‹ Jésuites!Chapitre 24 sur 40 · Siècle de Louis X V, t. XXII des ÛEuvrc3, p. 35i · texte numérisé non relu

Siècle de Louis X V, t. XXII des ÛEuvrc3, p. 35i

qui répandirent tant de sang et les sarcasmes aux démolisseurs imprudents qui jetèrent bas un si mémorable édifice, boulevard de la royauté depuis deux siècles.

Enchantée qu'elle était au fond, l'Encyclopédie ne put faire moins que de gronder. Elle était 1g journalisme du temps. Un peu de pitié ne messied point, un tantinet de justice non plus, comme objet de toilette, à ces jurés sans mission qui tranchent à tort et à travers dans toutes les causes : cela donne à leur bavardage un bon air d'impartialité; et, d'ailleurs, il est doux, facile aussi bien qu'agréable de porter le deuil d'un ennemi égorgé. Les crocodiles pleurent.

Sur une des principales places de Lisbonne se trouve la statue du roi Joseph-Emmanuel, fils de JeanV. Aux pieds de la statue, on voit son ministre, dom Sébastien de Carvalho y Melho, comte d'Oeyras, marquis de Pombal, que l'école libérale portugaise compare assez volontiers au cardinal de Ri- Dhelieu ; aucune loi internationale ne défend or r gaietés. Il ne faut point juger un pays par le ne : '

bre de lieues carrées qui déterminent sa surface, et le Portugal, petit peuple si l'on considère son étendue et sa population, est un grand peuple par son histoire.

Le Portugal a dans ses annales plus d'hommes qu'il n'est besoin pour tailler de belles statues à toutes les places publiques de Lisbonne, sa capitale illustre : des rois, des navigateurs, des capitaines, des poètes : Gamoëns, Albuquerque, Gama, Cabrai, Henri, Jean, Pedro; et l'empire du Brésil est son œuvre, timbrée comme lui-même du chevaleresque cimier de Bragance. Ses marchands furent heureux, hardis et puissants, ses flottes couvrirent les Océans, ses colonies diaprèrent les mondes; sa noblesse est ancienne et haute entre toutes celles de l'Europe; et si son influence antique a déchu considérablement, étouffée et même un peu confisquée, c'est que nul peuple catholique ne s'est laissé choyer impunément jamais par la piété protestante et par le désintéressement an^ glais, toujours portés à faire partout des Irlandes.

Il y a bien des miettes du gâteau portugais

dans les vastes poches de sa généreuse amie l'Angleterre. Certaines protections coûtent aussi pas trop cher et beaucoup de Portugais pensent que le Portugal aura de la peine à se relever tout è fait de la fastueuse agonie stratégique que sua chez lui, à ses dépens, le très-honorable Arthur Wellesley pour gagner son bouquet de titres, sa guirlande de pensions, son plein panier de gloire anglaise et naître enfin « Sa Grâce » mylord duc de Wellington!

Sans railler ni blâmer aucunement ceux qui mettent en parallèle le marquis de Pombal avec le cardinal de Richelieu, — car les erreurs mêmes du patriotisme sont touchantes et respectables, — je prends la liberté de m'étonner que les Portugais aient choisi pour les « ériger » sur les bords heureux du Tage, le roi qui laissa faire et le miriistre qui notoirement fît effort pour dépatrier leur patrie jusqu'au point d'enfouir le noble front des fils d'Aviz sous le bonnet fourré de Calvin. Les Portugais n'étaient-ils pas assez anglaisés comme cela?

Je ne sais trop s'il taut garder rancune à Joseph

de Bragance, car il ne pensait guère sinon par le cerveau de son ministre ; mais il est certain que Pombal eut ce projet, qu'il en commença l'exécution et qu'il ne s'arrêta que devant la ferme obstination portugaise manifestant sans bruit, mais unanimement, son inébranlable volonté de ne point abandonner la foi catholique. Pombal servit les Anglais toute sa vie en jouant à leur égard la comédie de l'inimitié. Jamais Portugais ne s'opposa plus hautement que lui (en apparence) aux caresses envahissantes de l'Angleterre, mais il avait en portefeuille le fameux projet de mariage de la princesse de Béïra avec le duc de Cumberland, mariage qui eût fait de ce dernier, éventuellement, l'héritier de la couronne de Bragance.

Ceci ne veut point dire qu'il y eût dévouement aux Anglais chez Pombal; il n'y avait en lui dévouement pour personne : il ambitionnait le pouvoir et il y marchait par tous chemins. Ce qui est certain, c'est que les Jésuites étaient tout naturellement opposés à la domination anglaise en Portugal et par conséquent au mariage du prince. '. Le duc de Gumberlaad, dit le maréchal de

Belle-Isle i, s'était flatté de devenir roi de Portugal. Je ne doute pas qu'il n'y eût réussi, si les Jésuites, confesseurs de la famille royale, ne s'y fussent opposés. »

Et il ajoute : « Voilà le crime qu'on n'a jamais pu leur pardonner '-. »

Ainsi nous avons déjà un motif à la haine de Pombal contre les Jésuites : il prétendait importer le protestantisme en Portugal, et, en conscience, les Jésuites ne pouvaient pas le vouloir : premier dissentiment.

Mais Pombal avait bien d'autres raisons de haïr les Pères. D'abord, il poussait jusqu'à l'excès la passion des doctrines philosopbistes, et ceci à tel degré que le petit noyau d'athées qui gouvernait l'école encyclopédique, à Paris, le renia plus d'une fois comme on écarte un allié compromettant. M. de Ghoiseul qui devait, en fin de compte, le suivre pas à pas, dans le chemin de la persécution, commença par se moquer de lui avec sa

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