I. Crétineau-Joly, tome V, p
connaissantes, dit en parlant de Pombal qu'il servit son pays avec passion (je crois bien !), qu'il fut un habile ministre (à preuve!), mais qu'il manifesta des tendances un peu trop ardentes vers les idées philosophiques.
Pourquoi trop? on ne peut jamais chérir assez ardemment ce qui est bon, et il n'alla que jusqu'à la torture!
Il est vrai que cette torture amena un carnage judiciaire dont le récit fait dresser les cheveux, mais c'était pour un digne motif : torture et carnage amenèrent l'extermination des Jésuites. Ne faut-il pas tenir compte de cela? Jésus a dit de la sœur de Lazare : « Il lui sera beaucoup pardonné parce qu'elle a beaucoup aimé. » Pourquoi les dictionnaires ne diraient-ils pas de notre ministre philosophe : « Non-seulement beaucoup, mais tout lui sera pardonné, parce qu'il a horriblement haï? »
Ceci avec approbation de qui de droit et toujours à l'usage de la jeunesse dont les incartades incommodent pourtant parfois les approbateur^ de dictionnaires.
Moi, ce qui m'étonne... mais de quoi vais-jo ■ne mêler? Ces émeutes sont querelles de fa- •nille entre grosses gens qui ont fait des dictionnaires et petites gens qui en feront. !
Les Tavora et les autres accusés restèrent muets dans les douleurs de la question extraordinaire et libérale, mais l'infortuné duc d'Aveïro fut vaincu par les tourments. C'était un trèsgrand seigneur, ce n'était pas un cœur robuste. 11 accusa ses co-prévcnus de tout ce qu'on voulut, à demi mort qu'il était, et il accusa aussi... les Jésuites !
Il est vrai qu'il se rétracta dès qu'il eut recouvré ses sens, mais Pombal tenait son témoignage et ne le voulut point lâcher. On refusa de consigner la rétractation.
La sentence de mort fut rendue contre les parents et amis de Tavora le 12 janvier 1759. Pombal, craignant l'indignation populaire, fit dresser l'échafaud la nuit, hors do la ville, à Belem, sur la place qui fut occupée par doux régiments mercenaires. La plateforme, éclairée par des torches, était ù dix-huit pieds du sol. Les soldats encom-
braient tellement la place et la rive que les spectateurs s'étaient réfugiés sur le fleuve même sillonné par mille barques d'où montaient des gémissements et des malédictions.
On attendit ainsi toute la nuit du 13 janvier.
Au petit jour, on vit arriver les domestiques du duc d'Aveïro qui furent attachés à l'un des angles de l'échafaud et brûlés vifs.
La marquise mère Eléonore de Tavora arriva ensuite seule, la corde au cou, le crucifix à la main et couverte des vêtements qu'avait déchirés la torture. Pombal devait être là, quelque part, car ses Mémoires racontent de visu la scène horrible et sublime, — mais oîi était cette belle Térésa qui prenait pour elle seule toute la tendre pitié du roi Louis XV el de son ministre Ghoiseul? Elle venait d'attirer la foudre sur la înoble maison qui l'avait un jour accueillie en fille bien-aimée, et la foudre lui faisait l'injure de l'épargner. Nous aussi, nous la plaignons, — et nous ne plaignons qu'elle.
Qui donc plaindrait dona Eléonore, pressant Dieu contre son cœur et la tête haute sous ses
cheveux gris! Le bourreau voulut lui lier les pieds. Elle lui dit sans colère : « Homme, je te prie, n'oublie pas qui je suis; ne me touche que pour me tuer. »
Le bourreau fléchit les genoux devant elle ; c'est Pombal qui a écrit cela.
Dona Eléonore tira son anneau de son doigt. Elle était de ces races qui payaient tout service rendu, même le dernier.
— Tiens, dit-elle à l'exécuteur en lui présentant la bague, toute œuvre vaut salaire : je n'ai que cela et je te le donne pour que tu fasses bien ton devoir.
Le bourreau se releva et fit son devoir. Après que ce premier et digne sang eut rougi le billot, îes autres vinrent, le vieux marquis de Tavora d'abord, puis le mari do dona Térésa. Pauvre femme! Vous imaginez-vous que je raille? Non,
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pauvre, pauvre femme qui, selon l'opinion de M. de Choiseul, était épargnée!
