis que les Kobour-el-Molouk sont à la distance de sept cent soixante-dix mètres au moins de cette même porte, qui ne peut être que celle qu’a remplacée la porte actuelle de Damas. En outre, le tombeau des Kobour-el-Molouk

paraît trop considérable pour n'être que la sépulture d’une seule reine et de son fils Izates; 1l semble plutôt être celle d’une dynastie, comme peut donner, d'ailleurs, à le penser le nom qu'il porte encore aujourd’hui, | celui de Kobour-el-Molouk ou de Kobour-es-Sélathin (tombeaux des Rois, tombeaux des Sultans).

Après avoir rendu à son père les honneurs funèbres qui lui étaient dus, Salomon ne tarda point à élever au Seigneur le temple dont David avait préparé le plan, les matériaux et la somme nécessaire à sa construction. Sans analyser tous les passages relaüfs à cet incomparable monument, qui se trouventdans la Bible, dans Josèphe et ailleurs, je vais me contenter d'en résumer ici très brièvement les principaux, priant le lecteur, s’il désire approfondir ce sujet, de consulter le savant article que M. de Saulcy a consacré à cet édifice dans son Dictionnaire des antiquités bibliques, le splendide ouvrage que M. le marquis de Vogüé a publié ensuite, sous le titre de Temple de Jérusalem, la Monographie du Temple de Salomon, par le R. P. Xavier Pailloux, de la Société de Jésus, ouvrage également enrichi de magnifiques planches et où plusieurs des opinions émises dans le précédent sont fortement et, parfois même, trop vivement attaquées, enfin les doctes recherches sur la même question de MM. Perrot et Chipiez.

Le sanctuaire, c’est-à-dire le naos, se composait du veslibule ou aoulem, du Saint ou »ekal, et du Saint des Saints ou débir. Ses dimensions’étaient peu considérables ; car dans œuvre, c’est-à-dire sans tenir compte de l’épaisseur des murs, des planchers et des toits, le Saint et le Saint des Saints réunis, ou le temple proprement dit, avaient seulement soixante coudées de long, vingt de large et trente de haut. Nous lisons, en effet, dans le III livre des Rois (ch. vi) :

2. « Domus autem, quam ædificabat rex Salomon Domino, habebat sexaginta cubitos in longitudine, et

viginti cubitos in latitudine, et triginta cubitos in altitudine. »

Quant au vestibule, pylône ou pronaos, en hébreu aoulem, il avait vingt coudées de long, répondant à la largeur du Temple, et dix coudées de large sur le front du temple.

« Et porticus erat ante templum viginti cubitorum longitudinis, juxta mensuram latitudinis templi : et habebat decem cubitos latitudinis ante faciem templi. »

PORois;:l 4 IIT, ch. vr, v. 3:)

On voit que le livre des Rois ne marque pas la hauteur du vestibule; mais elle nous est indiquée par un verset des Paralipomènes, comme étant de cent vingt coudées. (L. IT, ch. ur, v. 4.)

« Porticum vero ante frontem, quæ tendebatur in longum juxta mensuram latitudinis domus, cubitorum viginti : porro altitudo centum viginti cubitorum erat. »

M. de Saulcy et, après lui, M. de Vogüé, pensent que ce chiffre de cent vingt coudées des Paralipomènes, adopté néanmoins par Josèphe, est erroné, et probablement trop fort de moitié, à cause de l’invraisemblance d’un pylône ayant six fois en hauteur la plus grande dimension de sa base et douze fois la plus petite; 1lsle réduisent, par conséquent, à soixante coudées. De là, dans tous les cas, résulte, comme lobservent ces deux savants, un fait important, c'est que le temple de Salomon était construit sur le même plan que les temples égyptiens ; qu'il avait comme eux un pylône ou

