Malttchie, 1, 11. — 2. Znchurio, XI
les merveilles du génie et de l'art chrétiens, qui sont l'honneur de l'humanité : toutes célestes perfections qui croissent du fond ou fleurissent sur les bords de ce mystère, et qu'il produit de sa divine fécondité.
L'Eucharistie — nom admirable, qui signifie étymologiquement la Grâce du Bien^ la Beauté du Bien, et rentre ainsi dans sa désignation prophétique — fait ainsi sa preuve par sa vertu, et la preuve de sa vertu par la vertu qu'il nous communique. Cette preuve est à toute la hauteur du mystère ; elle le vaut en prodige. Elle est ce mystère même, passé en nous: si ce n'est qu'en luimême, muet et invisible, son Objet souffre notre in-, croyance, et qu'en nous, parlant et éclatant, il ne la souffre pas, il s'impose par son évidence.
Remarquez bien en effet le phénomène de l'Eucharistie dans les parfaits chrétiens, en qui il rend toute sa vertu. Je dis que c'est le même mystère, le même prodige que l'Eucharistie même. Le mystère eucharistique consiste en effet dans la transsubstantiation invisible du pain et du vin, dont il ne reste que les apparences, au Corps et au Sang de Jésus-Christ. Or en quoi consiste son effet en nous? Dans la transsubstantiation sensible et visible, et, si le mot est trop fort, dans la transfiguration de notre nature grossière et mauvaise, en la nature angélique, divine elle-même. C'est le surnaturel manifeste et rayonnant dans le terrestre et dans l'impur. Nous étions ténèbres, et nous sommes lumière ; nous étions charnels, et nous sommes spirituels ; nous étions lâches, et nous sommes vaillants; nous étions égoïstes, et nous sommes dévoués ; nous étions révoltés, et nous sommes patients ; nous étions brutaux, et nous sommes doux ; nous étions pesants, et nous avons des ailes; nous étions
LE CHRIST, DIEU-AVl<:C-NuUS DANS L'EUCHARISTIE. 417
hommes enfin, et nous sommes anges, dieux. La chair de l'Agneau mystique devient en nous la moelle du ion, le Pain des Forts.
C'est JÉsus-GuRiSTmôme, c'est la Présence réelle \)3issée m nous, et d'invisible devenue visible : comme le soleil, ilors qu'il n'est pas ou qu'il n'est plus sur l'horizon, se ait voir sur le pic des montagnes qu'il illumine de ses eux. Quelle preuve plus manifeste t C'est lapins irrécuable qui puisse être donnée à notre faiblesse : la force le Dieu en nous.
Et je n'en appelle pas seulement ici à l'expérience inérieure et à ses sujets ; j'en appelle à ses témoins extéieurs, adverses môme, et je leur demande : Quel est le Bien, et quel est le Beau, si ce n'est le Froment des élus^ t le vin qui germe les Vierges ? « Qui pourrait contenir ( son admiration et son étonnement , redirons-nous « après saint Jean Chrysoslome, en trouvant ainsi dans ( une nature terrestre une vie angélique? Quel homme t oserait approcher, lequel oserait toucher cette âme c éblouissante? Tous s'éloigneront; car ils sont dans la ( stupeur, comme à l'aspect d'un or éclatant au feu. »
Ce fut là le grand miracle qui stupéfiait le plus les )aïens, surtout dans les martyrs, surtout dans les emmes, réputées jusque-là de moindre nature que 'homme. C'était Jésus-Christ dans ses Saints.
C'était par là mém(f, c'est encore Jésus-Christ dans e monde, germant toute civilisation de sa vertu eucha- 'istique.
