‹ Jésuites!Chapitre 35 sur 40 · Histoire des Français, t. XXIX, p. 3G · texte numérisé non relu

Histoire des Français, t. XXIX, p. 3G

Choiseul, principal ouvrier des abaissements de la France, résumé tiède et doucereux de toutes les rages anti-catholiques, c'est-à-dire anti- > nationales, Choiseul, plus nuisible que Voltaire ; îui-même et plus coupable, parce qu'il était à la fois plus responsable et plus intéressé, Choiseul eut beau faire, non prxvaluit : son travail accoucha d'un désastre imprévu qui épouvanta sa dernière heure, mais à sa dernière heure il vit l'autel et la lampe de l'autel soulevés jusque dans les nuages, dominer le désastre et rendre gloire à Dieu de plus près avec l'encens qui jaillit de la mort des martyrs.

Non prsemluit : il n'avait rien fait. Non prsevalebunt : ils ne feront rien ! Rien ne peut contre l'Eglise qui est la pierre de Jésus-Christ 1

Dans le singulier mémoire que M. de Choiseul, inquiet, mais non point du tout repentant, adressa sous le règne suivant à Louis XVI et dont nous avons cité déjà quelques lignes, il accuse « l'événement d'Espagne d'avoir seul déterminé en France la chute de la Compagnie ». Outre que les dates semblent donner un fâcheux démenti à cotte

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justification puérile et peu digne d'un homme d'Etat, considérable au moins par les décombres qu'il avait entassés sur sa route et les grandes blessures qu'il avait faites à la patrie i, le dire d« M. de Ghoiseul est suffisamment réfuté par les faits. Non-seulement 1' « événement d'Espagne n ne dirigea point la conduite du ministre français, mais il est démontré que le ministre français fut sinon l'auteur, du moins l'instigateur de l'événement d'Espagne.

Charles III, en effet, ne ressemblait en rien ni

1. L'histoire de ce ministre, telle que la résument les dictionnaires à l'usage de la jeunesse, est le chef-d'œuvre du genre; on y voit tranquillement passer un homme bien élevé (ce qui n'est pas un mensonge), doué de talents (ce qui est la vérité), ami des lettres (il en écrivait beaucoup à l'étranger), administrateur habile (à la façon du fameux intendant qui vend le château), et la jeunesse doit être tentée de croire que ce galant homme chassa les Jésuites pour avoir fait la fortune coloniale de l'Angleterre, servi l'Autriche sans nuire à la Prusse, engraissé Pompadour, trahi le Canada, perdu l'Inde, cédé la Louisiane, affamé la France, etc., c'est-à-dire l'œuvre entière de M. de Ghoiseul, le tout hypocritement, comme ils font toutes choses et les mains dans les manches de leurs soutanes. C'est l'art de mentir modérément, mais impudemment, avec approbation et privilège du roi.... de Prusse.

à Joseph-Emmanuel ni à Louis XV; c'était un fciomme, c'était un roi, c'était même un chrétien, et nous nous souvenons que, loin d'être par système l'ennemi des Jésuites, il avait fait brûler ignominieusement les premiers pamphlets de Pombal contre la Compagnie. Pour pousser un pareil prince, envers la même Compagnie, jusqu'aux excès de la plus furieuse persécution, il fallait une intrigue menée savamment; pour mener l'intrigue, il fallait ce personnage que les amateurs de notre théâtre populaire appellent « le traître » et qui est la personnification du mal, doué de talent, comme le Méphistophelès de Gœthe.

Le traître vint.

Les faits historiques revêtent ici une telle couleur qu'ils ne peuvent être exprimés avec toute garantie d'impartialité que par les plumes non catholiques. La moindre phrase, prise dans un écrivain ami de la religion, serait suspecte. Que ce récit soit donc écrit d'un bout à l'autre avec de l'encre protestante.

Il y eut à Madrid en 1766, plus de trois ans

après « l'événement » de France qui avait frappé les ci-devant Jésuites, comme les appelait le parlement , inventant déjà tout de 93 , même son langage, — il y eut à Madrid une assez violente émeute, dite « des chapeaux », dont le motif apparent et frivole importe peu ici, mais qui avait ses origines cachées à Lisbonne et à Paris. L'autorité royale fut un instant méconnue et Charles III se vit obligé de faire retraite à Aranjuez, protégé à grand'peine par ses gardes wallonnes.

L'émeute que les régiments de Flandre ni la garde n'avaient pu réduire fut apaisée par les Jésuites, plus populaires encore en Espagne qu'en France et que la reconnaissance publique entourait. Malheureusement, la foule réconciliée les accompagna en triomphe jusqu'à leurs maisons en criant : Vivent les Pères 1

Charles IIÏ avait de très-belles qualités, mais il était orgueilleux, jaloux et rancunier comme un Castillan.il avait pris la fuile; les Pères avaient dominé le peuple qui venait de le mettre en déroute. Au moment de sa plus grande colère, une

voix lui arriva de Paris qui disait : « Les Jésuites ont eu d'autant moins de peine à calmer l'émeute qu'ils l'avaient excitée. »

Or, M. de Ghoiseul avait gagné dès longtemps les bonnes grâces de Charles III en concédant ^ ses ambassadeurs la préséance sur les ambassadeurs de France. Ce qui était à la France ne coûtait jamais rien à M. de Ghoiseul, aussi prodigue de notre honneur que de nos finances.

Après l'affaire des Sombreros, un ministère, ami de M. de Ghoiseul (et surtout de l'Encyclopédie), fut institué à Aranjuez même. Le chef de ce cabinet était un diplomate fort distingué, don A-barca de Bolea, comte d'Aranda, que le luthérien Schoell représente comme affolé par les louanges que Paris, incrédule, lui prodiguait. Son collègue, le duc d'Albe, était un véritable vétéran de la philosophie et peu scrupuleux sur le choix des moyens, quand il s'agissait de frapper Yinfâme, car un second protestant, Ghristophe de Murr, nous le montre i fabriquant de

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