… pronaos, plaqué contre l’entrée du naos et d’une hau- … teur plus grande que celle du naos lui-même. Le pro- | naos était ouvert et formait un véritable portique que précédaient ou soutenaient deux colonnes de bronze, appelées l’une Zakin et l’autre Boaz. Elles rappelaient les obélisques qui, de chaque côté, flanquaient l'entrée des principaux sanctuaires égyptiens. Trois galeries superposées, renfermant chacune trente-trois petites chambres, suivant Ézéchiel, et trente seulement, d’a-

près Josèphe, communiquaient les unes avec les autres et enveloppaient le temple de trois côtés, à l’ouest, au nord et au sud; à l’est, en effet, était la facade d'entrée, l'édifice regardant l’orient. La décoration intérieure du temple surpassait en richesse tout ce que l’on avait vu jusque-là, comme l’attestent la Bible, Josèphe et toute la tradition de l'antiquité. Le Saint, ou héka, contenait l’autel des parfums, en bois de cèdre et couvert de lames d’or; lechandelier à sept branches et la table des pains de proposition, outre un très grand nombre de candelabres, de vases et d'instruments, le tout en or. Les murs étaient lambrissés de bois de cèdre doré, sur lequel on avait sculpté des chérubins, des coloquintes, des branches de palmiers et des fleurs épanouies. Dans le Saint des Saints, debir, ou adyton, inaccessible même aux prètres et où le grand-prêtre seul pouvait pénétrer une fois par an, le jour des grandes expiations, reposait l’Arche Sainte qu'ombrageaient deux chérubins, en hébreu kéroubim, aux ailes déployées. Ces chérubins étaient des figures colossales et symboliques en bois plaqué d’or, qui offraient une parenté frappante avec le sphinx de l'Égypte ou avec les taureaux à face humaine de l’Assyrie.

À l’est, devant le portique,s’élevait l'autel d’airain ou des holocaustes; près de là étaient la mer d’airain, qui servait aux purifications des prêtres. et dix autres bassins secondaires, également d’airain, pour les ablutions, et dans lesquelles aussi on lavait les victimes.

Si le temple était petit, parce que le peuple ne pouvait point y pénétrer, les parvis qui l’entouraient étaient immenses ; ils étaient eux-mêmes ornés de magnifiques portiques et divisés en plusieurs compartiments, destinés aux prêtres, aux Israélites, aux femmes et aux Gentils. Ce superbe monument, avec toutes ses dépendances, avait coûté des sommes énormes, et pendant sept ans tout un monde d’ouvriers, dirigés par des architectes tyriens et par un artiste incomparable, nommé

Hiram, comme le roi de Tyr qui l'avait envoyé, avait rivalisé d'efforts pour le rendre digne du monarque qui en avait conçu le plan, de celui qui l’accomplissait, et surtout du grand Dieu auquel il devait être consacré. Les pierres qui avaient servi à le construire afféctaient des dimensions très considérables et avaient été extraites et taillées avec le soin le plus minutieux dans les carrières voisines de la ville, et principalement, sans doute dans la vaste caverne souterraine, appelée . vulgairement la grotte de Coton, qui s'étend, l’espace de deux cents mètres au moins, sous le mont Bézétha. De là aussi avaient été tirés les blocs gigantesques avec lesquels furent bâtis les portiques, les -murs des parvis , les différents édifices secondaires qui y étaient enclavés, et surtout le colossal péribole qui enveloppa dans une prodigieuse enceinte le sommet aplam et agrandi du mont Moriah. Les bancs de calcaire exploités dans ces carrières sont épais, à hautes assises et de trois qualités différentes, portant chacune un nom particulier. Le banc dit royal, en arabe maléki, est le plus beau et le plus estimé. On distingue encore, dans la caverne très étendue que je viens de signaler, le travail exécuté jadis par l’homme pour pratiquer dans ses flancs rocheux des rainures parallèles, indiquant la largeur et la longueur des blocs que l’on voulait extraire et où, suivant une vieille méthode égyptienne, on introduisait des coins de bois sec que Von mouillait ensuite, pour que leur gonflement fit détacher ces blocs de leurs parois postérieures.

Ce temple fameux, qui fut achevé par Salomon, l’an 100% avant J.-C., et qui était regardé comme l’une des plus admirables créations du génie humain secondé par des dons surnaturels, et où, avec une heureuse har- Monie, se trouvaient réunies les plus belles combinaisons de l’art égyptien, phénicien et assyrien, fut, comme on le sait, détruit et incendié quatre cents ans plus tard

par Nabuzardan, général de Nabuchodonosor, puis re-

levé, mais avec moins de magnificence, par Zorobabel, au retour de la captivité, enfin reconstruitavec un éclat nouveau par Hérode le Grand, pour être ensuite et pour toujours anéanti par Titus.

