‹ Jésus-ChristChapitre 103 sur 158 · Proverb., XVI · texte numérisé non relu

Proverb., XVI

d'elles-mêmes, du multiple et du fini; et c'est au delà cependant que se trouve l'unité parfaite, la vie essentielle, principe de l'existence créée et terme de son repos. Il y a donc là un abîme à franchir pour le retour, comme il y en a eu un à franchir pour le départ de l'existence. Il y a là une création surnaturelle à opérer, comme il y a eu une création naturelle. Par celle-ci, l'univers a été appelé du néant au fini; par celle-là, il sera appelé du fini à l'infini. Et cette création à opérer, et cet abîme à franchir réclament le secours de la même Puissance qui a opéré la première création et lui a fait franchir le néants

En résumé, l'univers suppose un Principe et réclame une Fin en dehors de l'univers. Ce Principe et cette Fin étant l'unité, doivent être VUn, — Dieu, — seule unité simple. Enfin, il n'y a que la même Puissance qui a évoqué l'univers du néant au fini qui peut le reporter à la hauteur de sa Fin, identique à son Principe.

Cette Puissance quelle est-elle?

Nous l'avons vu : c'est le Verbe de Dieu. Dieu a évoqué l'univers du néant par son Verbe. Par ce même Verbe il l'élèvera à la seule fin qu'il ait pu se proposer en le créant : Lui-même.

Pour cela, ce Verbe Créateur se fera Verbe Médiateur.

1 . Ici je suis encombré de la magniflcence autant que du nombre des autorités et des témoignages qui se pressent à l'appui de cette doctrine : saint Tliomas d'Aquin, saint Bernard, saint François de Sales, Suarez, le cardinal de Bérulle, Bourdaloue, Bossuet, Thomassin, etc. Rien n'égale la beauté des idées, des sentiments et des expressions qu'elle leur inspire et dont j'ai présenté des extraits dans mon livre Le Plan divin. La marche plus rapide de ce discours ne me permet pas de les reproduire ici. Il est mieux que je continue l'exposition de la doctrine même.

Il sera la fin immédiate de la création, afin que, en lui et par lui, elle atteigne sa fin médiate, Dieu môme. A cet effet, il l'assumera comme un héritage, et la portera à jamais unie à sa Personne divine jusqu'à la glorieuse unité par laquelle il n'est lui-môme qu'un avec Dieu.

Achevons de dévoiler ce grand dessein et sa belle économie.

L'homme paraît le terme et le sommet de la création. 11 en ramasse en lui tous les éléments et toutes les vertus sensibles : les propriétés des corps, la vie des plantes, la sensibilité, l'instinct et l'industrie des animaux. Mais là ne se borne pas sa nature. Une autre nature lui a été départie, sans analogie avec le monde visible, et qui commence en lui un ordre nouveau, non par continuation et par progrès, mais par un saut qu'on a pu appeler, pour en exprimer la merveille, la difficulté de la Création : la nature rationnelle et morale, la pensée et la conscience, qui, non-seulement le constituent seul contemplateur de l'univers, travaillé du besoin de se rendre raison des choses, et y découvrant, outre leur aspect sensible, des lois intellectuelles et des beautés morales qui seraient perdues en elles sans lui, mais qui le font citoyen d'un tout autre monde, du monde invisible des esprits , où il entre en rapport avec la Raison et la Justice mômes, essentielles, éternelles et nécessaires , sous le nom de Dieu; de Dieu, que, seul ici-bas, par une faculté supérieure encore à la raison, la faculté de religion, il lui est donné de connaître et d'adorer pour le compte de l'univers.

Par là on peut dire que l'homme offre en lui une ébauche au moins de médiateur, étant tout à la fois à la rossniilil;in««' de l'animalité et do loiilo In îintnro ^^en-

3i6 SCIENCE DOCTRINALE DE JÉSUS-CHRIST.

Bible dont il exerce le pontificat devant Dieu, et à la ressemblance de Dieu, dont il figure la souveraineté sur cette nature : a Peu au-dessous des Anges, couronné de (( gloire et d'honneur, constitué au-dessus des œuvres « de Dieu qui a assujetti toutes choses sous ses pieds ^. »

Mais cela dit, il faut reconnaître tout aussitôt, que l'homme est par trop chétif pour gérer suffisamment cette double fonction médiatrice entre le monde et Dieu; pour rendre à Dieu toute la gloire qu'il a dû se proposer en créant le monde, et pour exercer sur le monde toute l'autorité de cette création; i^onv soutenir, comme disent les jurisconsultes, les forces d'une .telle hérédité, en acquitter toutes les charges et en faire tous les honneurs : pour être, en un mot, la raison première et la cause finale de l'univers.

Sans parier de la création purement spirituelle et angélique qui nous passe) évidemment, et à ne nous mesurer qu'à la création sensible, telle qu'elle nouis apparaît du petit globe où nous sommes jetés, quelque supériorité que l'homme ait sur elle comme roseau pensant, c'est une supériorité de noblesse et de nature, mais non d'autorité et de possession. Il y est englouti, même par la pensée : « Suspendu entre les deux abîmes « de l'infini et du néant des étrea, borné dans son inlel- <( ligence comme dans son corps, et ne pouvant aperce- « voir que quelque apparence au milieu des choses, dans « un désespoir éternel d'en connaître ni le principe, ni la « fin : » tel est lliomme, dit Pascal; et Pascal même, l'un des plus grands esprits, ne l'est précisément que par cette capacité de concevoir toute sa faiblesse.

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