Puis vinrent encore les autres fils d'Eléonore, dont le plus jeune n'avait pas vingt ans, son gendre et, quelques-uns disent, ses filles, — puis la longue file des officiers et serviteurs de sa maison qui moururent dans les tourments en chrétiens et en Portugais de brave roche.
Le dernier amené fut le malheureux duc d'Aveïro dont les jambes ne pouvaient pas supporter le poids de son corps. On l'attacha sur la roue, les épaules couvertes de haillons, par un stupide raffinement de vengeance.
Ce Pombal était insatiable ! Et le grand cardinal qui tuait grandement, lui, quand il tuait, doit sourire d'amère pitié, si les ministres ont connaiseancc, en l'autre monde, des insultants parallèles qu'on leur fait subir ici-bas.
En fait de vengeance, Aveïro, en mourant, versa pleine rasade à son ennemi qui put boire à petites gorgées, car l'infortuné fut beaucoup de temps à mourir. Pendant près d'une heure, il lutta contre la roue qui lentement broyait ses os, et jusque
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dans Lisbonne on entendit les clameurs de son effrayante agonie, Pombal relate dans ses Mémoires, avec une certaine satisfaction, qu'il était grand maître héréditaire de la maison du roi, président de la cour du palais, grand de Portugal de première classe, etc., etc. La maison de Mascarcnhas avait pour auteur George, fils naturel de Jean II, dit le Parfait.
Ensuite on mit le feu à la machine, à l'échafaud, à tout, et les cadavres à demi consumés s'écroulèrent dans le Tage.
Certes les « temps de ténèbres » présentent bien peu d'exemples d'un carnage aussi savamment réussi. La mise en train manqua peutêtre un peu de vraisemblance et on aurait pu souhaiter un peu moins de généreux sans-façon dans ce qui tint lieu d'instruction criminelle, mais l'exécution reste au dessus de tout éloge : c'est complet absolument et je n'en parle qu'avec le respect qui est dû aux chefs-d'œuvre.
Pourquoi, cependant, les dictionnaires approuvés n'en disent-ils mot? N'y croient-ils point malgré le témoignage do Pombal lui-même?
Et ne serait-il pas équitable d'adoucir par le récit de cette action d'éclat le reproche, tout amical, il est vrai, qu'ils adressent à ce même Pombal pour avoir penché un peu trop vers les lumineuses idées de son siècle.
En somme , et quoi qu'on fasse, Pombal est un protégé compromettant. Dès son vivant, le sénat de l'Encyclopédie, cette mère des dictionnaires, l'aurait lestement lancé par-dessus bord s'il n'eût racheté son massacre de fidalgues par son hécatombe de Jésuites. Heureusement pour lui, le sang a lavé le sang.
Après ce qui précède, il importera peu de savoir que le grand marquis retint en prison tous les amis et parents des suppliciés qui n'avaient point partagé leur sort, qu'il fit raser leurs hôtels Bt palais et que par son ordre on répandît du sel sur la place oîi ces demeures s'élevaient. Les armoiries des Tavora et de leurs prétendus com-
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plices furent effacés dans la salle des chevaliers au château de Cintra où leurs écussons restent encore couverts d'un voile noir comme le portraii du Faliero au palais ducal de Venise,
Ce dernier fait est remarquable en ceci que l'inique jugement du 12 janvier 1759 n'a plus force ni vertu depuis longues années. Pombal vécut assez, en effet, pour sentir dès ce monde le poids de la main de Dieu. Toutes ses victimes furent réhabilitées de son vivant, par arrêt de grande cour, rendu solennellement le 7 avril 1781, et par le même arrêt, Pombal lui-même fut flétri.
Mais à l'heure dont nous parlons on était loin encore de cette tardive et insuffisante justice pour laquelle il fallut attendre la mort de Joseph, qui jamais ne secoua le joug de son tyran. Et c'est en cela que Pombal ressemble, en effet, de trèsloin à Richelieu : son roi fut son esclave.
Quand il eut jeté bas assez de murailles, le grand marquis érigea un monument digne de lui : c'était un pilori de toute beauté qui, par privilège spécial, était réservé exclusivement aux membres de la haute noblesse.
A ceux qui trouveraient ici que la mesure de sa vengeance est comble, nous répondrions qu'ils se trompent. La vengeance de Pombal devait aller plus loin que cela, et le fait mérite d'être
rapporté.
