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Voltaire, Poëme sur le désastre de Lisbonne

DIEtI CONSCIENCE ET PROVIDENCE.

Ce n'esl pas la nature extérieure seule qui nous donne cette idée tout à la fois incitative et insuffisante de Dieu. Outre le monde physique, il y a deux autres inondes, si considérables pour nous qu'ils nous distraient du spectacle de la nature même, ou plutôt qu'ils réduisent cette grande Nature à n'être que la scène décorative du vrai spectacle qui nous émeut et qui nous agile; celui dont nous sommes, non plus seulement les spectateurs, mais les acteurs : l'homme et l'humanité.

Là, le Dieu de la nature s'atteste par deux grands témoignages où sa personnalité se dégage en des rapports plus étroits avec la nôtre, sans cesser d'être naturels : la Conscience et la Providence.

La Conscience! puissance tellement personnelle, qu'elle met en jeu notre personnalité, sans être notre personnalité même, par notre fidélité ou notre infraction à sa voix. Ce qui implique nécessairement qu'elle est autre chose que nous en nous : un témoin, un juge, un Dieu ; mais un Dieu cette fois et au plus haut point per-

2i SCIENCE HISTORIQUE DE JÉSUS-CHRIST.

sonnel. Ici, en effet, il y a bien la même constance que dans la nature. Il y a plus même: il y a la nécessité ; car nous pouvions modifier la nature physique, et on conçoit môme que ses lois eussent pu être tout autres qu'elles ne sont : tandis que les lois morales sont de leur nature immuables, éternelles, incréées, et participant par là de la nature de Dieu, Dieu même. Mais non plus Dieu muet et impersonnel : personnel au contraire et interlocuteur redoutable, par la discussion de notre propre personnalité, dont il met enjeu la responsabilité parle mérite ou le démérite.

La Providence est un autre aspect et un autre rôle de Dieu qui nous le fait entrevoir dans son action, sans pourtant encore nous le faire voir lui-même. Dans la nature, la Providence est partout, et partout manifeste. La nature n'est que Providence. Dans l'humanité, au contraire, qui cependant est de son domaine comme tous les autres êtres de la création, la Providence semble faire relativement défaut. On la retrouve bien dans l'organisme humain où elle apparaît comme dans son plus parfait ouvrage. Mais dans l'ordre moral et historique de nos destinées, elle n'occupe plus le premier plan. •Tout y semble livré à nous-même ou au hasard. La confusion et le désordre qui en résultent semblent même l'accuser, et réagir contre les témoignages de la nature et de la conscience.

Cependant il n'en est rien, et là même l'idée de Dieu a toujours plané aux yeux de l'humanité et a sollicité son ardeur de le connaître.

D'abord, on s'explique très-bien cet effacement de Dieu, dans l'ordre moral et historique humain ; parce que, dans cet ordre, un élément nouveau et capital qui

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