Mais; avant d’arriver à cette dernière catastrophe, :l est bon de se demander s’il ne subsiste rien sur le mont Moriah du premier temple de Salomon. Il subsiste d’abord l'aire primitive du Jébusite Ornan, laquelle n’est autre chose que la roche actuelle es- Sakhrah, renfermée depuis longtemps dans la mosquée d’Omar, où elle est tenue par les musulmans en grande vénération et qui, suivant une ancienne tradition rabbinique, aurait été comprise dans le Saint des Saints, pour y porter l’Arche d’Alliance, et, suivant une autre tradition, également» digne d’être prise en considération, aurait servi de noyau, en quelque sorte, à l’autel des holocaustes. Dans ce cas, le sang des victimes immolées se serait écoulé par le canal connu de nos jours sous le nom de Bir-el- Aroualh (le puits des Ames), situé au-dessousde cette roche et qui passe pour communiquer, par un conduit souterrain, avec la vallée du Cédron.

Il subsiste également de nombreuses et grandes citernes destinées à recueillir les eaux pluviales, ainsi ques les eaux vive d’Étham, qui y étaient amenées par un aqueduc. |

En troisième lieu, de notables portions de l’antiques mur extérieur d'enceinte, qui environnait le parvis des Gentils et embrassait toute la plate-forme supérieure du Moriah, ont résisté à tous les efforts du temps et des hommes. Ces portions, M. de Saulcy les déclare salo= moniennes; M. de Vogüé, au contraire, les croit Héro diennes. Les fouilles entreprises et exécutées, en 18674 par le capitaine anglais Warren, autour du Haram-es" Chérif, me paraissent confirmer le système de M. de Saulcy. Il semble, en effet, résulter deces fouilles que | l’'esplanade du Haram, telle que nous la voyons main: tenant, a été presque tout entière entourée d’un mun

d'enceinte construit avec des blocs très puissants, à une époque de beaucoup antérieure à Hérode. Ce capitaine commença d’abord par pratiquer de profondes excavations le long dela face occidentale du Haram sur différents points et, notamment, à angle sud-ouest, afin de retrouver, en ce dernier endroit, les traces du pont sur lequel Robinson, le premier, avait attiré l'attention des archéologues, et qui était destiné jadis à établir de ce côté une communication entre la ville haute et le

. temple à travers la vallée du Tyropæon. Ce ravin est

aujourd'hui, comme je lai déjà dit, aux trois quarts comblé par une accumulation énorme de débris. Sept puits creusés successivement permirent à cet officier de découvrir les fondations du pilier sur lequel reposait l’arche du pont dont on voit encore quelques arrachements gigantesques, adhérents au mur du Haram. Plusieurs voussoirs de ce pont furent retrouvés sous un couche considérable de terre et de débris de toutes sortes qu’on peut évaluer à une quinzaine de mètres d'épaisseur. Ils gisaient ainsi ensevelis sur un dallage antique qui s’étendait depuis le pilier jusqu’au mur du Haram. Ce dallage reposait sur une couche de débris plus anciens, elle-même très épaisse, et sous laquelle on remarqua d’autres voussoirs provenant d’une arche de beaucoup antérieure dont la chute avait défoncé la voûte d'un aqueduc creusé dans le roc qui courait à peu près parallèlement au mur du Haram.

À cent vingt-cinq mètres environ de cet angle sudouest, d’autres fouilles furent entreprises le long de la même face, à l’endroit désigné sous le nom de Place des pleurs des Juifs. En ce point, la surface naturelle du sol antique fut reconnue à une profondeur de vingttrois mètres au-dessous du pavé actuel. On sait que, tous les vendredis, les Juifs de Jérusalem viennent pleurer

et gémir en ce lieu sur les calamités qui, depuis tant de

siècles, accablent leur malheureuse nation. Là, on les voit inonder de leurs larmes et palper avec amour de

leurs mains les antiques assises de l’enceinte extérieure de leur temple, enceinte dont ils ont en ce point un magnifique spécimen dans les blocs inférieurs qui, par leur grandeur, leur régularité et leur parfait agencement, sont réellement incomparables ; les assises supérieures, au contraire, sont bien moins remarquables, et attestent des réparations et des dates plus modernes. Autrefois, ils avaient la triste consolation de se lamenter sur le renversement de leur nationalité et de leur temple, au milieu même des ruines de cet édifice sacré et au-dessus de la roche es-Sakhrah, qui, pour eux, représentait le Saint des Saints; mais, depuis la construction de la mosquée d’Omar, qui occupe précisément lemplacement du sanctuaire de Salomon, ils ont été repoussés en dehors de l’enceinte extérieure de leur temple, devenue le Haram-es-Chérif, et consacrée désormais à l’islamisme, et ils ont été contraints de se contenter de payer à prix d'argent le droit de renouveler, chaque vendredi, le deuil funèbre de leur indépendance passée, sur la petite place dont je parle en ce moment. Elle mesure seulement trente mètres de long sur quatre de large et est délimitée : au nord, par le Mékhémeh ou tribunal des musulmans ; à l’ouest et au sud, par des maisons particulières, et à l’est, par le mur du Haram. Ce vénérable pan de muraille est décrit ainsi par M. de Saulcy :

