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Vous serez ea haine à tous à cau36 do mon nom

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Ah! Jésuites, n'est-ce pas! Jésuites! Jésuites I Il faut écraser de pareils serpents I

Louis XIV ! Grand roi, plus grand moi qui absorba un siècle énorme !

Chacun des éléments qui composent cette gloire est immense et suffirait à éblouir un âge ; avec ces blocs précieux par la matière, gigantesques par la masse, un panthéon fut construit dans des proportions calmes et carrées, à la taille moyenne du roi, éclairé par la moyenne lumière du roi, fait pour le roi, par le roi, semblable au roi, — de telle sorte qu'on se demande à la vue du monument, très-imposant dans ses symétries, mais aligné implacablement et gourmé jusqu'à fatiguer le regard, comment le royal architecte s'y prit pour dissimuler tant de saillies superbes!

Avec rien, au moment où la mort le surprit, Henri le Grand allait élever une montagne ; avec des montagnes, Louis lo Grand dressa une belle

colonnade bien régulière, sur terrain nivelé. Il se trouvait assez haut et ne montait plus, chose terrible.

De la cendre d'Henri IV, sa volonté sortit qui eut nom Richelieu. Sur le sépulcre fermé de Louis XIV, on lacéra son testament. Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Corneille, Racine, Gondé, Turenne firent place sans transition aux convives athées de Philippe d'Orléans, doux cœur, dit-on, aimable esprit qui rendit, entre deux petits soupers, les premiers oracles de la religion de Voltaire.

Je parlerai peu du règne de Louis XIV. Je n'apprécie pas peut-être à sa juste valeur le grand rôle que les Jésuitt* y jouèrent. Un sens me manque sans doute : ce n'est pas cette grandeurlà que j'aime. Je dirai seulement que notre temps présent n'a pas inventé les violences à l'encontre du Saint-Siège. Ne vous y trompez pas : la Révolution était déjà en germe dans le giron de l'absolutisme. Celui qui est accusé d'avoir dit un jour : « L'Etat, c'est moi », s'il le dit, le jour où il lo dit, délia la foudre.

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Les Jésuites eurent ce périlleux honneur de confesser Louis XIV : ce devait être une profession rude. On ne se représente que trop bien l'embarras des gardiens de cette conscience à la fois si vaste et si étroite, qui crut relever le péché en l'habillant d'étiquette et sauver le scandale en lui donnant de majestueuses allures.

Ce roi, il est vrai, se montra merveilleusement beau dans l'infortune, et ce fut alors que l'influence des hommes de Dieu se fit sentir. A bon droit, il reste glorieux dans l'histoire, pour avoir été, par la volonté de la Providence, l'âme suffisante de tout un peuple de génies, mais je suis de ceux qui ne peuvent lui pardonner d'avoir trempé, en cérémonie, solennellement, presque religieusement, dans le dissolvant de l'illégitimité le robuste bois du trône légitime, qui en fut pourri de part en part et craqua, moins d'un siècle après, sous la sainteté chaste de Louis XVL

Encore moins parlerai-je de la Régence, châtiment immédiat des erreurs de Louis XIV.

Quant à Louis XV, ce prince véritablement malheureux qui mourut de honte comme ses

aïeux avaient vécu do gloire, nous nous arrêterons forcément à son règne qui vit la ligue des rois, des ministres, des parlements, des courtisanes et des philosophes mettre définitivement le siège devant la Compagnie de Jésus, ouvrage avancé des fortifications de l'Eglise, et l'emporter dans la fureur d'un assaut général.

La guerre, on peut le dire, existait depuis l'heure même où l'ordre était né. Tout ce qui était révolte, sensualisme, doute, incrédulité, hérésie surtout, patente ou déguisée, abhorrait ces défenseurs intimnsigeants — le mot n'était pas inventé — de la certitude orthodoxe, de l'obéissance et de la pure spiritualité.

Ils gênaient le jeu des austères comédiens du parlementarisme bien plus encore qu'ils ne contrariaient l'effort des francs insurgés de la prétendue philosophie; et, certes, contre eux la haine des protestants avoués était beaucoup moins envenimée que cette sourde rage couvant dans le cœur hypocrite des neveux toujours masqués de Jansenius : ceux-là même que Molière a \isés dans Tartufe.

