Delleaurr. carn,^ n» G. — 2, Aux Cohssiens, I
LE CHRIST, FhN DE LA CRÉATION. 32b
« ce raisin, que TÉpouse sacrée loue tant es Cantiques, « et dont la liqueur réjouit tant Dieu et les hommes'. »
Dieu a commencé par la terre, créature la plus rudimentaire et la moins noble; ensuite, les plantes, les animaux, riiomme; et enfin il a couronné tous sesouvrages par le plus noble de tous et qui les récapitule tous, célestes ou terrestres, produisant son Fils unique dans un corps humain. Il l'a fait naître au milieu des temps, comme un Monarque au milieu de ses États, afin que tous les siècles qui le précèdent ou qui le suivent se rapportassent à Lui comme à leur centre et à leur sommet. Principe de tous les êtres comme Verbe créateur, il devient leur fin gracieuse comme Verbe médiateur, pour les porter à leur fin glorieuse au sein du Père : « afin, « comme il le lui dit lui-même, que tous étant en moi, « et moi en vous, ils soient consommés en un, comme « nous sommes un^ » — Et ce Père céleste, introduisant ainsi son Premier-né dans le inonde, dit : Que tous les Anges Vadorent^^ dans cette humanité selon laquelle il est mon Premier-né, et l'ai constitué Héritier de toutes choses, et qu'à son Nom fléchisse tout genou, au ciel, sur la *ierre et dans les enfers * .
«Seigneur, s'écrie de loin un Prophète, c'est /«Votre « Œuvre, vous le ferez paraître au milieu des ans ^. »
C'est là Votre Œuvre I expression admirable de force et de sens. Jusque-là, il n'y avait que les œuvres de Dieu dans la création, mais il n'y avait pas Son Œuvre; son œuvre par excellence et vraiment digne de lui. On le chercherait vainement, cet Œuvre, parmi toutes les
1. Traité de l'Amour de Dieu, liv. II, chap. v. — 2. Jean, XVII, 21, 22, 23. — 3. Aux IfébreuiCy I, 6. — 4. Aux Philippiens, U, 10. — 5. llaliacuc, III, 2.
créatures terrestres ou célestes, visibles ou invisibles. Il est vrai qu'on dit communément de l'homme qu'il est le chef-d'œuvre de Dieu; et nous voyons en effet le Créateur de toutes choses se recueillir au moment de ce dernier ouvrage : « Faisons l'homme à notre image et à « notre ressemblance, » dit-il; et il lui donna cette face sublime où Lui-môme reluit. Mais, hélas 1 cette œuvre ne prouva que trop à quel point elle était fragile : elle ne garda pas longtemps la dignité première de sa création, dignité qui même alors était tellement inférieure à Dieu, qu'elle ne déchut précisément que pour avoir voulu s'égaler à Lui. Tout ce qu'on peut dire, c'est que c'était là l'ébauche de cet homme parfait de qui seul on peut dire à Dieu : Cest là Votre Œuvre : Œuvre à votre hauteur, parce qu'il n'est pas seulement homme, mais Homme-Dieu ; Votre Œuvre aussi, en ce sens, qu'en Lui, rentrent toutes vos œuvres pour n'y faire qu'wn seul Œuvre remontant à votre éternelle Majesté : Jésus-Ghrist.
C'est bien de Jésus-Christ, Souverain Roi du monde, en effet, qu'entend parler le Prophète lorsqu'il dit : « C'est là Votre Œuvre; » car il ajoute tout aussitôt : « Dieu viendra du côté du Midi, et le Saint de la mon- « tagne de Pharan : sa gloire a éclipsé les cieux, et la « terre est remplie de sa louange. La Mort paraîtra de- « vant sa face, et le Diable s'évadera devant ses pieds. Il « s*est arrêté, et il a mesuré la terre ; il a jeté les yeux « sur les Nations, et il lésa fait fondre; les montagnes du « siècle ont été réduites en poudre ; les hauteurs du «monde ont été abaissées sous les pas du Dieu Éternel. « Mais, pour moi, je me réjouirai dans le Seigneur, et je « tressaillerai en Dieu, Jésus mon Sauveur ^ »