«En arrivant devant ce mur respectable, je fus frappés, d’admiration. Sur une hauteur de plus de douze mètres, la construction primitive est restée intacte; des assises régulières de belles pierres parfaitement équarries, mais en bossage, c’est-à-dire, offrant une bande lisse qui encadre les joints, sont superposées jusqu’à deux ou trois mètres du faîte de la muraille. Il suffit d’un seul coup d'œil pour reconnaître que la tradition juive est indubitablement vraie. Un mur semblable n’a jamais été construit ni par des Grecs, ni par des Romains. C’est évidemment là un échantillon de l'architecture

hébraïque. Dans les assises inférieures, les pierres sont assez régulièrement d’une largeur double de leur hauteur... A mesure que les assises s'élèvent au-dessus du sol. les dimensions des blocs diminuent. Enfin, chaque assise est en retraite de cinq centimètres sur l’assise précédente, et ces retraites successives constituent, on le voit, un fruit considérable pour la muraille salomomienne... Le mur primitif est couronné, à son sommet, par quelques assises régulières, 1l est vrai, mais de petites pierres de taille. Certainement, ces assises supérieures sont de construction assez récente et il faut nécessairement men faire remonter l’âge que jusqu’à l'époque musulmane. » (Voyage en Syrie et autour de la mer Morte, t. Il, p. 190.)

Or, les fouilles pratiquées devant ce mur par le capitaine anglais prouvent qu'il s'enfonce dans le sol à une profondeur de vingt-trois mètres, ce qui semble indiquer qu'il n’est pas de date hérodienne, mais peutêtre salomonienne, comme le pense M. de Saulcy, ou tout au moins judaïque. Car il est difficile d'admettre qu'Hérode, en rebâtissant le temple, ait déraciné du sol non seulement les fondations de ce sanctuaire, ce qu’il fit effectivement, afin d'en agrandir l’étendue, mais encore celles du péribole extérieur lui-même, qui pénétrait néanmoins si avant dans les flancs du Moriah que Josèphe le déclare indestructible. |

Dans un de ses écrits, cet historien attribue à Salomon tout seul le péribole entier, ses divers parvis, les portiques et les murs qui les entouraient. « Salomon, dit 1l, construisit autour du naos une enceinte que nous nommons gision dans notre langue maternelle, et qui se nomme en grec {hrinkos ; elle était haute de trois coudées, et destinée à interdire au peuple l’entrée dans le kiéron, cette entrée étant réservée aux prêtres seuls. Au dehors de cette enceinte, il construisit un autre hiéron de forme quadrangulaire, orné de portiques grands et larges, et munis de portes élevées, dont

chacune regardait l’un des quatre vents et était fermée avec des battants dorés. Tout individu du peuple, pourvu qu'il fût à l’état de pureté et qu’il eût rempli les conditions légales, pouvait pénétrer dans cette seconde enceinte, mais le troisième Miéron, ou hieron extérieur, était plus admirable encore, et dépassait tout ce que lon pourrait dire ou voir. En effet, Salomon, ayant comblé de profonds ravins dont il était difficile de mesurer de l’œil l'énorme profondeur, éleva ce massif à la hauteur de quatre cents coudées, et parvint à lui donner le même niveau qu'avait le sommet de la montagne, sur lequel le naos avait été construit; 1l environna ce Aiéron extérieur de portiques doubles, soutenus par des colonnes de pierre du pays qui supportaient un toit lambrissé de cèdre. Toutes les portes de cette enceinte étaient d'argent. » (Antiquilés judaïques, I. VIII, ch. mm, $ 9.) Ailleurs, au contraire, le même auteur prétend que l'achèvement complet de l’esplanade du temple fut l'ouvrage de plusieurs siècles :

