‹ Jésus-ChristChapitre 119 sur 158 · Concil. Ephes., Labbe, l. III, p. tOÎO · texte numérisé non relu

Concil. Ephes., Labbe, l. III, p. tOÎO

3oO . SCIENCE DOCTRINALE DE JÉSUS-CHRIST,

ne pas concevoir que Dieu, qui est la grandeur et la majesté par essence, se soit ravalé jusqu'à la bassesse de notre condition.

A la différence des difficultés précédentes, qui étaient des difficultés d'entendement, celle-ci est une difficulté de convenance.

Nous la jugeons d'après l'idée que nous avons de nousmême : c'est là comme le point de mire par lequel nous évaluons le haut ou le bas de^toule chose, et nous estimons en particulier comme inadmissible le ravalement de la Majesté divine en Jésus-Christ.

Mais, avant de l'appliquer à Dieu comme la mesure des jugements que nous portons sur sa conduite à notre égard, sommes-nous bien sûrs que cette idée que nous avons de nous-même soit exacte? N'y a-t-il pas là une singulière pétition de principe, allant jusqu'à l'interversion? Ce que nous ignorons le plus, n'est-ce pas précisément la place que nous occupons dans l'échelle de proportion des êtres? Bien évidemment, le Connais-toi toi-même étant posé, ainsi qu'il l'a toujours été, comme l'objet capital de la science, la Religion par excellence ne sera pas celle que nous mesurerons à cette connaissance de nous-même qui nous fait défaut, mais tout au contraire, celle sur laquelle nous mesurant nous-même , nous acquerrons cette connaissance; et dont tous les mystères se justifieront par la délivrance de celui que nous avons le plus d'intérêt à voir disparaître parce qu'il nous serre de plus près, le mystère de nousmême.

Or tel est Jésus-Christ dans sa Religion. Il explique l'homme, et l'homme expliqué le prouve, par cette explication même qu'il en reçoit.

LE CHRIST, VERBE INCARNÉ AU SEIN DE LA VIERGE. 3oi

Toute la philosophie humaine témoigne de l'ignorance où l'homme est de lui-môme. Elle s'est partagée, comme ou sait, en deux principales sectes dans lesquelles rentrent toutes les secondaires : les Stoïques, qui faisaient de l'homme un dieu; et les Cyniques, qui le rangeaient à la bête. C'est qu'en effet il y a de ces deux extrêmes en nous. Mais nul n'a pu expliquer et encore moins corriger leur contradiction. On sait le parti que Pascal a tiré de cette énigme, et avec quelle puissance il s'en est emparé pour montrer que Jésus-Ghrist en est la seule solution et le seul remède. « L'homme ne sait à quel ^^m rang se mettre, dit-il. Il est visiblement égaré, et sent ^Kk en lui des restes d'un état heureux, dont il est déchu, ^^m et qu'il ne peut recouvrer. Il le cherche partout avec 1^^ inquiétude et sans succès dans des ténèbres iinpéné- « trahies. C'est la source des combats des philosophes. <( Et ce qu'il y a de plus étrange, c'est que chaque parti se sert des raisons de l'autre pour établir ses opinions; car la misère de l'homme se conclut de sa grandeur, et sa grandeur se conclut de sa misère.... Il est miséi rable, puisqu'il le connaît; mais il est bien grand, « puisqu'il connaît qu'il est misérable.... Quelle chi- « mère est-ce donc que l'homme! Quelle nouveauté, '( quel chaos, quel sujet de contradiction 1 Juge de toutes « choses, imbécile ver de terre ; dépositaire du vrai, et <i amas d'incertitude ; gloire et rebut de l'univers ; s'il ({ se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante; et le (i contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est « un monstre de contradiction. »

Mais ce chaos se débrouille et ce monstre de contradiction s'harmonise à la lumière duChrislianisme. Il en ressort deux vérités: l'une, qu'il y a un Dieu dont nous

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sommes capables; l'autre, qu'il y a une corruption dans notre nature qui nous en rend indignes. Et en même temps que la connaissance de notre état nous est donnée, le remède y est apporté, consistant proprement au mystère du Rédempteur, qui, unissant en lui les deux natures, divine et humaine, a retiré les hommes de la corruption du péché, pour les réconcilier à Dieu dans sa Personne divine. — Tel est le fond de l'apologétique de Pascal.

Mais, — et c'est à cela que je voulais en venir, — l'homme résiste et oppose à ce remède quoi ? Précisément cette contradiction qu'il préfère parce qu'elle profite à son orgueil.

Il se fait une arme contre Jésus-Christ de sa misère même,, autant que de sa grandeur. Et pour cela, il forcera l'une et l'autre.

Il se mettra au plus bas, jusqu'à tirer sa généalogie de la bête et à se faire de sa lignée pour se soustraire à celle de Dieu, en concluant que ce Dieu n'a pu descendre jusqu'à un tel être. — Et en même temps, il s'arrogera Tessence divine elle-même, comme propre à l'humanité, dont Jésus-Christ ne sera que la plus haute expression.

Telle est l'impiété de nos jours sous ses deux formes : Tune positiviste, que j'appellerai la forme Littré ; l'autre mystique, que j'appellerai la forme Renan : toutes deux parfaitement d'accord d'intention et de but, si contradictoires qu'elles soient de système; toutes deux formes de l'orgueil, qui s'abaisse ou qui s'élève, pour passer pardessous ou par-dessus la Vérité divine, qui, seule, met l'homme à son vrai point.

C'est la contradiction des anciens cyniques. et stoïques

coalisés, comme pour montrer que c'est tellement à la Sagesse incarnée que l'homme doit d'en être sorti, que, hors d'elle, il ne peut qu'y retomber.

Cette coalition n'est pas nouvelle. De tout temps, depuis l'avènement de Jésus-Christ, l'erreur a revêtu ces deux formes. Je les trouve plus particulièrement dans les Néoplatoniciens, qui rejetaient l'Incarnation comme indigne de l'homme, ce à quoi saint Augustin opposait notre misère ; et dans les Nestoriens, qui la rejetaient comme indigne de Dieu, ce à quoi saint Théodote opposait notre grandeur.

« D'un regard incertain et demi-voilé tu aperçois le but où il faut tendre, disait saint Augustin à Jambli- « que ; mais l'Incarnation du Fils de Dieu, mystère de ,^^ notre salut, qui nous élève vers l'objet de notre foi IJ^gk OÙ notre intelligence n'atteint qu'à peine, c'est là ce « que tu ne veux pas reconnaître... Ils rougissent, ces « savants hommes, de sortir de l'école de Platon. Ils dé- « daignent, les superbes, de descendre de la hauteur « d'eux-mêmes, et de prendre Dieu pour maître, parce « que le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous. « Ainsi pour ces malheureux, c'est peu d'être malades, il tt faut qu'ils tirent vanité de leur maladie même et rou- « gissent du médecin qui les pourrait guérir... Pour (( consentir à cette vérité, il vous faudrait l'humilité, « vertu qu'il est si difficile de persuader à vos tôtes hau- « taines^. »

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