Beaucoup plus tard, dans sa vieillesse implacable, il profita du dernier souffle de son crédit politique qui expirait pour marier de force une petite-fille de cette grande Eléonore, marquise mère de Tavora au comte de Oeyras, son fils. Gela ressemble, n'est-ce pas, à ces noces des temps fabuleux d'où sortit la tragédie antique? Mais les voies de Dieu vont souvent au rebours de toute logique humaine. De cet hymen effrayant un paisible bonheur naquit. Ce mélange du sang des persécuteurs avec celui des victimes, qui aurait dû rester stérile ou produire des fruits funestes, aboutit à une prospère fécondité.
La réconciliation jaillit de la suprême violence, et des tragiques convulsions qui agitèrent deux races si ardemment ennemies il ne reste que le bel honneur d'une famille nombreuse et tendremeat unie.
Nous voudrions en avoir fini avec le marquis de Pombal, mais des deux objets de sa haine il n'avait encore atteint que le premier : la noblesse ; l'autre, le principal lui échappait encore. On peut dire que le massacre des fidalgues lui servit surtout pour arriver au cœur de son véritable ennemi, la Cdhipagnie de Jésus.
Il fit éclater un farouche transport de joie quand l'excès de la souffrance arracha au malheureux duc d'Aveïro son accusation contre les Pères. C'était un coup de partie, et ce jour-là, comme il le dit, il avait gagné son va-tout. A peine le duc avait-il parlé et à l'heure oi!i, revenu à lui-même, il suppliait en vain qu'on l'admît à rétractation, Pombal, de la même plume qui allait libeller le fameux arrêt, signait l'ordre d'incarcérer dix Jésuites entre lesquels se trouvaient le provincial du Portugal, Henriquez, les Pères Malagrida, directeur spirituel de la marquise Eléonore, Oliveïra, confesseur do Marie duchesse de Bragance, Suarez Mattos, et aussi Joseph Moreïro, malgré 8a dignité de confesseur royal.
Quant au Père GostA qui subit le premier la
torture par le secret espoir que Pombal nourriS" sait de lui arracher un aveu compromettant pour son pénitent, le prince dom Pedro, il y avait déjà plusieurs jours qu'on le tenait dans les fers.
Malagrida, comme confesseur de la marquise Eléonore, Mattos comme ami des Ribéïra et des Atonguia, le Père Jean Alexandre comme étant revenu des Indes sur le même navire que les Tavora, furent tous les trois condamnés à mort par l'arrêt du 12 janvier, mais ils ne subirent point leur peine lors du massacre de la place de Belem. Pombal ici reculait encore pour mieux sauter, comme il avait fait après l'attentat sur la personne du roi. Le tigre se ramassait sur ses jarrets.
Le bond du tigre, le second et le plus large, eut lieu, toujours dans l'ombre, la nuit qui précéda le 16 février. Toutes les maisons de la Compagnie en Portugal, collèges aussi bien que résidences, furent cernées à la même heure par des familiers, escortés de soldats, et de cette façon, au matin, tous les Jésuites du royaume se réveillèrent prisonniers.
En masse et indistinctement, tous les Jésuites du royaume étaient accusés d'avoir trempé dans le complot régicide et, pour donner une idée de l'esclavage oii vivait le malheureux roi, il suffira de constater que ni Joseph ni la reine ne purent obtenir la permission de voir le Père Joseph Moreïro pour qui l'un et l'autre avaient la plus tendre affection.
Outre l'accusation gcnOrule, la plupart dos Pères étaient inculpés d'avoir été les conseillers privés et les amis des conjurés, d'avoir fomenté leur animadversion, excité leurs murmures, soit au tribunal de la pénitence, soit dans le privé de la vie.
A cette assertion si vague, il était donné un fondement plus vague encore. Tout venait d'une visite que le duc d'Aveïro avait rendue au collège de Saint-Antoine : une seule visite, expliquée de façon au moins plausible par le devoir que le duc Avait, selon les lois de la courtoisie, d'assister à une thèse de philosophie, soutenue ce jour-là par un jeune parent à lui, héritier de grande maison. Evidemment Pombal ne prenait plus la peine do
colorer ses audaces, puisque, sous un prétexte si futile, trois noms de Pères furent insérés dans la sentence de mort, commune au duc d'Aveïro, aux Tavora et à tant d'autres.
