‹ Jésus-ChristChapitre 110 sur 158 · M. Renan, Vie de Jésus · texte numérisé non relu

M. Renan, Vie de Jésus

Paul, parlant des Justes des premiers jours, disait : Juxta fidem defuncti sunt omnes isti^ non acceptis re promissionibuSf sed à longé cas aspicientes et salutanfes, « Selon « la foi sont morts ceux-là qui, n'ayant pas reçu le Bien a qui avait été promis, le contemplaient de loin et le « saluaient».))

Et Jésus-Christ lui-même a pu dire : « Abraham a vu « mon jour, et il en a été ravi : Je suis en effet avant « qu'Abraham fût^ » — « Préconnu, dit saint Pierre, « avant la formation du monde, et dans les derniers « temps manifesté à cause de nous^» Ce qui revient encore à la parole du Prophète : «Seigneur, c'est là votre « (Euvre ; vous le ferez paraître au milieu des temps. »

Comme l'CEuvre d'un grand artiste, en qui il a fait passer tout son génie et mis toute, sa complaisance, et qu'il a achevé dans le mystère de l'atelier, où quelques privilégiés sont admis à venir le contempler, excitant au dehors, par ce qu'ils en publient, le désir de le voir, jusqu'au jour où il est exposé à l'admiration universelle : tel est Jésus-Christ. — Êtrej paraître : tels sont ses deux états dans l'humanité. Il est l'affaire des siècles.

Être, comme Fils deDieu^ son Verbe créateur, lumière des esprits, qui non-seulement était , mais sans qui rien de ce qui était n'était; qui non-seulement était visible, mais qui était la vision naturelle de tout ce qui était visible : la Raison, la Sagesse, la Vérité, soleil des intelligences. Ainsi était-il dans le monde. — Paraître^ comme Fils de V homme, le même que Fils de Dieu : passé

1, Ad Hcbrxos^ XI, 13. — 2. Nous nous trouvons reproduire souvent les mêmes textes ; mais cela lient à l'unité de notre divin sujet dans la diversité des aspects et des applications qui en font la ricliesse. — 3. 1 Pelr., I, 20.

ainsi au dehors pour se rétablir au dedans ; pour ramener et relever l'humanité de ce dehors de la chair et des sens où elle était déchue, à ce dedans de l'âme où se tient tout l'homme, et qui est comme l'observatoire d'où il domine et démêle bien les choses inférieures et terrestres du dehors, et pénètre même les supérieures et célestes.

Ètre^ même ainsi, Fih de V hommes avant de le paraître, comme ayant été constitué l'héritier de la création tout entière, dont l'homme est l'abrégé; comme ayant plus particulièrement épousé l'humanité déchue; comme en étant et y étant déjà en semence dans le môme Adam de qui elle est sortie, notre premier ancêtre et le sien ; comme se triant dans cette humanité un peuple à lui, d'où il devait embrasser tous les peuples ; comme disposant, dans ce peuple même, sa race, sa tribu, sa famille, sa maison, toute sa généalogie, jusqu'à la Vierge Mère des chastes flancs de laquelle il devait sortir; enfin comme faisant converger toutes les révolutions des Empires, leur élévation et leur chute, leurs transformations et leur absorption, à cette uniquefin de savenueet de son apparition : tout cela décrit et nommé point par point à l'avance ; faisant, taillant pour ainsi parler son humanité dans l'humanité universelle, pour refaire celle-ci sur lui-même.

Ainsi JÉsus-CuRiST était-il dans le monde et l'humanité, non pas à l'état de divin^ de substance naturelle, ne devenant consciente et personnelle que dans cet homme de proportions colossaleSy honneur commun de V humanité^ qui aurait trouvé en lui Vinterprète de ses destinées ; mais i\ l'étal distinct et personnel de Verbe de Dieu, revêtant surnaturellement la nature humaine pour la relever de sa dégradation.

33i SCIENCE DOCTRINALE DE JÉSUS-CHRIST.

Il la revêtait déjà en effet dès le commencement, en /entretenant avec Adam dans un verbe humain, sous les ombrages du Paradis; en parlant de même à Abraham, à Isaac, à Jacob, avec une familiarité sublime ; en se montrant même déjà à eux, comme il le devait faire après sa résurrection aux disciples d'Emmaûs, sous la forme de Voyageur, à qui ces Patriarches lavaient les pieds, comme il devait lui-môme laver ceux de ses disciples, rendant ainsi aux fils Thospitalité qu'il avait reçue des pères ; en s'incarnant dans une forme scripturale sous la plume de Moïse, et dans tous ces rapports merveilleux avec son peuple, où il prenait le cœur humain pour traiter avec lui dans la langue de ses passions; en apparaissant à ses Prophètes, et par eux au monde, tel, absolument tel qu'il a paru aux Évangélistes et qu'il nous apparaît, anticipant sa naissance virginale à Bethléem, son entrée à Jérusalem, sa vie publique, sa passion, sa mort, sa résurrection, la prédication et l'extension de sa doctrine, la ruine de son peuple, la conversion du monde, le règne de son Église et son triomphe à jamais, de manière à /aiVe entrer, comme l'a si bien dit M. Renan, Vhistoire dans la religion, l'avenir le plus lointain dans le passé le plus reculé, et à ne faire de tous les temps qu'un seul jour, — son jour, ■— qu'a vu Abraham comme nous le voyons.

Qui peut nier cela? -— L'impiété elle-même le reconnaît. — Qui peut se refuser dès lors à la grande promulgation de saint Paul: Jésus Ghristus hehi, et hodie, IPSE ET IN SJECULA. c( Jésus-Chrlst hier, aujourd'hui, et « éternellement, le même \ »

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