Jean, Vni
« d'intelligence ni délicatesse de sentiment sans l'admi- « ration de Jésus-Ghrist^ » Voilais langage, non de la foi, mais du scepticisme. Et J'impiété elle-même conclut ainsi : « C'est pourquoi la conscience universelle lui a «c décerner avec justice le litre de Fils de Bieu^... Voila « LE Dieu vivant, voila celui qu'il faut adorera. »
Ainsi, ceux-là mêmes qui le renient, ne peuvent le faire qu'en s'enveloppant d'adoration.
Ce qui transparait de divin en Jésus-Curist fait donc disparaître ce que sa ressemblance humaine pourrait opposer d'ombrage.
Mais cet ombrage même, cette humanité, cette chair du Verbe, ne convient que mieux à sa Divinité en la voilant. Il est vrai, il a revêtu notre condition humaine de misère et de mortalité , il l'a même revêtue dans ce qu'elle a de plus bas et de plus funeste. Mais cela doit être encore, s'il est vrai que cette condition misérable soit en lui l'épreuve de toutes les perfections qui s'y produisent, le correctif de toutes les corruptions mensongères par lesquelles nous nous efforçons de nous la déguiser, l'expiation du péché dont elle est la peine. En cela Jésus- Christ ne fait que confirmer ce caractère de type divin que nous avons reconnu en lui. S'il ne l'eût pas adapté à notre condition, sa manifestation eût été effrayante plutôt que secourable à notre faiblesse. C'est dans cette condition même qu'il fallait qu'il nous la montrât, pour que nous sussions ce qu'il faut faire pour nous y conformer. Pour nous refaire à sa ressemblance céleste , il fallait qu'il se fît à notre ressemblance terrestre, qu'il nous ra-
1. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 111, p. 350. — 2. Reuau, Vie de Jésus, — 3. ^enan,' Eludes d'histoire religieuse^
massât en Lui dans notre plus bas fond, et que, se faisant homme de douleur, ce qu'est en vérité tout homme ici-bas, on pût dire de lui : Voilà r Homme! voilà comment il doit regagner ce qu'il a perdu. Jésus-Christ s'est fait ainsi la Voie, comme il était la Vérité et la Vie\ Voie douloureuse et sanglante, il est vrai, mais d'autant plus sainte et seule méritoire pour l'homme pécheur. Par Ik il ne nous l'a pas seulement montrée, mais aplanie sur ses traces, mais rendue embaumée et suave par les grâces et les charmes surnaturels qu'il y répand. Ne pouvant, sans violer la nature morale des choses, supprimer le devoir et la douleur, il a enchanté le devoir et la douleur.
Il a vaincu le mal sur son propre terrain et l'a converti en remède.
Perçant le monde visible des créatures qui ne le racontait plus, et qui n'était plus qu'un temple d'idoles, il est venu, par un procédé sensible, lutter en quelque sorte avec ces fausses divinités dont l'enchantement asservissait l'humanité, et, purifiant cet attrait du visible, il nous a ramené par lui à l'invisible.
Pour dissiper la terreur antique que nous avions de Dieu, et nous gagner sans nous forcer, il a déposé tous les rayons de sa Majesté et tous les foudres de sa Justice; il s'est recouvert d'humanité, d'enfance, de pauvreté ; il a paru sous les paraboles de père de famille, d'ami, d'époux, de pasteur; il s'est assis à notre table, il a cheminé avec nous dans nos sentiers; il s'est fait le défenseur de la femme adultère, le confident de la Samaritaine, le tributaire de César, le sym-