Or, ces faux apôtres dont le crime et le malheur étaient de tenirendéfiance, comme Judas, la Bonté Infinie et de crier au scandale quand on versait uux pieds de Jésus le vase entier, plein de précieux parfum, encombraient les abords du trône. Dans tous les oratoires de la cour, du parlement et même du clergé, — car le cardinal de Noailles avait de nombreux adhérents, — vous eussiez trouvé de ces crucifix où Dieu est représenté les bras surélevés et non point étendus, pour donner un corps au blasphème calomnieusement attribué à saint Augustin par l'abbé de Saint-Cyran, à savoir que « Jésus n'était pas moH pour tous, mais pour ui. petit nombre ».

Jésus! l'anjaiii'' J'imnjBnse, l'absolue charité! bofrnant son bienfait et limitant sa miséricorde ! Le Fils du grand Dieu, père de la vraie, de la seule égalité, opérant un triage et diminuant la divine envergure de ses ailes pour embrasser le moins de cœurs possible ! Aberration de l'orgueil bourgeois! Démence de la prétention oligarchique!

Car il est impossible de ne point remarquer en passant que la caste ?a plus implacable en faii

d'mnstocratie est précisément celle qui brasse toutes les révolutions, la caste des Arnauld, la terrible couche doctrinaire et de milieu, ennemie de tout ce qui est au dessus d'elle et de tout ce qui est au dessous, démolissant d'une main, opprimant de l'autre et perdant périodiquement le sang-froid jusqu'au point de déchaîner le dessous contre le dessus, — spéculation dont elle vit depuis cent cinquante ans et dont la patrie meurt.

L'autorité s'appelait la cour et baissait plongeant petit à petit dans le mépris. La Régence avait traduit en langage obscène le poëme fastueux des erreurs de Louis XIV. De ce mauvais lieu, le Palais-Royal, boudoir pétillant d'esprit d'où s'échappait l'écho de la chanson athée, un vent de contagion s'était répandu sur l'Europe, et l'enfance de Louis XV avait respiré cette peste. La France tenait la tôle dans cette course de l'abâtardissement royal, où toutes les autres cours la suivaient de leur mieux allant et trébuchant dans la même ornière.

Un seul roi restait : Marie-Thérèse, et comme ses intérêts n'ctaienl point ceux de la France,

elle regardait d'un œil content le descendant du grand ennemi de la maison d'Autriche, l'héritier d'Henri IV, emporté par le courant, comme une épave vers le gouffre où menaçait l'inconnu.

Quand M. le duc de Ghoiseul arriva aux affaires, il fut dit, pour la première fois, depuis la fondation de notre Monarchie, qu'un ministre français recevait pension de l'étranger, et ceux qui disaient cela ajoutaient que la pension était payée par l'Autriche. La Prusse, d'ailleurs, payait bien d'autres pensions, et le proverbe « travailler pour ie roi de Prusse » prit naissance en ces temps où un duc et pair, maréchal de France, se bâtit une demeure avec de tel argent que la maison en garda le nom de « Pavillon de Hanovre ».

Le niveau de la fierté patriotique pouvait encore tomber plus bas, car chez nous, à Paris, un homme, un écrivain illustre, idole de la foule, adressa publiquement, en temps de guerre, des flatteries au Prussien, et ne perdit rien de sa popularité : au contraire. Il était de mode parmi les poètes de traîner nos généraux sur la claie en tressant, non point gratis, des guirlandes au

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vainqueur de Rosbach, Ce n'étaient pas des Jésuites que ces poôtes.

11 est certain que Rome elle-même subissait pour un peu la langueur universelle. Et quoi de surprenant? A travers les âges un esprit prophétique a toujours soufflé autour de la chaire de saint Pierre, et le pressentiment de la convulsion qui allait soulever le monde pesait sans doute sur le cœur attristé des souverains pontifes. Avec le clair regard de la foi ils voyaient chanceler par* tout ce qui avait été la gloire de la famille européenne, et l'Eglise prosternée regardait avec douleur le flot d'ignominies qui se gonflait autour des trônes avant de les engloutir.

Un jour M""* de Pompadour, mécène femelle de la philosophie qui cachetait les gens à la Bastille pour une plaisanterie et les y laissait Bans rancune, jusqu'à sa mort, à elle et au delà, gratter les pierres avec leurs ongles, la même qui

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aida M. de Choiseul à trahir Montcalm au Galiadc et à persécuter Dupleix dans l'Inde avant de tuer La Bourdonnais par le chagrin et Lally-Tolendal par la hache, — une femme charmante, du resto^ protégeant les esprits forts et permettant quel' ques madrigalités à Voltaire, en ses moments de belle humeur, — un jour donc. M""* la marquise de Pompadour eut l'inquiétante idée de faire sos Pâ gués.

