‹ Jésuites!Chapitre 4 sur 40 · Ignace, Constitutions, part. ix · texte numérisé non relu

Ignace, Constitutions, part. ix

« 11 doit de plus prêcher par son exemple la pratique de toutes les vertus, « surtout la splendeur de la charité» ; on devra voir en lui « la mor- « tiûcation intérieure, la modestie extérieure, la « circonspection de paroles, une sévérité tem- « pérée de douceur , un courage invincible » B'inspirant de la parole de l'apôtre saint Paul : « C'est quand je suis faible que je suis fort i. »

« Quant à ce qui est la force selon le langage humain : la science, l'intelligence, le discernement, la prudence des affaires, Dieu y pourvoira, parce que notre chef sera « le serviteur que le Seigneur a nommé », guem constituit Dominus, pour commander à la famille... « Il a l'air d'être au dessus, mais il est réellement au dessous. La famille porte et pèse sur lui, et il peut dire : « Vous avez placé, Seigneur, les hommes sur nos « têtes, imposuisti homines super capita nostra... '* »

1. Quum enim infirmor tune potens sum. II ad Corinth., xii, 10.

2. Paroles du P. de Ponlevoy, citées dans l'admirable livre du P. de Gabriac, p. 357 de la Vie du P. de Ponlevoy.

« Du dehors l'autoriLé qui va être confiée pai nous, en Jésus-Christ, à ce père de famille, paraîtra S' haute et si large qu'on dira : « Rien de pareil n'a existé jamais, c'est un troupeau d'esclaves menés par un tyran » ; et d'autres iront plus loin encore, disant : « C'est un despote assis sur des cadavres I »

« Singuliers esclaves que ceux qui ne reconnaissent au-dessus d'eux que Dieu seul! ^

« Et quiconque s'attaquera à la religion du Christ verra remuer ces cadavres!

« Non, ceux qui parleront ainsi se tromperont ou calomnieront : il n'y aura dans notre maison ni tyran ni esclaves, ni cadavres. Il n'y aura que des chrétiens vivants et libres.

a A l'origine de ce pouvoir magnifique, en effet, de vigueur et d'étendue, l'élection posera sa garantie, et pendant sa durée entière il sera soutenu, pondéré et contrôlé par le regard de la famille assemblé. Jamais de courtisans autour de lui : des conseillers, des aides, des juges! Son

1 s Ignace, Co^istit., part. vi.

œuvre sera l'application de lois certaines et stables qu'il n'aura pas faites, qu'il ne saurait ni éluder ni abolir.

« Il pourra tout, c'est vrai, pour le bien, mais il ne pourra rien pour le mal.

« Il pourra tout :

« Pour la plus grande gloire de Dieu,

a Pour le meilleur service des âmes,

« Pour la sanctification de ses frères,

« Pour le sacrifice de soi.

« Il ne pourra rien contre la vérité,

a Rien contre la justice,

« Rien contre la charité,

« Il aura au-dessus de soi, ce pouvoir qu'on représentera comme absolu : Dieu, le vicaire de Dieu, la loi extérieure, c'est-à-dire l'Etat, la loi intérieure, c'est-à-dire la Règle, — et la famille elle-même, obéissante, mais souveraine.

« Nous sommes l'armée de l'autorité, nous aurons l'autorité. Nous la voulons aussi grande et plus grande quejamais ne l'eut réunion d'hommes ici-bas, mais nous voulons la liberté : nous l'aurons aussi sincère et plus large que jamais ne

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l'eut société humaine, parce que nous ne serons rien dans notre maison où Dieu sera tout.

« Jésus-Christ est notre commencement, notre milieu et notre fin.

« NousvoyonsJésus-Ghrist dans notre général; notre général voit Jésus-Christ en nous : Christus omnia in omnibus,

« C'est ainsi que notre Maître céleste m'a donné pour vous un héritage qui est la Règle de Jésus, assez vaste pour contenir à la fois la parfaite autorité et la parfaite liberté, dans la mesure que comporte le douloureux passage de l'homme icibas.

« Je vois cela, je le sais, je l'affirme...

« Nous sommes sept, nous pouvons être cent mille. A travers nos rangs, si épais et profonds qu'ils soient, la Règle, permettant de pousser l'autorité jusqu'à sa dernière puissance, gardée

qu'elle sera contre tout excès par le contre-poids de la liberté, pénétrera notre corps tout entier de cette vie et de cette force que la guerre nomme la discipline, forme amoindrie et convenue de l'absolu qui est l'obéissance. Notre armée de la paix aura pour discipline l'abandon même qui n'est dû par l'homme qu'à Dieu et que nous transporterons volontairement à un homme qui sera pour nous la 6gure du Fils de Dieu.

« C'est l'heure ou jamais d'opposer au flot

souillé une digue faite de poitrines pures. Le prière ne suffit plus, il faut l'œuvre. D'autres se sont rassemblés autrefois pour imiter Marie de Béthanie dans sa pieuse contemplation aux pieds de Jésus. Heureux étaient ceux-là; louons-les, ne les imitons pas.

« Nous serons, nous, les enfants de Marthe qui s'efforce. Nous serons des prêtres en même temps

que nous serons des religieux, et nous accomplirons le travail des prêtres. L'étude, le confessionnal, la chaire, l'école et l'aumône du pain tant spirituel que temporel, voilà notre tâche !

