‹ Jésus-ChristChapitre 129 sur 158 · Baruch, III · texte numérisé non relu

Baruch, III

LE Christ crucifié rédempteur de la race humaine

ET pacificateur DE TOUS LES ÊTRES.

C'est ici le tour de cette vérité que Jésus-Christ est pour le mondey disputant le pas à cette autre vérité que le monde est pour Jésus-Christ.

Nous avons déjà expliqué celle-ci au chap. iv, en montrant Jésus-Christ comme fin de la création, héritier de toutes choses et destinataire de l'univers. Nous aurions pu, aussi bien, commencer par la principauté universelle de Jésus-Christ comme étant la conquête de ce grand sacrifice par lequel il a vaincu le péché et sauvé ] le monde. Mais nous croyons être plus dans le vrai en disant qu'il est le Seigneur de l'univers, et par droit de naissance, et par droit de conquête.

Par droit de naissance, il est le Premier-né de toute créature pour qui toutes choses ont été faites. Le Verbe créateur devait prendre le monde en notre humanité, et, récapitulant en lui toutes choses, les purger, non du péché, qui ne les entachait pas encore, mais de leur infirmité et de leur indignité naturelles, pour les rap-

porter à Dieu leur unique fin. Devant s'incarner à cette fin, que la créature n'aurait jamais pu atteindre par elle-même, par la distance infranchissable qui sépare le fini de Tinfini, on peut donc dire que, des l'origine de la race humaine, elle était sienne, et qu'il y était compris devant en sortir comme la fin de la création dans son humanité. Le futur Adam était dans le premier.

Mais le premier Adam, dans le libre arbitre de qui se balançait toute la destinée de sa race, ayant encouru la damnation, le futur Adam, Jésus-Ghrist, n'eut plus seulement à parfaire l'imperfection naturelle de la créature pour la rendre digne de sa fin, mais à la rédimer du péché et à la réconcilier avec son Auteur. Son droit de naissance dut alors se transformer en droit de conquête. Il dut revêtir un mode expiatoire et passer par les souffrances, pour entrer, et nous faire entrer avec lui par sa grâce, dans sa gloire.

Jésus-Christ est ainsi pour le monde, en même temps que le monde est pour Jésus-Christ, et ces deux vérités sont dans une mutuelle contredépendance. — Dans l'ordre général de la Création, il est la raison du monde, le Seigneur à qui tout a été donné en héritage : le monde est pour lui. — Dans l'ordre de la Rédemption , il est le Sauveur : c'est lui qui est pour le monde. — Réunissant ces deux caractères, Jésus-Christ est le Sauveur du monde dont il est le Seigneur : c'est un Roi qui se donne pour ceux qui lui ont été donnés.

« Mon Père, disait-il sur le point de son sacrifice, « glorifiez votre Fils, pour (luc votre Fils vous glorilie : (( parce que vnns lui avez donné puissance sur toute c/tair, « afin qu'à tous ceux que vous lui avez donnés il donne

« la vie éternelle ^ » Où Ton voit la Puissance primordiale de Jésus-Christ sur Thumanité, qui lui a été donnée, et à laquelle ensuite Use donne.

Hâlons-nous de dire que cette doctrine n'est pas une vaine spéculation, mais que sur ce plan vient resplendir la vie même du Christianisme.

Cette vie consiste dans un sentiment unique, qui éclaire et échauffe tout : l'Amour.

Dieu est Amour ^ et le Christianisme étant la manifestation de Dieu, est par excellence la religion de l'Amour. Ce qui faisait dire à la princesse Palatine, dont Tesprit si grand avait eu cependant tant de peine à entrer dans la foi qui devint dès lors sa vie: « Depuis « qu'il a plu à Dieu de me mettre dans le cœur que « son amour est la cause de tout ce que nous croyons , « cette réponse me persuade plus que tous les livres».»

Éprouvons un peu cette grande et belle vérité.

La Création, d'abord, a été un acte d'amour. Dieu se suffit à lui-même sans doute , dans sa Trinité trois fois sainte; mais l'Amour qui est sa vie intérieure, allant mutuellement du Père au Fils, d'où il procède éternellement, le même Amour, dis-je, voulut se donner des participants. Il créa à cet effet la nature angélique et la nature humaine à sa ressemblance, capables de connaître et d'aimer comme lui, et alluma en elles ce besoin infini de connaissance et d'amour qu'il devait satisfaire pour les associer à sa félicité. Il créa pour l'homme tout ce monde visible des natures inférieures, sur lesquelles

1. Jean, XVII, l,î. — 2. l'eÉp.deS. Jean, IV, 8. — 3. Bossucl, Oraison funèbre d'Aune de Gonzague,

il lui donna puissance, cette puissance dont nous n'avons plus que des débris, et par laquelle, se les appropriant, l'homme devait les faire entrer dans son adoration. Puis, pour relier Tliomme, et par lui toute la création, à son Principe, pour le rendre digne de son amour éternel et Ty faire participer, Lui-même Dieu dans son Fils, résolut de prendre en lui l'humanité; et ce Fils, devant sMncarner, reçut, en son humanité i^ro^re, puissance sur toute chair. La Création était ainsi l'apanage deThomme, et l'homme l'apanage de THomme-Dieu. Enfin cet Homme-Dieu lui-même ne reçut cet apanage universel que pour en rapporter le tout à la gloire de son Père, et terminer ce dessein d'union et d'amour en nous faisant les cohéritiers de son Royaume et les enfants adoptifs de la suprême Paternité.

Dans ce divin système, le Christ est comme le cœur. Un double amour le brûle: l'amour des hommes, dont il est le Seigneur, et Tamour de son Père, dont il s'est fait le sujet.

Ce Père, d'autre part, le Dieu invisible, qui aime infiniment son Fils en lui-môme, comme l'imago de toutes ses perfections, suit ce divin objet de son amour éternel dans l'humanité par lui revêtue, et s'éprend du même amour pour l'humanité en général, par la valeur qu'elle reçoit de son appartenance au Christ, à la fois Fils de Dieu et Fils de l'homme.

Je dis du même amour ; et c'est Jésus-Christ lui-môme qui nous le fait entendre par cette parole de la prière qu'il adresse à son Père : « Vous les avez aimés comme vous « m* avez aimé. » DUexisti eos^ sicut et me dilexistîK Et

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