Pourquoi? on ne sait trop. Quelques-uns prétendent que cette velléité venait du roi Louis X"V qui gardait tout au fond de sa triste vie un levain de « superstition ».

Toujours est-il que M'»^ de Pompadour, pardonnant à Dieu, voulait bien lui faire la grâce de le recevoir, mais sans façon, en négligé. Quant à purifier sa conscience (à ce sujet M. de Richelieu, songeant sans doute aux écuries d'Augias, avait dit méchamment : « Comment faire? Hercule est mort! »), il n'en était pas autrement question, non plus que d'abandonner sa charge qui valait comme émoluments le métier de M. de Choiseul.

Elle s'informa sur les voies et moyens à prendre pour arriver à la conclusion de celte « affaire », qui, selon elle, aurait remonté le crédit de la Religion. Les femmes de sa sorte sont entourées par la plus vile catégorie de flatteurs ; chacun lui dit que c'était bien de la bonté de sa part, puisqu'elle pouvait se passer de Dieu et que Dieu serait trop heureux d'entrer dans les bonnes grâces d'une personne de son importance. « Les prêtres, lui dit-on, exigent ceci et cela de la première venue, mais on sait bien que M™" de Pompadour, la « cousine » de Marie-Thérèse d'Autriche et la patronne de M. de Choiseul, ne peut pas être traitée comme une simple princesse du sang. Posez vos conditions, elles sont acceptées d'avance. »

Et notez que l'effrénée platitude des courtisans était ici bien plus près qu'elle ne croyait de la vérité miséricordieuse et splendido. Le crucifix des catholiques étend ses bras tout grands. Si Antoinette, femme Détiolles, marquise de Pompadour, princesse de Neufchâtel, honteuse créature parmi les plus honteuses de cette ignoble

époque, avait trouvé seulement au fond d'elle même un atome de repentir, les bras de cet immense amour se seraient refermés pour accueillir et pour chérir sa pénitence.

Et alors, tout devenait certain comme évangile dans les burlesques affirmations des perroquets de cour : Dieu était heureux, trop heureux, le grand, l'éLernel Dieu, de rentrer dans les bonnes grâces de la pécheresse.

Et il n'y avait point de prêtre au monde pour exiger d'elle, poison vivant, scandale criant, quoi que ce soit de plus qu'on n'aurait demandé à l'humble pauvresse de la borne. La voie de Marie- Magdeleine était devant elle.

Mais l'atome de cœur ne se trouvait pas dans ce corps de courtisane, vieilli par les années e'. déjà vétéran de l'infamie. Marie-Magdeleine avail beaucoup aimé ; M""^ de Pompadour avait beaucoup marchandé, beaucoup haï, beaucoup sali. Elle était de race judaïque, et c'était un marché qu'elle proposait au ciel.

Elle le sentait si bien qu'elle hésita.

On a dit qu'en cette circonstance, M. le duc de

Choiseul, le philosophe d'Etat qui ruinait nos colonies, qui affamait nos soldats en campagne, et qui réduisait nos provinces au désespoir pour payer les « appointements » monstrueux de la favorite, — on a dit que cet homme, digne d'une pitié profonde, cause apparente de tous les désastres de la France, cet homme qui eut le suprême châtiment d'être loué, ministre des rois, parles assassins des rois, désira jeter les semences d'une haine inextinguible dans ce bas esprit de femme tombée. Il avait besoin de cela.

Il prononça à l'oreille de iVI™^ de Pompadour ce mot : Compagnie de Jésus! Le fameux lieu commun de la calomnie janséniste, la morale relâchée des Jésuites, vint naturellement sur le tapis. Ceux que Pascal avait accusés de dévotion facile sauraient aplanir toutes difficultés et arranger toutes choses pour le mieux de leurs intérêts. Le fait certain, s'est que M""® de Pompadour s'adressa aux Jésuites pour demander leur complicité dans la perpétration d'un sacrilège.

On a dit encore que l'indignation des Pères i-c poussa violemment une pareille ouverture. On

s'est trompé; l'indignation des Pères fuD muette, parce que leur conscience était calme. Il appert de tous les documents que M"® la marquise de Pompadour fut reçue avec la commisération due à son ignorance et à sa misère morale. Il lui fui dit ce qui est dit à tous et à toutes au tribunal de la pénitence. Si ^lle entama et poursuivit en effet une négociation sacrilège, ce qui semble résulter de l'appel insensé qu'elle porta jusqu'aux pieds du Saint-Père , il résulte également de cet appel même qu'elle fut éconduite avec la fermeté pleine de mansuétude qu'on eût employée, en pareil cas, vis à vis de n'importe quelle pécheresse assez dépourvue de la plus simple éducation religieuse pour réclamer place au festin de l'Epoux, sans avoir revêtu la robe nuptiale On ne devait moins, on ne pouvait plus.