« Combattre le mal présent, préparer le bien à venir, porter la prédication au plus épais du schisme, et partout où la vérité est attaquée, aller chercher l'ignorance et l'erreur jusqu'aux confins de la terre, apprendre aux petits à épe- 1er, aux adolescents à croire, aux jeunes gens à penser ; aux hommes, aux femmes, à tous à aimer Dieu, la patrie, la famille; enseigner aux puissants la clémence, aux faibles la résignation, compagne de l'espérance, aux riches la générosité, aux pauvres le pardon, à tous encore, à tous la sainte loi de charité, voilà notre vie!

« A la révolte nous opposerons no],re vœu d'obéissance, à l'égoïsme avide notre vœu de pauvreté, à l'ambition et à l'orgueil notre vœu d'humilité

1 « Ni pour prier, ni pour célébrer, ni pour prêcher, ni pour enseigner, nous ne recevrons ja* mais d'argent de personne et on nous le reprochera, car nous aurons d'autres ennemis que les, ennemis de l'Eglise. i

« Malgré l'absence de tout salaire , notre pauvreté élèvera d'immenses demeures et distribuera de larges aumônes.

« On s'étonnera de cela, et nous serons accusés. Nous irons en avant, tête baissée, comme si l'insulte n'était pas, et nous aimerons ceux qui nous auront outragés comme nous-même, pour l'amour de Dieu.

« C'est ici, mes amis et mes fils, le difficile à faire, mais c'est surtout l'impossible à croire. La loi qui ordonne de tendre l'autre joue est inhumaine et répugne si fortement au cœur de l'homme, que l'homme, en face de cette loi accomplie, voit et verra toujours l'hypocrisie dans le sacrifice impossible ou la lâcheté dans l'hé' roïsme qu'il ne saurait comprendre.

« Jamais l'homme, en dehors de Dieu, n'ad-

mettra qu'il faille mille fois plus de vaillance pour boire l'amertume de l'outrage que pour la cracher à la face de l'insulteur.

a Pour les hommes, à cause du miracle de notre pauvreté, nous serons des larrons ; à cause du miracle de notre charité, nous serons des hypocrites ; à cause du miracle de notre humilité, nous serons des lâches.

« Gloire à Dieu !

« Notre mort même ne désarmera ni la raillerie, ni l'injure; il sera dit de nous, comme il fut dit du divin maître Jésus, que nous avons « soutenu notre rôle jusqu'au bout », et que notre dernier soupir est notre dernier mensonge. Gloire, gloire à Dieu seuil

« Nous sommes les compagnons de Celui que l'opprobre glorifie. Louange au Seigneur! De même que notre dénûment sera une opulence, et

notre lâcheté un courage surnaturel, de même notre écrasement sera une incomparable puissance.

« Sous les pieds de nos ennemis, les rois et les peuples viendront nous chercher. Seigneur, détournez de nous l'orgueil, sur les marches des trônes comme au fond de notre misère 1 Gloire à Dieu ! Toute gloire à Dieu ! A la plus grande gloire de Dieu!... »

... îl se mit à genoux et les six l'imitèrent.

Aucun d'eux n'avait encore parlé.

Ignace éleva ses mains jointes et dit en latin :

— Jésus très-patient,

Les autres répondirent de même :

— Ayez pitié de nous.

— Jésus très-obéissant,

— Ayez pitié de nous.

-— Jésus doux et humble de cœur,

— Ayez pitié de nous.

— Prions. — 0 Dieu qui, par rintercession de la Vierge immaculée, avez allumé la clarté de l'Esprit-Saint dans l'âme de vos serviteurs, faites, s'il vous plaît, que leur demeure ici-bas soit bâtie pour tous et non point pour eux-mêmes, afin qu'ayant donné leur vie au salut des hommes en Jésus-Christ, ils ne cessent jamais d'être persécutés pour votre plus grande gloire, vous qui vivez et qui régnez dans les siècles des siècles.

— Ainsi soit-il.

Et s'étant signés, ils se relevèrent.

Le jour était grand. Les gens du voisinage montaient les divers sentiers pour se rendre à la messe de l'abbaye-paroisse. Ignace et ses Glâ prirent à gauche de l'église à travers le champ qui descendait du cimetière à la chapelle du martyr, située au lieu que nous avons dit, et dont les alentours étaient alors déserts. Ils entrèrent seuls

dans la crypte qui était préparée pour le saint sacrifice. La tradition fixe à 9 heures le momenl où Pierre Lefèvre célébra.

« Après avoir jeune et prié en commun », dit Crétineau-Joly, « ils se réunirent le 15 août 1334, dans une chapelle souterraine de l'église de Montmartre 1, où la piété croit ^ que saint Denis fut décapité. C'était la fête de l'Assomption de la Vierge. Ignace avait choisi ce jour afin que la Société naquit dans le sein même de Marie triomphante. Là, ces sept chrétiens... que Pierre Lefèvre, déjà prêtre, avait communies de sa main, font vœu de vivre dans la chasteté. Ils s'engagent à une pauvreté perpétuelle; ils promettent à Dieu qu'après avoir achevé leur cours de théologie, ils se rendront à Jérusalem... mais que si, au bout d'une année, il ne leur est pas possible d'arriver à la ville sainte (à cause de la guerre), ils *ront se jeter aux pieds du Souverain

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