Genèse, XXV III, 13, — 2, Defugâ sactil
dante gloire, porter notre infirmité à sa plus grande hauteur, il contracte sa Majesté, contraxit se Maj estas, pour que ce qu'il avait de mieux, à savoir Lui-même, s'unît à ce limon de notre nature créée.
(( Je voulais. Messieurs, dit magnifiquement Bossuet, (( vous représenter que Dieu, pour rappeler toutes choses « au mystère de son unité, a établi l'homme le média- (( teur de toute la nature visible, et Jésus-Christ Dieu- (( Homme, seul médiateur de toute la nature humaine. « Toute la nature veut honorer Dieu et son principe, (( autant qu'elle en est capable : la nature insensible, « privée de raison, n'a point de cœur pour l'aimer, ni « d'intelligence pour le connaître. Ainsi, ne pouvant (( connaître, tout ce qu'elle peut, dit saint Augustin, « c'est de se présenter elle-même à nous, pour être du « moins connue et nous faire connaître son divin Au- « teur. C'est ainsi qu'imparfaitement et à sa manière, « elle glorifie le Père céleste. Mais afin qu'elle consomme « son adoration, l'homme doit être son médiateur : c'est « à lui à prêter une voix, une intelligence, un cœur « tout brillant d'amour à toute la nature visible, afin « qu'elle aime en lui et par lui la beauté invisible de « son Créateur... Mais ce médiateur de la nature visible « avait besoin lui-même d'un médiateur. La nature vi- « sible ne pouvait aimer, et pour cela elle avait besoin « d'un médiateur pour retourner à son Dieu. La nature « humaine peut bien aimer; mais, elle ne peut aimer « dignement. Il fallait donc lui donner un médiateur « aimant Dieu comme il est aimable, adorant Dieu autant « quil est adorable, afin qu'en lui et par lui nous puisce sions rendre à Dieu notre Père, un hommage, un « culte, une adoration, un amour dignes de Sa Majesté,
<{ C'est, Messieurs , ce Médiateur qui nous est donné « aujourd'hui. Réjouis-toi, ô nature humaine! tu prêtes « ton cœur au monde visible pour aimer son Créateur, «Jésus-Christ te prête le sien pour aimer dignement « Celui qui ne peut être dignement aimé que par un autre « Lui-même^» »
Défendons-nous contre vingt autres citations de cette doctrine qui disputent entre elles de beauté. En résumé, l'homme étant l'épilogue de la création, en prenant la nature humaine, le Verbe a donc pris, ramassé, récapitulé en Lui toutes les existences créées : Instaurare omnia in Christo^ quœ in cœlis et quœ in terra sunt^ in ipso^; et, en se les unissant, il les a rappelées toutes à leur principe, qui est Lui-môme, par qui, en tant que Dieu, tout a été fait; pour qui, en tant qu'homme, tout a été fait; en qui, comme Homme-Dieu, tout se consomme et s'unifie : Per quem omnia, — propter quem omnia, — in quo omnia^; et nous revenons ainsi à la grande parole de saint Paul.
C'est en ce sens qu'il est vrai de dire encore avec le môme Apôtre : — Omnia vestra sunt, — vos autem Christi, — Christus autem Dei*.
Ce n'est pas pour elles-mêmes que Dieu a fait chacune des créatures qui composent cet univers, mais les unes pour les autres, et toutes pour Lui. Rien n'est isolé : tout se relie. L'universalité des choses inférieures trouvent ainsi leur première fin dans l'homme, qui les dominait autrefois de toute la hauteur de sa nature rationnelle
t. Deuxième ?ermon pour la fôte do l' Annonciation, — 2. Aux Ephésiens, T, 10.— 3. Aux JlébreuXj II, 10. — 4. V'^ aux Corinthie»^, 111, ?2, ?3.
aujourd'hui déchue, et qui peut ressaisir son empire sur elles par la grâce : Omnia vestra sunt. Mais cet empire a un Suzerain, de qui Thomme reçoit en puissance tout ce qu'il lui rend en soumission, et c'est le Christ, Roi universel, à qui tout a été assujetti en tant qu'Homme : Vos autem Christi. Et enfin le Christ lui-même dans son humanité relève de Dieu, de sa propre divinité, en laquelle il ne fait qu'un avec son Père, de qui tout relève et à qui tout remonte : Chrisius autem Dei.
C'est le plan divin, dont le Christ est la pierre angulaire, en qui toute la construction se relie et s'élève en temple saint jusqu'à Dieu^
Tel est le plan divin par rapport à Jésus-Christ.