« Le Aiéron, dit-il, était bâti sur une forte éminence. Lorsqu'on commença à le construire, 1l y avait à peine assez de terrain plat au sommet pour le naos et pour l’autel ; car, de tous les côtés, la colline, était abrupte et inclinée. Mais le roi Salomon, le même qui éleva le naos, ayant construit un mur vers lorient, un seul portique fut bâti sur le massif ainsi obtenu ; de tous les autres côtés, le naos restait découvert. Mais dans les âges suivants, comme le peuple ajoutait toujours quelque chose au massif, la colline, ayant été aplanie, fut agrandie. Abattant aussi le mur septentrional, on comprit tout l’espace qu'embrassa plus tard le péribole du Aiéron tout entier. On entoura la colline d’une triple enceinte, à partir de sa base, et quand on eut travaillé à cette œuvre plus qu'on ne pouvait l’espérer, œuvre à laquelle furent consacrés de longs âges et tous les trésors provenant des tributs envoyés à Dieu de lPunivers entier, les périboles supérieurs et le Aïéron inférieur

‘furent enfin terminés. » (Guerre des Juifs, 1. V, ch. v, $ 1.)

De ces deux passages, quel que soit celui que l’on adopte, 1l résulte que l'enceinte extérieure de l’esplanade complète du temple est due aux rois de Juda, soit à un seul, soit à plusieurs. Elle à pu, sans doute, être en partie renversée dans la suite et percée de nombreuses brèches. Par conséquent, Hérode a dû la relever par tiellement et la réparer ; mais les puissantes et inébran® lables fondations de cette enceinte n’ont jamais dû être remaniées ; il en est de même aussi de toutes les portions émergentes de la muraille, dont l'appareil gigan-

‘tesque est identique avec celui des portions qu’a nécessairement protégées leur profond enfouissement dans le sol. |

Mais continuons à nous avancer vers le nord, lelong de la face occidentale du Haram. A quelque distance de Ja place dite des pleurs des Juifs et à deux cents mètres de Pangle sud-ouest, Le capitaine Wilson avait frouvé, en 1865, une seconde arche ayant le même développe-

ment que celle qu'avait auparavant signalée Robinson, à l’angle précédemment indiqué ; cette arche faisait partie d’une grande chaussée qui reliait en ce point le mont Moriah au mont Sion. En 1867, le capitaine Warren découvrit à l’ouest de cette même arche, au moyen d’un puits de mine, une longue galerie souterraine qui avait été probablement exécutée pour permettre à des soldats de passer, sans être aperçus, de la citadelle du mont Sion au temple. Tout autorise à supposer que cette galerie est celle par laquelle, après la prise de Jérusalem par Titus, Simon, fils de Gioras, se rendit de la haute ville sur l'emplacement du Temple et tenta de s'échapper en apparaissant soudain, comme une sorte de fantôme, aux yeux des légionnaires romains.

La principale entrée du Haram-es-Chérif est par la rue de David qui passe au-dessus de l’arche découverte par Wilson, et l’on pénètre de ce côté dans l'enceinte

sacrée par une magnifique porte double dont l'ouverture: méridionale s'appelle Bab-es-Silsileh (porte de la Chaïne), et l'ouverture septentrionale Bab-es-Salam (porte de la Paix).

En poursuivant notre marche vers le nord, mais sans: pouvoir longer de près la muraille antique, à cause des constructions modernes qui y sont accolées, nous rencontrons une autre porte, celle-là antique et aux trois quarts ensevelie sous des amas de décombres ; elle a été découverte par le capitaine Warren.

Un peu au nord de cette dernière est la porte musulmane, dite Bab-el-Kaitanin (porte des Marchands de coton), parce qu’elle avoisine un bazar où l’on vendait autrefois du coton.

Depuis l’arche trouvée par Wilson jusqu’à la porte du: sérail, le mur du Haram n’est plus visible ; mais sous. celle-ci le lieutenant anglais Conder a découvert, en 1874, un fragment de la muraille antique, d’un grand intérêt, parce qu'il est orné de pilastres formant saillie. sur le nu de la muraille comme le mur du Haram d'Hébron.

