Uist. dei Français, XXIX
Un sixième enfin, l'Anglais Adam, quoiqu'il semble un peu craindre de blesser les convenances (anglaises), croit pouvoir révoquer en doute > les crimes et mauvaises intentions attribués aux Jésuites, et il déclare « plus naturel de croire qu'un parti ennemi, non-seulement de leur établissement, mais même de la religion chrétienne en général, suscita une ruine à laquelle les gouvernements se prêtèrent d'autant plus volontiers qu'ils y trouvaient leurs intérêts. » Arrêtons-nous à cette demi-douzaine de témoins protestants, mais il y en a d'autres.
Pombal, avec l'audace de sa nature, avait usurpé la main de justice et s'était créé lui-même magistrat; Choiseul, meilleur comédien, s'était dissimulé dans la coulisse pour régler la mise en scène de ses parlements sur les théâtres judiciaires de Paris et de la province. Le comte d'Aranda n'y mit point tant de façon. Quelques lignes signées « Moi, le roi », et tout fut dit.
Avec cette lettre de change, arrachée à ^e^
l. Histoire d'Espagne, t. IV, p. 271.
reur d'un prince que la fièvre de vengeance affolait, lo ministre espagnol se mit à l'œuvre et dépassa en cruautés grandes et petites M. de Choiseul lui-même. Il y eut manifestement émulation. L'hidalgo voulut rivaliser avec le gentilhomme, et montrer à messieurs de TEncyclopédie que le pays d'Ignace de Loyola lui-même, traité chimiquement par les « idées généreuses », pouvait arriver aux mêmes excès que la patrie de saint Vincent de Paul, médicamentée par la philanthropie !
Et le comte d'Aranda n'avait point trop présumé de ses mérites. Dans cette campagne de persécution contre des religieux désarmés qui, loin de se défendre, priaient ardemment pour leurs bourreaux 1, il déploya la vaillance du Gid. A part la roue, les chevalets et le bûcher qui rentraient davantage dans le talent de Pombal, l'Espagne poussa la philosophie jusqu'aux limites du plus révoltant arbitraire et jeta, on un seul jour, six mille prêtres à fond de cale dans des navires, la
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plupart hors d'usage et qui faisaient eau de partout. Il y en eut qu'on fut obligé de décharger parce qu'ils menaçaient de couler bas avant même qu'on eût mis à la voile.
De même qu'en Portugal et en France, il était /ait de très-belles promesses aux membres de la Compagnie qui eussent consenti à abjurer leurs vœux. Est-il besoin d'ajouter que ces promesses furent vaines? C'est à peine si, dans la péninsule et les colonies , sur plus de six mille religieux, il y eut quelques désertions dont le très-petit nombre étonne les écrivains protestants que nous avons cités.
Nous né parlerons ni de la patience des victimes, ni de la gratuite dureté des tourmenteurs> A quoi bon? Les uns et les autres faisaient leur état, mais nous devons dire que l'indemnité alimeniaire allouée aux Jésuites espagnols par l'Espagne qui confisquait l'immense bien des pauvres, fut un peu moins ridicule que l'aumône jetée aux Jésuites de France par les parlements-Choiseul. Chaque Père espagnol reçut 100 piastres par an, au lieu des 20, 18 et 12 sous donnés par jour aux
Pères de chez nous, où le Trésor bénéficiait de plus de 60 millions. Au fond de tout, il n'y eut de volé que les pauvres.
Le pape Clément XIII qui aimait Charles III d'une tendre affection, défendit ici les Jésuites comme il l'avait fait en France et en Portugal, mais avec un insuccès pareil. La volonté de Dieu allait, suivant ses voies dont nul ne connaît les miséricordieux détours.
Ferdinand IV, le Bourbon de Naples, avait naturellement un philosopne pour ministre. Bernard, marquis de Tanucci, avait été le factotum de Charles III pendant que ce dernier était roi de Naples. Quand Charles III ceignit la couronne d'Espagne et céda Naples à son fils Ferdinand, Tanucci resta le factotum de Ferdinand. Les dictionnaires le citent comme étant un des plus déterminés ennemis de l'Eglise et par conséquent digne de toute considération. Tanucci, ayant dicté
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un petit « moi, le roi » à Ferdinand presque enfant, fut un instant à la mode dans les bons coins de Paris, et comparé même à Pombal pour l'excellence de sa brutalité envers les Pères, qu'il expulsa militairement.
Il y avait encore un plus petit Bourbon que celui de Naples, le duc de Parme, qui était assez heureux pour posséder comme tout le monde son ministre-marquis-pbilosophe, du Tillot, seigneur de Felino.
Cet homme d'Etat tout particulièrement obscur n'a pas d'autre gloire que d'avoir jeté les Jésuites de Parme à la porte. Cela suffit. Les dictionnaires inscrivent son nom en reconnaissance de ce grain de sable qu'il apporta au tas révolutionnaire. C'était une racine cubique de Choiseul.
Du fond de leur respecté malheur, les descendants de la plus illustre race royale qui soit au monde, étudiant le passé pour mieux connaître l'avenir, maudissent les noms de ces traîtres grands et petits qui ont fait plus de mal encore aux peuples qu'aux rois.
Tout était dit; les Jésuites n'avaient plus d'asile qu'à Rome.
Alors tous ces ministres des Bourbons déçus, endormis ou aveuglés, Choiseul, Aranda, Tanucci, Felino, de complicité avec Pombal, mirent le couteau sous la gorge du Pape, Le mot n'est pas trop fort , et croyiez-vous que le martyre de Louis XVI n'eût rien à expier?
Le Pape résista, héroïque et saint vieillard, mais il mourut, parce que la mesure des amertumes qui avaient abreuvé ses longs jours était comble.
Il mourut, et son dernier regard, plein d'une prophétique tristesse, compta les fils dégénérés de saint Louis qui chancelaient sur les trônes catholiques.
Et Laurent Ganganelli, élu souverain pontife, léchira la bulle de Paul III.
La Société de Jésus tomba sans proférer une plainte, mourant comme elle avait vécu dans l'obéissance ABSOLUE.
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Cette page de l'histoire de la Compagnie est peut-être la plus grande et la plus belle. Je pourrais dire ici que je la réserve pour mon autre livre plus étendu et plus complet, mais ce seraiV yn mensonge : cette page, jamais je ne l'écrirai.
En effet, mon respect pour la chaire de saint Pierre est sans bornes...