Un dernier mot, maintenant, sur son exécution. Quand l'homme fut créé dans cet état d'innocence et de lumière qui le faisait voisin du ciel, si le Verbe de
1. Aux Ephésîens,U, 21. Nous ne mêlerons pas ici, à l'cxiosilion de la Doctrine, une opinion que nous nous sommes appropriée ailleurs; parce que, si autorisée qu'elle soit par les saints et savants docteurs qui la professent, si voisine qu'elle soit du dogme, cependant elle n'en est pas, et que nous voulons nous tenir ici dans le pur dogme : c'est l'opinion que le Verbe se fût incarné alors même qu'Adam n'eût pas péché. C'est là une hypothèse, et cela seul sufiit pour la tenir en dehors de la foi. La foi cependant, loin de l'interdire, l'encourage dans le pur domaine de l'esprit, comme procédé conforme h sa nature pour associer deux vérités qui celles-là sont de foi : l'une, que Jésus-Cohist est pour le monde ; l'autre, qui lui dispute le pas, que le monde est pour Jésus-Christ. On comprend combien cette seconde vérité, égale à la première, trouve d'assiette dans l'opinion en question. Nous n'insisterons pas: pourvu qu'on tienne cette vérité, que le monde est pour Jésus-Christ ^ certaine et obligatoire. Que l'Incarnation, en laquelle Jésus-Christ est constitué héritier de toutes choses, ait été décrétée à priori ou expost facto, par rapport au péché originel, cela importe peu dans cet ordre divin où le temps ne joue aucun
Dieu, qui conversait avec lui dans le Paradis, se fût dès lors uni à lui en se faisant homme, ce mystère de grâce se confondrait en quelque sorte à nos yeux avec le mystère naturel de la création, et nous n'y ferions pas plus de difficultés que nous n'en faisons à tous ceux que nous offrent l'homme même et toute la nature.
Mais ce qui ne fut pas fait alors était fait dès avant dans les desseins éternels de Dieu. Sa consommation seule fut ajournée à la plénitude des temps. Aussi la grâce de cette union fut-elle déjà précomptée à l'homme. Pourquoi cet ajournement? Parce qu'il a plu ainsi à Dieu. On peut dire toutefois que la prévarication de l'homme n'y fut pas étrangère, comme elle ne Tapas été certainement, ainsi que nous le verrons, au mode expiatoire sous lequel dut se faire dès lors l'humanisation du Verbe.
Quoi qu'il en soit, comme il est certain qu'en créant le premier homme. Dieu créait en lui toute sa postérité, il est absolument vrai de dire qu'il avait en vue, qu'il contemplait, qu'il préparait déjà, dans le chef naturel de cette postérité, cette humanité du Verbe, cet Homme- Dieu qui devait en être le chef surnaturel, Jésus-Gurist. Le premier Adam était la forme du futur: Adam, qui est forma futuri, comme dit saint PauU; ce que Tertullicn rend h sa manière en disant : Qiiodcumque limus exprimebatur, Christtis cogitabaiur homo futurus; « dans tous
rôle et où toutes clioses sont présentes à Téternel conseil : il suffit qu'on reconnaisse et qu'on croie que le monde n'a pas 6lé seulement rapporté à Jésus-Christ, mais que pour Lui, Fils de Vhomme, tout a été fait, comme par Lui, Verbe de Dieu, tout a été fait; et cela, par conséquent, aia^r que rien fût fait, 1. Aux Romains f V, 14.
les traits que Dieu modelait, il avait présent à Tesprit le Christ qui devait être hommes »
Et comme, selon l'ordre de toute sagesse, lafin proposée est précédée de tout ce qui est fait pour elle, et l'exécution est dans l'ordre inverse de l'intention, selon que nous le voyons dans le plan de la création, où l'homme parait le dernier, bien que tous les autres êtres aient été faits en vue de lui dans l'ordre de leur infériorité même; ainsi le Christ devait paraître après l'homme, et cette postériorité d'apparition ne fait qu'acquérir, parle prélude et le retard, une valeur de primauté d'autant plus grande.
Par là se justifie cette double parole de saint Paul, que le Christ est (en tant qu'homme) le « premier-né de « toute créature » : premier-né dans l'intention divine, premier-né comme fin de l'homme, fin lui-même de toute la création inférieure qui avait précédé; «qu'il (( a été constitué V héritier de l'univers^ qu'il est avant « tous, et qu'en lui toutes choses consistent^, » comme dans leur raison d'être et leur dernière fin.
« On ne plante principalement la vigne que pour le « fruit, » dit avec sa grâce ordinaire saint François de Sales; « et partant le fruit est le premier désiré et préce tendu, quoique les feuilles et les fleurs précèdent en la « production. Ainsi le grand Sauveur fut le premier en « l'intention divine, et en ce projet éternel que la divine « Providence fit de la production de ce Fruit désirable, (( fut plantée la vigne de l'univers, et établie la succes- « si on de plusieurs générations, qui, à guise de feuil- « les et de fleurs, le devaient précéder, comme avantce coureurs et préparatifs convenables à la production de