Nous arrivons ainsi, le long de la face occidentale que nous avons souvent perdue de vue, masquée qu’elle. est par les maisons modernes, à l'angle nord-ouest, lequel est séparé de l'angle sud-ouest par une distance de quatre cent quatre-vingts mètres. En cetendroit,le mont Moriah s’élevait comme une sorte de promontoire rocheux qui a été abaissé et aplani, et dont les berges septentrionales et occidentales ont été taillées verticalement pour en rendre l’escalade plus difficile. C’est à cet angle que les rois asmonéens bâtirent une forteresse nommée Baris, qu Hérode transforma plustard et appela Antonia, du nom d'Antoine, son protecteur. J'en parlerai plus bas.

La face nord a trois cent vingt-cinq mètres de développement. Comme il est impossible de la suivre maintenant du dehors, parce qu’elle est en grande partie cachée par la caserne turque qui occupe l'emplacement.

de l’ancienne tour Antonia, et par le vaste bassin à moitié comblé, dit Birket-Israïl, transportons-nous immédiatement à l’angle nord-est.

En cet endroit, et non loin de la porte actuelle de Saint-Étienne, le capitaine Warren à reconnu par des fouilles très profondes que la hauteur primitive du mur au-dessus du roc était de quarante-neuf mètres environ. Dans les excavations qu'il à pratiquées sur ce point, il a exhumé plusieurs débris de vases phéniciens. Remarquons, avant de passer à la face orientale, que le mur septentrional de l'enceinte du temple servait en même temps de rempart à la ville, avant qu'Hérode Agrippa eût agrandi Jérusalem vers le nord, en y comprenant le faubourg de Bézétha et une partie du mont Gareb.

Si nous longeons actuellement du nord au sud la muraille orientale du Haram, nous rencontrons à cent quarante mètres de langle nord-est la porte Dorée. Depuis longtemps murée par les musulmans, parce qu'ils s'imaginent que, si un jour les chrétiens assiègent de nouveau Jérusalem, ils entreront dans la ville par cette porte, elle a remplacé, à l’époque d’Hérode ou d'Adrien, une autre porte beaucoup plus ancienne qui donnait accès dans le temple du côté de l’est. C’est par cette porte double que, d’après une vieille tradition chrétienne, Notre-Seigneur aurait, le jour des Rameaux, fait son entrée triomphale à Jérusalem ; c’est également par cette porte que, l’an 628 de notre ère, l’empereur Héraclius aurait rapporté la Sainte Croix reprise aux Perses. Que les ornements qui décorent la porte actuelle soient d’une époque postérieure à Jésus-Christ, comme le veulent de savants critiques, que le vestibule intérieur en ait été remanié par les Byzantins, peut-être même par les Arabes, peu importe ; cela ne détruit en rien la vérité de la tradition chrétienne, car les jambages monolithes de la porte primitive sont encore debout et suflisent à justifier cette tradition.

Quoi qu'il en soit, le capitaine Warren a trouvé que,

près de la porte qui nous occupe en ce moment, le mur du Haram s'enfonce sous la surface actuelle du sol à la profondeur d’une dizaine de mètres. En avant de cette porte, plus à l’est, il a découvert pareïllement, sousun amas de décombres et à la distance de seize mètres, un autre mur massif, composé de très gros blocs. Ce mur était peut-être celui de la ville proprement dite, le mur du Haram étant celui du temple; peut-être aussi était-ce là l’un des trois murs que Salomon, au dire de Josèphe, avait construits pour soutenir les terrasses successives du Moriah.

Trois cent dix mètres au sud de la porte Dorée, on atteint l’angle sud-est du Haram. C’est Fun des mieux conservés et des plus remarquables de cette enceinte. Près de cet angle le capitaine Warren a découvert, à vingt-sept mètres de profondeur, sur plusieurs blocs appartenant à la face orientale de la muraille qui s’enfonce jusque-là dans les flancs de la colline, une certain nombre de caractères sémitiques peints en rouge et gravés, qui ont été regardés commé phéniciens par quelques savants qui ont pu les examiner. Ils sont malheureusement invisibles depuis longtemps, les puits de mine au fond desquels on les avaitaperçusayant été comblés par la commission anglaise. La pierre d'angle, comme on la constaté, est encastrée dans le roc. De pareils caractères joints à une telle profondeur des fondations paraissent autoriser les assertions de ceux qui prétendent que cettetour d'angle, dontl’altitude actuelle, à partir du roc, est d'au moins quarante-sept mètres, est l’ouvrage du roi Salomon; car ils ne peuvent guère ètre considérés que comme des signes placés sur ces blocs par des maçons phéniciens travaillant sous la direction d’architectes phéniciens. Or, nous savons que, Hiram, roi de Tyr, avait envoyé à Salomon, pour l'aider dans l’accomplissement de ses grands projets, des ouvriers phéniciens habiles à tailler les pierres et qui devaient travailler avec les siens.

