‹ Jésus-ChristChapitre 132 sur 158 · Aux Hébreux^ X, 12, 13. ~ 2. AuxKomainSj 'VIII · texte numérisé non relu

Aux Hébreux^ X, 12, 13. ~ 2. AuxKomainSj 'VIII

grande que Lui-môme ; — c'est croire que Dieu est si Puissant, que du plus profond anéantissement de cette victime il peut lui soumettre tout l'univers et dompter l'Enfer par une Croix; — c'est croire que Dieu est si Bon qu'il a aimé le monde jusqu'à la mort, et à la mort de la croix ; -— c'est croire enfin que Dieu est si Sage, que, dans le seul Sacrifice de la Croix, il a trouvé ainsi le secret de joindre et de concilier à la fois, dans leur infinité, sa Sainteté, sa Justice, sa Majesté, sa Puissance, sa Bonté, sa Sagesse; de mettre toute sa Divinité en rapport avec notre faiblesse sans l'accabler; de transformer notre nature sans la détruire; l'humilier sans bassesse, l'élever sans orgueil, lui inspirer la confiance la plus filiale au fond de ses égarements et la crainte la plus salutaire au faîte de ses perfections. « Mettant, comme dit « excellemment Montesquieu, entre le Juge et le crimi- « nel un grand Médiateur, entre le juste et le Médiateur « un grand Juge, il nous mène sans cesse du repentir « à l'amour et de l'amour au repentir, » et réforme ainsi l'homme et la société des hommes par tous les grands et féconds principes de justice, de sainteté, de charité, de responsabilité, de solidarité et de liberté, qui découlent incessamment sur le monde du haut de la Croix.

Et ce qui estmerveilleuxdans cette sublime Action, c'est que tous les attributs où Dieu même s'y fait voir, non-seulement ne se nuisent pas, mais profitent les uns aux autres et se mesurent pour ainsi dire réciproquement, en devenant la mesure de toutes choses. Ainsi c'est la Sainteté et la Justice qui, par leur exigence infinie, nous donnent la mesure de l'Amour infini qui les satisfait. Combien cet Amour ne ressort-il pas sur ce fond redou-

table de Sainteté et de Justice qui se déchargent sur la Victime, et ne les fait-il pas ressortir à son tour par la rigueur de cette immolation !

Mais dans cette grande tragédie de la Croix, le rôle le plus important semble être dévolu à l'Amour. De tous les états dans lesquels Dieu en Jésus-Christ s'est montré à nous, c'est celui-là dans lequel il a voulu nous demeurer toujours présent. Il a voulu que nous vissions toujours en lui le Crucifié; crucifié pour nous, notre Rédempteur, notre Sauveur. Il est restéen quelque sorte sur sa Croix, pour pouvoir dire à toutes les générations qui se succèdent à ses pieds et sur lesquelles il se penche : a 0 vous tous qui passez par le chemin, voyez s'il est « une douleur pareille à ma douleur^; un amour pareil « à mon amour. »

Jaloux de tous les faux amours qui nous dégradent, il a voulu les dominer de toute la hauteur du sien, et l'emporter sur eux dans le cœur de l'homme.

De toutes les expressions de l'amour, la plus victorieuse, c*est la mort. « Mettez-moi comme un sceau sur « votre cœur, dit le céleste Époux dans le Cantique des « cantiques, parce que l'amour est fort comme la mort, que a le zèle de l'amour est inflexible comme l'enfer, et que c( sa lampe est feu et flammes ^ » Et, dans son Évangile, avec cette simplicité plus persuasive dans sa bouche que tout le luxe des expressions, il nous redit : « Nul ne « peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie « pour ses amis^ » — « Et comme il aimait ainsi les « siens, il les aima jusqu'à la fin *. »

1. Jérémie, Thren,, I, 32. — 2. CaiU, cani., VIII, 6. — 3. Jean, XV, 13. - 4. Jean, XIII, 1.

Encore, s'il fût mort ainsi pour les justes! mais il est mortpour les pécheurs, pour ses ennemis, il s'est immolé pour les coupables; et par là, son amour est sans rival : « Car, comme l'écrivait saint Paul aux Romains, à « grand'peine, certes, advient-il que quelqu'un veuille 4c mourir pour un juste : encore pourrait-il être qu'il « s'en trouvât qui voulût mourir pour un bienfaiteur. « Mais Dieu fait éclater son amour envers nous en ce « que, lors même que nous étions pécheurs, dans ce « temps-là môme, le Christ est mort pour nous \ »

Et enfin, ce qui met le comble, c'est que celui qui est mort ainsi ne devait pas mourir :1a souffrance et la mort lui étaient étrangères, comme le péché qui en est l'auteur. Quand nous mourons volontairement, nous ne faisons qu'anticiper la mort de quelques instants, nous ne donnons en quelque sorte que ce que nous n'avons pas. Mais dans le Fils de Dieu, l'Immortel s'est fait mortel pour pouvoir mourir; le Saint s'est fait péché pour l'expier. Pour montrer l'immense amour qu'il avait pour nous, il a voulu, pour nous vers de terre, envoyer, non un Ange, non un Séraphin de sa cour céleste, mais Lui-môme se donner, verser son sang, sa vie, son dernier souffle, dans un tel anéantissement et une telle ignominie, qu'il a pu dire. Lui, Roi de gloire, dont la beauté fait les délices du ciel : a Je suis un ver et non un homme. » 0 amour ! 0 stupeur!

Et pourquoi cet amour porté jusqu'à nous paraître folie? Ces paroles de saint Paul que je ne pus lire un jour sans émotion aux pieds d'un de ces grands crucifix qui |5ont suspendus à l'entrée du chœur de nos églises de

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