Parmi ces Pères condamnés était le légendaire Gabriel Malagrida, dont nous raconterons le martyre.
Aucun Jésuite ne monta sur l'échafaud de la place de Belem. Ce fut seulement le 28 juin que le ministre lança contre eux son arrêt de proscription générale. Depuis des mois ils étaient entassés dans les prisons neuves et vieilles et soumis aux plus indignes traitements. Le « tueur de Pères », comme on l'appelait dès longtemps dans l'Uruguay, n'avait pas été sans mériter abondamment ce titre ; lors des persécutions dirigées par lui contre les établissements de la Compagnie dans l'Amérique méridionale, plusieurs profès et des quantités de novices ou frères, sans compter une foule de naturels chrétiens qui étaient la famille même de Jésus, avaient arrosé de leur sang ces champs du Nouveau-Monde fertilisés par leur travail, et où les violences des agents
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portugais ramenèrent la stérilité, mais ce n'étaient là que de timides essais, et l'on ne peut pas même prendre ces égorgements isolés pour une lointaine répétition du grand drame de sang qui allait se jouer dans la mère-patrie.
Pûmbal s'enivrait du mal qu'il faisait : sa cruauté lui montait en délire au cerveau ; il voyait rouge et l'apoplexie des féroces tournait sa tête. D'autres avant lui, et dès l'antiquité, s'étaient servis de la prison comme d'un mortel instrument de supplice, mais il perfectionna ce lâche et terrible outil à ce point que huit cents malheureux exténués sortirent seuls vivants de ses cachots qui avaient englouti près de dix mille victimes i.
Les historiens ont reproduit diverses lettres de ces captifs, plus à plaindre que les morts vivants des Plombs de Venise. Tous n'étaient pas des Jésuites, mais il y a telle lettre de Jésuite qui est restée célèbre par l'admirable
1, Neuf mille six cent quarante, chilTrù ofQciel do l'cnquôle, lors do la révision du piocès, suus lu roiuo Mario.
mansuétude qu'elle exprime au milieu de tourments inouïs. Elle est signée du Père Kaulen (Laurent) qui ajoute à son nom cette désignation : « captif de Jésus-Christ. » Elle est datée de la prison ou fort de Saint-Julien à Lisbonne, le 12 octobre 1766. Il y avait donc sept ans que l'innocent, le saint plutôt, était dans les fers, n'ayant jamais laissé échapper une plainte et priant nuit et jour pour son bourreau, bien désigné aux infinies miséricordes de Dieu : dom Sébastien de Garvalho, marquis de Pombal...
Mais comment voulez-vous que Pombal et ses amis croient à de pareilles choses, en conscience, comment le voulez-vous ? Ce pardon au fond de la torture n'est pas vraisemblable, et j'ai peur qu'il n'y ait quelque malice dans le provocant plaisir que j'éprouve à me faire passer pour hypocrite en exaltant, comme je le fais, de si patentes hypocrisies I
Jésuites! Jésuites! Jésuites! assassins qui n'assassinez jamais et qui êtes toujours assasinés ! orgueilleux qui baisez la terre, ambiticu:; qui faites vœu de n'accepter ni places ni hon
neurs, calomniateurs qui buvez la calomnie, qui l'absorbez sans démenti et qui rendez le bienfait pour l'injure, Jésuites incroyables, Jésuites impossibles, héritiers delà divine infamie je ne vous comprends pas tout à fait, puisqu'il faudrait être un saint pour plonger au fin fond de vos consciences, mais je vous comprends assez pour vous admirer passionnément et pour éprouver une fierté peut-être coupable à le crier aussi haut que ma voix peut monter.
Je ne vous demande pas votre fameux secret, je crois le savoir : mon crucifix me l'a dit ; mais, je vous en conjure, Jésuftes, ô Jésuites abhorrés de tous les écrivains qui se respectent, et tendrement chéris par moi qui essaye de me mépriser (hélas I j'y ai de la peine !), confiez-moi seulement ceci, tout bas à l'oreille, je ne le répéterai point: apprenez-moi, égorgeurs des rois qui vous protègent et qui vous aiment, pourquoi vous ne fîtes pas planter dijc, vingt, cent, mille et dix mille de vos poignards historiques dans la poitrine de ce Pomball
Fut-ce le fait de votre incurable dissimulation?
