‹ Jésus-ChristChapitre 135 sur 158 · Juan, 111, 1-lG · texte numérisé non relu

Juan, 111, 1-lG

dans ce monde à nous la faire perdre, et que cette déperdilion trop naturelle de la vie de Dieu veut être combattue par un renouvellement continu de cette vie en nous, jusqu'à ce que nous soyons parvenus à l'âge éternel.

A cet effet ont été institués les Sacrements, qui sont comme les organes de la grâce de Jésus-Ghrist et de son sacrifice, qui en est la source, pour la distribuer à chacun de nous.

C'est là surtout la fonction du Sacrement par excellence, du Roi des Sacrements, en qui Jésus-Ghrist ne donne pas seulement sa grâce, mais Lui-même à chacun, comme il s'est donné une fois à tous : le Très-Saint-Sacrement de nos autels : abrégé de toutes les merveilles de Dieu pour l'homme, en qui se trouve ramené et concentré, sous la forme la plus simple et la plus familière, plus que le ciel, le Dieu lui-même du ciel.

En s'en allant dans son humanité glorifiée, il n'a pas voulu nous laisser, comme ses Apôtres au premier moment, regardant à ce ciel où il disparaissait à leurs yeux, ou réduits à aller chercher les vestiges effacés de ses pas divins sur la terre. Il n'a pas voulu être pour l'humanité, qu'il était venu régénérer, un simple personnage historique ou légendaire, livré à tous les commentaires des faux savants et des romanciers, lui qui était venu pour tous, et plus particulièrement pour les déshérités du monde. S'il l'eût fait, il nous eût laissés orphelins, plus orphelins en un sens qu'il ne nous avait pris; puisque, avant sa venue, il était préfiguré par des rites et des institutions qui étaient comme les sacrements de la Loi ancienne. Loin de là, il est venu pour remplir toutes les figures; et, de même que son Incarna-

tion n'a pas été figurative mais réelle, de même sa Présence au milieu de nous devait être réelle aussi ; de même qu'il nous a donné la vie par l'immolation sensible de son corps et par l'effusion sensible de son sang, de môme c'est par notre communion sensible à ce corps et à ce sang que nous devions la recevoir et l'entretenir.

Cette communion à la victime avait universellement fait partie des sacrifices dans l'antiquité : une part était consacrée à la Divinité, et l'autre était mangée par les assistants, en signe de réconciliation avec le ciel et d'union commune entre les hommes : on appelait cela manger avec les dieux. C'était un rite éminemment religieux et social, s'il est vrai que la religion, nous prenant dans notre nature pour la rétablir, doit resserrer notre lien social en le renouant à Dieu d'où il procède. Le partage d'une nourriture commune entre les hommes, étant le signe le plus expressif et le plus effectif de la concorde, était élevé à sa plus haute puissance, alors que celte nourriture était la victime dont le sacrifice venait d'apaiser la Divinité et qu'on la mangeait avec celle-ci et à sa table.

Le Christianisme, qui est la parfaite réalité dont ces rites anciens étaient les ombres grossières, ne pouvait pas moins faire; il devait faire mieux, il devait faire parfaitement la môme chose.

Sans doute, l'objet du Christianisme est de nous retirer des-choses sensibles pour nous ramener à l'Invisible, au culte de Dieu en esprit et en vérité. On sait s'il a accompli sa mission, et à quel degré de spiritualité il élève proportionnellement tout ce qu'il touche : si bien que la perfection de ses résultats, à elle seule, suffirait à répondre de celle de ses moyens.

Mais, à considérer ces moyens en eux-mêmes, qui ne reconnaît, qui n'admire leur parfaite économie?

Il fallait nous ramener à l'Invisible, au culte en esprit. Oui. Mais sommes-nous seulement esprits? ne sommesnous pas aussi corps, vivants ici-bas dans le monde visible et sensible des corps? et ne fallait-il pas, sous ce seul rapport, nous prendre où nous sommes, et par ce que nous sommes? — En second lieu, sommes-nous de simples individus pris isolément? ne sommes-nous pas des êtres sociaux, faits pour vivre en union, en communion? et, sous ce second rapport encore, ne fallait-il pas nous rallier par un moyen significatif qui opérât cette communion des volontés et des âmes et qui en fiit comme le foyer? — Enfin, à ces conditions de notre nature première, le péché n'était-il pas venu apporter une aggravation effroyable, en nous plongeant dans ces choses sensibles dont la possession nous aveuglait autant qu'elle nous divisait? et pouvions-nous dans un tel état passer au pur invisible, sans aucun procédé de transition? Ne fallait-il pas un viatique à cette âme.

En ce pèlerinage où l'éternel Amour,

Lui montrant son pays, la presse du retour * ;

et un viatique qui se senlît de l'exil tout en anticipant la patrie?

