‹ Jésus-ChristChapitre 102 sur 158 · Réfutation du système de Malebranche, oliap. XXIV · texte numérisé non relu

Réfutation du système de Malebranche, oliap. XXIV

loulc son intégrité, et, pour ainsi parler, toute sa rondeur doctrinale.

Cet aspect du Christianisme est fort beau, et pour plusieurs paraîtra nouveau. Je compte sur l'attrait qu'à ce titre il ne pourra manquer d'exercer, pour y inviter toute l'attention du lecteur et espérer la satisfaire.'

Commençons d'abord par poser, en partie du moins, les autorités sacrées qui font de cette vérité un article de foi. Car on pourrait croire qu'elle est purement philosophique, si la philosophie pouvait jamais aller jusque-là.

Il est dit de Jésus-Christ, Verbe de Dieu, dans ce début de l'Évangile de saint Jean dont chaque mot est un monde de lumière : In propria venit et sui eum non receperunt, ce qui doit être traduit : Il est venu c^es soi, dans son domaine, sa maison; comme le confirme cet autre mot sur, les siens. — Et saint Paul dit aussi : Le Christ est comme Fils dans sa maison; et cette maison^ c'est nous ^ — Jésus-Cjirist lui-môme dans l'Évangile ne se montre pas autrement que comme possesseur domanial du monde, sachant que le Père lui a mis en main toutes choses'^; ayant reçu puissance sur toute chair^, et non-seulement sur toute chair, mais au ciel comme sur la terre; nous appelant toujours siens, ceux qui lui ont été d'abord donnés, et ceux auxquels il donne ensuite la Vie éternelle*, — Enfin saint Paul, tirant le dernier voile, appelle Jésus-Christ : Premier-né de toute créature, quia été institué Héritier de l'univers^ ; qui est avant tous, et en qui toutes choses consistent " ; par qui, pour qui, en qui

1. Aux Hébreux, III, G. — 2. Jean, XIII, 5. — 3. W.,XVII, 1.— 1. /(/,, XVIl, 2. — 5. Aux Colossiens, I, 17. — G, Aux Hébreux, I, 2t

toutes choses sont , selon quil a plu au Père de résumer dans V économie de la plénitude des temps toutes choses dans le Christ f soit dans les deux, soit sur la terre^. — Le môme Apôtre enchaîne enfin toute cette doctrine en trois anneaux : Tout est a vous; vous au Christ; le Christ a Dieu^.

Je ne crains pas de dire que toute la science de l'univers, toute la raison des choses, dont la recherche a tant tourmenté et égaré l'esprit humain, le Plan divin, en un mot, est contenu dans cette doctrine.

Appliquons-y notre attention : sa beauté en rachètera la peine.

11 est de la plus vulgaire sagesse que, dans tout acte, on se propose une fin. C'est en cela que nous apparaît dans la Création une suprême Intelligence, et que TŒCuvre y proclame la sagesse de l'Artisan. Tout est enchaînement de fins dans la Nature, et c'est ce que nous appelons causes finales. Nous y voyons que le moins parfait est pour le plus parfait : la terre et l'air pour les plantes, les plantes pour les animaux, les animaux pour l'homme. Les sciences naturelles n'ont d'autre objet que de découvrir ces fins dans l'organisme de chaque être en lui-même et dans ses rapports avec les autres êtres.

Mais si chacun des êtres qui composent cet univers offre ce caractère d'avoir une fin, il ne se peut pas que l'univers même dans son ensemble n'ait aussi sa fin, et que la sagesse qui apparaît dans les parties fasse défaut dans le tout.

l„ Aux Ephésienst I, 10. — 2, V^ aux Corinthiens, III, 22.

LÉ CHRIST, FIN bE LA CRÉATION, 313

Non-seulement l'Ouvrier de l'univers a dû se proposer une fin, mais une fin digne de lui, et lui seul pouvant s'égaler en dignité, lui seul doit être cette fin. Universa propter semetipsum operatus est Dominus ^

Premier Principe de l'Univers, il doit en être la Fin dernière.

Mais comment peut-il en être la Fin dernière, si ce n'est comme il en a été le premier Principe?

En effet :

Toutes les sciences humaines s'accordent avec la science sacrée sur ceci, qui apparaît partout : que le système tout entier de la Nature a pour loi générale un développement progressif, allant du simple au composé, pour retourner du composé au simple, à VUn. L'unité est le point de départ et le terme, en passant par le composé; mais un composé qui, se ressentant de son principe et de sa fin, tourne en union à l'unité, comme le nom même îi' Univers l'exprime. Cette multitude de familles, de genres, d'espèces, de règnes, de sphères, nous montre toutes choses en travail d'union universelle et comme en marche vers l'unité. Cette marche se poursuit, se simplifie et va se rapprochant de l'unité tant que dure la Nature et la communauté des êtres dont elle se compose. Mais elle ne l'atteindrait jamais par ellemême, parce que toutes choses créées sont essentiellement multiples et décomposables. Issues du néant par nature, elles montent de plus en plus par un secret instinct vers la vie; mais la vie pour elles, participant de leur nature finie, ne pourrait que retomber dans le néant qui en est le fond. Elles ne peuvent aller au delà

Page 1