Et ce que nous venons de dire de l'ordre moral n'est )as moins vrai de l'ordre intellectuel, comme le témoinent tant de grands Docteurs, tant de beaux Génies lui, comme Moïse des ténèbres du Sinaï, descendaient
de l'obscurité de ce mystère, rayonnants de ces lumières et embrasés de ces feux que leurs plumes ou leurs bouches éloquentes nous ont laissés, par la vertu de ce Pain des Anges et de cette Viande des Esprits, dont ils contractaient la nature, en se nourrissant du même aliment. Qu'aurait été le monde sans , TEucharistie ? que deviendrait-il à l'heure où nous sommes? Qu'on y réfléchisse bien : le parfait Christianisme qui a fait la civilisation et qui seul la retient encore sur le penchant de Tabîme, n'étant vivifié au fond que par TEucharislie^ qui, de ses convives, agit de proche en proche dan^f la masse entière, c'est TEucharistie, c'est la Présencf réelle, c'est Jésus-Christ à cet état qui est la vie et la lu^ mière du monde; et je ne m'étonne pas qu'un publicisl^ protestant, prenant le mot de gouvernement dans soa sens moral le plus large, ait terminé une étude sur ci sujet par cette conclusion : « Voilà donc la solution dl « la question la plus importante, après celle de l'immor- « talité de l'âme, qui puisse être présentée auxhomm « Quel est le meilleur des gouvernements? et plus on (( l'étudiera, plus on verra que cette croyance à la Pré- « sence réelle s'étend non-seulement sur tous les gou- « vernements, mais sur toutes les considérations 1 « maines, qu'elle en est comme le diapason, et qu'eu « est par rapport au monde moral ce qu'est le sol « par rapport au monde physique : Jlluminans om « homines^. »
Une dernière réflexion :
La foi chrétienne, indépendamment de ses mi
I, Filz-Willîam, Lettres d'Atiicus.
, ouves, a cela d'incontestablement rationnel et honnête, qu'elle accule toute incroyance, tout soulèvement, toute révolte, à une question d'expérimentation^ et dès lors de fait et de volonté. « Celui-là qui fera la volonté « de mon Père, dit Jésus-Ghrist, saura si ma doctrine « vient de lui, ou si je parle de mon chef^.. » —- « Qui « fait la vérité arrive à la lumière ^. » — Et enfin, sur le mystère que nous étudions, il a promulgué cette assertion : « Celui qui mange de ce Pain vivra ^. »
Les témoignages unanimes des croyants, et plus encore les fruits qu'ils portent, ne vous suffisent pas? Expérimentez vous-même la foi. Il est dit des disciples d'Emmaûs, qui étaient en compagnie de Jésus-Chrtst sans le connaître, que, pendant qu'il était à table avec eux, il prit du pain, le bénit, et, l'ayant rompu, le leur donna, et qu'aussitôt leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent à la fraction du pain "*. Ce qui s'est passé là n'a jamais manqué son effet sur tout homme de bonne volonté qui s'est mis dans les dispositions, rationnellement morales d'ailleurs, voulues pour participer à ce mystère.
Que si vous ne vous sentez pas la force de le faire, qui est, au fond, la force de devenir meilleur, ne tirez pas argument de votre faiblesse. Ne vous érigez pas en juge de ce qui vous condamne. N'imputez pas à difiiculté de croire ce qui est difliculté de faire. Àbstenezvous de prononcer, puisque vous vous abstenez de pratiquer, en une matière qui est toute de vertu et dès lors d'action.
1. Jean, VII, 17. — 2. Jôan, III, 21. — 3. Jean, VI, 59. — 4. Luc, XXIV, 30, 35.
N'opposez pas rincompréhensibiliié , c'est-à-dire le divin du mystère, en un sujet tout divin.
Le mystère, dans Tordre purement naturel, vous arrête-t-il? Nullement. Comprenez-vous qu'un grain de blé mourant en terre produise un épi, et cet épi, une moisson? comprenez-vous que le pain qui en est fait se transforme en sang et en chair de celui qui le mange? que diriez-vous cependant de celui qui, parce qu'il ne comprend pas ces mystères, ne voudrait pas semer, ne voudrait pas manger ?
Il n'y a pas moins de mystères dans la nature que dans la religion : que dis-je ? il n'y en a pas moins dans les œuvres de nos industries, qui ne sont que les mystères de la nature manipulés pour être appliqués à nos besoins. La seule différence, c'est que les uns tournent à la satisfaction terrestre de nos appétits, et les autres à leur céleste réformation.