Est-ce pour mieux abuser l'univers, étonnants jongleurs, que vous tuez vos amis en laissant vi« vre vos ennemis?...
Pombal dura quatre-vingt-deux ans. Pendant que vous tiriez des coups de pistolet h ce pauvre misérable roi Joseph, votre pénitent, donniezvous donc à Pombal subrepticement, traîtreuse. ment, jésuitiquement, des pilules de longue vie?
Je me confesse d'avoir éprouvé un sentiment d'impatience et même de colère en lisant cette trop belle lettre du P. Laurent Kaulen en qui sept ans d'horrible captivité n'ont pu éveiller le moindre sentiment de rancune, au contraire. J'aurais dû m'agenouiller devant cette surhumaine grandeur d'âme, moi qui y crois pleinement, moi qui gémis de l'orgueilleuse satisfaction que j'éprouve à y croire, et de la pitié un peu méprisante que m'inspirent ceux qui n'y croient pas. Je l'aurais dû, et jene dis pas quejene l'aie point fait.
Mais, à travers mon admiration de chrétien, un sentiment d'homme passait, et je me demandais si l'héroïsme des martyrs a bien le droit d'encourager ainsi la lâcheté des persécuteurs.
Faut-il que la miraculeuse charité du saint aille jusqu'à fomenter l'audace de l'impie?
Il est des heures oii je me surprends à penser que les Jésuites ne résistèrent pas suffisamment au marquis de Pombal, qu'il y eut mollesse de leur part, mollesse de l'Eglise elle-même, aussi bien à l'égard de cet homme qu'à l'égard de Choiseul, son imitateur moins hardi, et de tous les singes sanglants qui suivirent leur voie de meurtre et de spoliation.
Mollesse sublime, a dit un éminent écrivain ; mais moi, je ne sais pas s'il peut y avoir des mol« lesses sublimes.
La lettre du P. Laurent de Kaulen est citéo nu long dans le Journal de la littérature et des arts, publié par le protestant Christophe de Murr. Elle produisit en Europe un effet douloureux et précéda de bien peu la chute de Pombal. Elle étaii écrite du fond « d'un cachot souterrain, obscur et infect, où l'eau suintait, pourrissant les votements » ; et laissant lo prisonnier presque nn ; le geôlier « d'une dureté extrême et no cherchant qu'à faire souffrir » les malheureux, accablés d('j.'!
de si longues souffrances, « offrait la liberté et toute sorte de bons traitements, à la condition d'abjurer l'institut... » Avons-nous besoin de dire qu'au* cun n'abjura?
Ils étaient, dans cette prison de Saint-Julien où tout manquait, les soins aux agonisants et jusqu'à la consolation de l'Hostie, et l'air, et log vêtements, et le pain même qui était mesure de façon à empêcher tout juste les patients de mourir; dans ces cachots hideux où tout se montrait avare excepté la prodigalité des traitements cruels, ils étaient « vingt-sept Pères de la province de Goa, un de la province de Malabar, dix de celle du Portugal, neuf de celle du Brésil, vingt-trois de celle du Maragnon, dix de celle du Japon, douze de la province de Chine », en tout quatre-vingt-deux. « Dans ce nombre il y avait un Italien, treize Allemands, trois Chinois, cinquante-quatre Portugais, deux Espagnols et trois Français. » Les Français furent réclamés, non point, bien entendu, par le gouvernement de M. do Choiscul, mais par la reine, Marie Loczinska en personne-
Sur ce nombre de quatre-vingt-deux, trentesept Pères moururent martyrs dans la prison même. Dans les cachots d'Azeitao, sur soixantetreize, trente-un périrent de souffrance. Le « Matador dos Padres » méritait son nom en Europe comme dans le Nouveau-Monde.
Dans la liste interminable des martyrs se trouvent trois cousins de Pombal, Christophe et Jean de Carvalho, morts au fond des cachots d'Azeitao, et Joachim de Carvalho, mort dans la prison d'Almeida. On y rencontre un Albuquerque, quatre da Costa, un da Cunha, un Fonseca, un Castro. La liste très-incomplète est dans le journal protestant de Murr i.
Si on joint à ces victimes celles qui périrent sur mer, à fond de cale, et dans d'autres prisons, on arrive à dépasser sept cents, chiffre fourni par le P. Oliveira dans son mémoire à la reine Marie s.
D'autres Pères, et en bien plus grand nombre,