Défiez-vous de ces zélateurs du pur invisible, de ces contempteurs des sacrements et des rites sensibles qui nous y élèvent. Au fond, ce ne sont pas seulement des superbes : ce sont des charnels. Ils ne répugnent aux moyens que parce qu'ils répugnent à la fin. Pour pré-

1 , Corneille, traduct. de Vlmitation de Jésns-Chrisi.

tendre voler de leurs propres ailes, ils se vouent aux chutes les plus honteuses, et voulant faire l'ange, ils font la bête. — L'histoire de toutes les hérésies est là pour le montrer.

Et n'est-ce pas là précisément l'histoire de la première grande chute du genre humain, dans ses auteurs, qui ne péchèrent par l'esprit qu'en péchant par les sens; qui, considérant que le fruit de l'arbre de la science était beau et agréable à la vue, ne voulurent se faire comme des dieux que pour manger ?

C'était la perversion d'un sentiment vrai, et qui devait être redressé par un procédé diamétralement inverse. Oui, il est vrai que nous sommes destinés à être comme des dieux, h vivre et à jouir de la vie même de Dieu. Oui, il est vrai que nous sommes assujettis à la condition de manger. Mais, au lieu de vouloir nous faire dieux par orgueil, pour manger le fruit de mort par concupiscence, nous devons manger en humble foi le fruit de vie, pour participer à la gloire et à la félicité môme de Dieu.

Ainsi était-il convenable, au jugement même de la raison, que nous fussions ramenés à l'invisible par le visible, au spirituel par le sensible.

Plongés que nous sommes dans celui-ci et nous y étant précipités, l'Auteur de notre nature, venu pour nous en retirer, par un immense amour pour sa créature, ne pouvait nous y laisser retomber en bornant son œuvre au fait historique et dogmatique de l'Incarnation et de la Rédemption. Il n'est pas venu pour s'en aller, mais pour rester réellement Présent d'une certaine manière partout et toujours au milieu de nous; pour être DiEu-AVEC-Nous, aiusi qu'il s'était annoncé à l'avance par

son Prophète, et qu'il Ta déclaré lui-même en termes exprès. Il est venu fonder, sur son Humanité et sur son Sacrifice, tout un ordre divin de choses, qui, comme cette Humanité et ce Sacrifice mêmes, devait avoir un revêtement sensible, et devait être comme l'extension au monde de Tlncarnation et de la Rédemption opérées pour le salut du monde. H était en même temps conforme au dessein de retour au spirituel et à l'invisible qu'il se proposait, de réduire ce revêtement sensible à Vapparence, et la réalité substantielle de la chose à Vinvisible. H fallait, d'ailleurs, pour arriver à quiconque voudrait participer au divin bienfait de son sacrifice, et s'approprier la sainte Victime, qu'il les universalisât et les perpétuât. H fallait semer en quelque sorte dans le monde et dans l'avenir ce corps et ce sang de Jésus- Christ dont la reproduction devait germer dans les chrétiens pour la vie éternelle.

La Sagesse, l'Amour, laToute-Puissance, tous les attributs divins avaient à lutter d'émulation et de concours, ce semble, pour trouver et opérer une telle merveille.

Mais que faut-il à Dieu pour tout faire? Rien; rien que de très-simple et de très-digne, par cette simplicité même, de Celui qui n'a jamais voulu en imposer par des apparences mensongères, et qui réduit toutes ses opérations à la vertu créatrice par laquelle il a tiré toutes choses du néant et fait les plus grands miracles : un peu de pain, un peu de vin , et quatre paroles qui transsubstantient ce pain au corps et ce vin au sang de Jésus- Christ, ne leur laissant du pain et du vin que l'apparence.

C'est ce que nous voyons dans l'institution de la Cène.

La nuit même où il allait être livré pour la Rédemp-

lion du inonde, le Sauveur Jésus se renferma avec les siens en un dernier banquet; et, après leur avoir donné le grand enseignement du lavement des pieds, après leur avoir ouvert les entrailles de sa charité pour en répandre sur eux les brûlants trésors, après avoir fait une suprême oblation de Lui-même à son Père et stipulé pour le monde toutes les grâces de réconciliation et d'union dont sa mort allait être le prix, il disposa par testament de Lui-même, de ce Corps qui allait être livré, de ce Sang qui allait être versé pour nous, et, tous les siens suspendus à son cœur et à sa bouche, le divin Pélican les communia.

Et, comble de merveille f il communia par eux tout le genre humain, en conférant à leur Sacerdoce le même pouvoir de communier dans l'avenir tous ceux qui croiraient en Lui par leur parole ^, et auxquels il se donnait ainsi Lui-même par leurs mains.

De sorte que, dans cette première communion des Apôtres, il faut voir celle du monde. La Cène s'élargit, le Festin sacré devient universel, il dure encore, il durera jusqu'à la fin; et c'est toujours le Christ qui, debout, devant les générations qui se succèdent, dit par la bouche de ses Prêtres, à chaque fidèle de tous les lieux et de tous les temps : Prenez et mangez, ceci est mon corps;

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