‹ Jésuites!Chapitre 9 sur 40 · L'Eglise honore 36 d'enlie eux comme marlyrs · texte numérisé non relu

L'Eglise honore 36 d'enlie eux comme marlyrs

Son œuvre prenait les proportions d'un empire. Pour ne parler ici que de ses lointaines conquêtes, trois ans avant la mort de Xavier et au moment où il portait la lumière au Japon, six membres de la Compagnie de Jésus débarquaient au Brésil et s'y efforçaient si heureusement que leur popularité contrebalançait partout la haine soulevée par le commerce portugais. Posés en médiateurs entre ces deux barbaries, l'une civilisée, l'autre sauvage, les Pères avaient moins de peine avec les mangeurs de chair humaine qu'avec les mangeurs d'or, car ils purent mettre fin aux atroces festins des anthropophages et ne purent guérir la soif inextinguible de richesses qui dévorait les Européens.

La colonie portugaise de San-Salvador dominait par le canon, mais les compagnons du noble et &o.,ant Père Anchieta étaient les maîtres par l'amour, et plus d'une fois, les hommes du canon se réfugièrent suppliants et tremblants derrière les hommes de la charité qui jamais ne leur refusèrent protection.

Plus tard, la métropole portugaise devait pren-

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dre sa revanche de tant de bienlaits prodigués à ses colons, et c'est à Lisbonne que le sinistro tueur des Pères (malador dos Padres), Sébastien ds Pombal, devait, en plein xviu® siècle philosopheur, murer ses cachots et allumer ses bûchers [

En 1553, la prépondérance de la Compagnie était telle dans l'Amérique du Sud que Ignace dût y créer une « province du Brésil », comme il avait déjà créé pour l'extrême Orient la province des Indes.

En même temps, Ignace envoyait une sainte ambassade à Fez et dans le Maroc pour y négocier la délivrance des esclaves. Ah ! la haine avait beau jeu et le rôle des Jésuites se dessinait dans tout l'odieux de sa grandeur I

D'autres Jésuites , en effet, pénétraient dans l'Ethiopie et jusque dans le Congo pour y chercher ou pour y faire des chrétiens. Un instant, les rois d'Abyssinie lurent catholiques, mais des missionnaires protestants vinrent, et le flot de l'i dolâtrie remonta.

Que Dieu nous garde de méjuger la conscience des protestants en général 1 Nous constatons

seulement les obstacles qu'ils ont apportés si souvent à la propagation de la vraie foi, et l'inutilitd de leurs efTorts dans la malheureuse copie des missions catholiques qu'ils ont partout essayée, — et presque partout manquée, malgré les immenses ressources matérielles dont ils disposent. Les apôtres font vœu de pauvreté, ils réussissent; le prêche a des millions et il échoue.

Ignace avait plus de soixante ans. Malgré le soin qu'il prenait de cacher sa vie, il était illustre entre tous les hommes de ce temps. Du fond de sa cellule il avait exercé sur les événements une influence immense, et quoiqu'il n'eût assisté de sa personne ni au concile de Trente, ni au colloque de Poissy, quoique jamais son pied n'eût touché le seuil du palais des princes, il avait envoyé ici et là, partout, son esprit et sa parole, aussi bien dans les assemblées o\i tonne publiquement l'éloquence que dans les retraites closes oîi la politique des rois murmure son langage mystérieux.

Il avait accompli au-delà de ce qu'il avait promis, et de tous côtés les outrages des ennemis de

l'Eglise lui rendaient justice en proclamant qu'il était la vraie pierre d'achoppement de la Réforme.

Un instant, il souhaita le repos des ouvriers qui ont terminé leur journée.

Mais ceux qui le vénéraient lui firent comprendre, non sans quelque sévérité, que pour celui qui a engagé sa vie il n'est point de repos ailleurs que dans la mort.

Il obéit. Il resta. Il mourut général de la Compagnie le 31 juillet 1556.

En son vivant, il ne disait jamais « J'ai fait », il disait « J'ai vu ». Il avait vu l'hérésie, non pas vaincue, mais nettement arrêtée dans son formidable progrès, et il avait vu les pays infidèles verser dans la communion des fidèles plus d'âmes que n'en avait mis dehors le travail combiné de tous les faux prophètes répandus dans ce siècle, agité de tant et de si étranges convulsions. 11 avait vu la réforme, la vraie réforme catholique introduite partout dans l'Eglise, produire déjà d'admirables résultats.

Pour faire la part qui lui revient dans l'accom-

plissement de ces grandes choses, il ne faut consulter ni lui ni sa postérité religieuse. Ce serait évoquer un témoignage suspect. Ce qu'il est convenable de feuilleter si l'on veut être renseigné dûment, c'est la montagne des « documents » accumulés par la colère et la rancune. Ici l'invective de l'ennemi blessé glorifie le soldat qui a fait la blessure ; chaque outrage porte honneur : c'est dans les écrits des protestants que Loyola et les Jésuites de son temps ont leurs lettres de noblesse.

Vingt-deux ans moins deux semaines après cette matinée de l'Assomption où nous vîmes l'écolier mendiant gravir en boitant eL tout seul la pente de Montmartre, au moment oîi Ignace, vieillard, toujours mendiant, mais non plus seul, rendait à Dieu son grand esprit et sa belle âme, il put voir, de ce vaste regard des saints qui embrasse l'étendue, trente maisons, quatre-vingt collèges, plus de mille Pères et cent mille écoliers, portant son signe au front, répandus sur la surface de la terre.

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