Mais si plein de clémence que pût être ce refus dans sa forme. M"* ]a marquise ne le pardonna point, et la perte des Jésuites fut jurée. L'histoire est ainsi toute pleine de grandes catastrophes, produites par les plus méprisables causes.

Nous avons parlé déjà des établissements ou réductions, ces petites républiques modèles, fondées dans les deux Amériques par les Pères et qui, selon l'unanimité de tous les écrivains protestants, philosophes ou autres, ramenaient l'âge d'or en ces heureux pays si éloignés de l'Europe. Fénelon n'avait eu qu'à peindre leur aurore pour faire le tableau de Salente, et plus tard. Bernardin de Saint-Pierre, après Jean-Jacques, y puisa les principaux traits de ses charmantes Études de la nature. Les réductions du Paraguay et de l'Uruguay que Pombal devait détruire étaient surtout célèbres, mais il y en avait aussi aux Antilles.sCertes, nul n'aurait pu croire que cette œuvre ; de civilisation, appréciée et vantée universellement, deviendrait pour la Compagnie de Jésus un germe de maladie et de mort.

Il en fut ainsi, cependant. La déconvenue do jy[me ^Q Pompadour était une de ces occasions qu'il faut prendre aux cheveux et, pour en profiter, le ministre dirigeant saisit comme une proie le premier prétexte qui se présenta. Laissons parler l'histoire protestante de Sismonde Sismondi

« Les établissements des missions où les convertis indiens trava'illaient, dit l'f^crivain genevois, pour un fonds commun, administré par les Pères, avaient amené ces religieux à se charger d'une immense administration économique; c'était leur afîaire de nourrir et de vêtir tout un peuple... ' Le P. de Lavalette, Français, procureur des missions à la Martinique, y était chargé de ces vastes intérêts mercantiles ; mais plusieurs de ses vaisseaux furent capturés par les Anglais en 17oo, avant toute déclaration de guerre, lorsque ceux-ci s'emparèrent par surprise de toute la marine marchande de France. »

Tel fut le point de départ, exposé avec calme par un historien qui ne peut être taxé de partialité en faveur de la Compagnie. Plus tard, il est vrai, les choses s'aggravèrent. La conduite du gouvernement anglais était un fait excessif, ayant son origine dans le mépris où était

î. '< L'intervention des Jésuites était surtout nécessaire pour protéger la naïveté et l'ignorance des Indiens contre la cupidité des trafiquants européens ». Ad. Arnhier, La Camp, de Jésus, p. 257.

tombé le gouvernement de la France sous l'administration Choiseul.

Le pied de l'étranger pesait sur noire nuque^ et l'Angleterre payait ainsi les complaisances de notre ministre agenouillé. La responsabilité du malheur qui frappait la marine marchande en général et la flottille de la Martinique en particulier, remontait donc jusqu'à l'administration qui, loin do venir en aide aux innombrables victimes de son impéritie, les accabla de tous côtés avec la dernière rigueur.

Le P. de Lavalette i, dépouillé d'une valeur énorme dont il n'était que l'administrateur, eut le tort impardonnable de désobéir aux Constitutions. Il spécula pour remplir le vide de la caisse commune, et ses spéculations furent malheureuses. Ses créanciers l'attaquèrent et mirent en cause la Compagnie.

Mais avant de juger ce procès oîi la partialité du Parlement, coutumier du fait quand il s'agis-

1 . Il fut défendu Irès-vivement par l'autorité coloniale. Il descendait du frère aîné do Jean de La Valette, grand-maî tre de Rhodes.

sait des Jésuites, chercha et trouva un prétexte pour flatter à la fois les récentes colères de la favorite et la haine invétérée du ministre dirigeant, nous quitterons Paris et nous passerons la fr'mtière du Portugal oûPombal, le « Grand marquis», livrait à la Compagnie de Jésus la première et décisive bataille qui eut une si désastreuse influence sur la situation de l'institut en France et dans le monde entier.

Aussi bien, il nous plaît d'être amené, par l'ordre chronologique des événements, à donner Je pas au tigre royal sur les loups et les renardb dans le dénombrement de la meute qui va fairo curée des saints et des marLyrg,

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