La muraille méridionale du Haram, qui mesure deux cent quatre-vingts mètres dedéveloppement, est divisée comme en trois parties différentes par la porte Simple, la porte Triple et la porte Double, ou la porte Houldah. La première porte, aujourd’hui fermée comme les deux autres et plus moderne que celles-ci, ouvrait autrefois dans les immenses souterrains voûtés, connus sous le nom d'Écuries de Salomon.

Ces souterrains occupent, sous la partie sud-est de la plate-forme du Haram, un vaste espace, long de quatrevingts mètres, de l’ouest à l’est, et large de cinquante mètres au moins du nord au sud. Il est impossible d'y pénétrer, surtout pour la première fois, sans être aussitôt saisi d’une vive admiration. Le but dans lequel ils ont été construits était d'agrandir vers le sud-est l’enceinte de l’esplanade du temple, en reculant cette enceinte au delà des bords supérieurs de la montagne et en soutenant cette portion ajoutée de la plate-forme au moyen de voûtes gigantesques reposant sur de nombreuses rangées de piliers carrés. Ces gros et gigantesques piliers, dont les quatre faces sont à bossage, supportent des voûtes en plein cintre qui ont pu être plusieurs fois remaniées, mais qui, dans leur fondation première, paraissent bien antérieures à Justinien, ainsi qu’on l’a quelquefois prétendu, en s'appuyant sur un passage de Procope, relatif à la construction par cet empereur, à Jérusalem, d’une basilique en l’honneur de Sainte Marie, car, près de la porte Simple, le capitaine Warren a trouvé, à six mètres au-dessous du sol de ces galeries souterraines et à dix-neuf mètres au-dessous de celui du Haram, l’un des anciens canaux par où le sang des victimes et les eaux qui avaient servi à laver le temple devaient s’écouler dans le Cédron.

Ce qui semble prouver péremptoirement que ces souterrains sont bien antérieurs à Justinien et même à Hérode, c’est que les deux angles sud-est et sud-ouest de la muraille méridionale du Haram sont, ainsi que

l’attestent les fouilles des Anglais, bien antérieurs euxmêmes à Hérode et datent, selon toute apparenee, soit de l’époque de Salomon, soit de celle des rois qui l'ont suivi. Or, de l’antiquité de ces deux angles résulte celle du mur dont ils forment les deux extrémités et dont les assises inférieures plongeant dans le sol à une profondeur plus ou moins considérable, selon la nature et les accidents du terrain, n'ont jamais pu être ébranlées, ni par le temps, ni par les hommes; les assises supérieures seules ont pu être renversées et relevées, ou remplacées par d’autres, d'appareil très différent. Si ces souterrains n'ont pas été comblés avec des terres rapportées, c’est qu'on voulait les utiliser, et je ne serais point étonné qu'ils eussent primitivement servi d’écuries pour les nombreux chevaux de Salomon, comme le veut la tradition. Dans tous les cas, nous savons qu’à l’époque des croisades, lorsqueles Templiers occupaient la mosquée d’'El-Aksa et ses dépendances, 1ls avaient dans ces souterrains leurs écuries. Beaucoup des piliers qui y forment un nombre considérable de travées sont encore munis d’anneaux qui ont évidemment servi à passer le licou d’un cheval ou d’une autre bête de somme.

Les deux autres portes, également ferméesaujourd’hui, qui ouvraient sur cette même face de muraille, sont appelées d'ordinaire, l’une la porte Triple, la plus voisine de la précédente, l’autre la porte Double; la première, parcequ’elle avait trois baies, et laseconde deux seulement, donnant chacune dans une galerie souterraine distincte qui aboutissait par une rampe douce à la surface supérieure de l’esplanade du temple. Cette dernière porte est désignée aussi sous le nom de Houldah, nom qui était celui d’une prophétesse célèbre de Jérusalem, à l’époque du roi Josias. Sans entrer, ici, dans la discussion raisonnée des divers problèmes archéologiqnes auxquels ces deux portes ont donné lieu de la part des savants, je me borneraià dire qu’elles me

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