Les incroyants sont aux mystères de la religion ce que les sauvages sont aux merveilles de la civilisation.
Le Christianisme est une civilisation surnaturelle, âme de toute civilisation naturelle, dont les mystères ne nous effrayent si fort, que parce que nous les jugeons d'un état inférieur de ténèbres et de misère que nous lui préférons, et dont Jésus-Curist, divin Orphée, est venu nous retirer.
LE Christ,, chev du corps mystique de l'Église, Pontife des biens futurs.
L'Eucharistie pourvoit à un des deux grands besoins de l'humanité : l'Amour. Restait le second à satisfaire : la Vérité.
Ces deux besoins, pervertis en nous par notre déviation de leur Objet, sont toujours en quête de lui. Ils le cherchent dans les créatures ou en nous-mêmes, c'està-dire dans ce qui n'en est que l'ombre : et rien ne démontre plus clairement ce grand et unique Objet que la déception de cette poursuite. Qui est-ce qui a trouvé icibas un amour à la satisfaction de son cœur, ou une doctrine à la satisfaction de son intelligence, qui réponde à toutes nos exigences, qui réalise toutes nos illusions, qui tienne toutes ses promesses, qui dure autant que notre âme, et ne nous laisse pas soupirants? Hélas! si courte que soit cette vie, elle est encore de beaucoup trop longue pour une telle satisfaction. Nous n'y portons que des deuils, deuils de nos attentes ou deuils de nos possessions, et, comme des naufragés, nous n'embrassons que
des épaves 1 Qu'en est-il donc de la vie qui ne finit pas, de cette vie où, d'un instant à l'autre, nous pouvons entrer par une porte à laquelle nous laissons forcément tout, survivants immortels à cette grande ruine, et vides cette fois, même de toute ombre, même de toute illusion d'amour et de vérité, si nous ne nous sommes pas pourvus par avance de l'Amour et de la Vérité mêmes.
Chose étrange ! nous nous plaignons que l'amour de Dieu soit infini, et que sa vérité nous passe dans le Christianisme, nous qui nous plaignons d'autre part que nos amours soient finis et que nos connaissances soient bornées! Nous nous faisons des dieux d'argile, que nous douons, à notre grande déception, d'infinité; et quand cette infinité s'offre à nous dans le Dieu véritable, nous voudrions la réduire à la dimension de ces faux dieux qui ne nous suffisent pas! Mais que mettons-nous autre chose dans ceux-ci que ce que nous repoussons dans celui-là, plus le mensonge? L'amour et la vérité à l'infini, c'est ce que nous demandons, c'est ce que nous voulons, c'est ce que réclame notre nature; et, contraires à nous-mêmes, voici que quand ils viennent à nous, nous sommes comme des mendiants qui se plaignent de trop de richesses : nous préférons la quête à la possession.
Les hommes, avant le Christianisme, écrivait saint Paul aux Romains, étaient déjà inexcusables de ce que, Dieu leur ayant été notifié par la connaissance que ses créatures -nous en donnent, ils ne l'avaient pas glorifié comme Dieu, mais avaient transféré l'honneur qui lui est dû à ces créatures mêmes qui le leur faisaient connaître, et s'étaient par suite déshonorés euxmêmes en se livrant à toutes les ignominies de leurs passions. — Mais combien plus nous!
Car enfin, les Anciens en étaientvenus à perdre la piste de la Vérité. Mais avec quelle ardeur cependant ils la recherchaient, et souvent en approchaient, revenant en arrière par les traditions, se lançant en avant par le désir et Tespérance, flairant, si j'ose ainsi parler, de tous côtés ses divines émanations, et relevant souvent ses traces par des traits de lumière qui confondent notre infidclilé.
C'est pourquoi Dieu, prenant en pitié ces temps d'ignorance, comme saint Paul le disait aux Athéniens, est venu une fois pour toujours fixer sa Présence réelle au milieu de nous, se faire Dieu avec nous par deux grandes merveilles, où, écartant les voiles épais de la Création, et ne gardant que ceux qui, en tempérant sa gloire, éprouvent notre fidélité, il répond inépuisablement à notre cœur comme Amour, et infailliblement à notre esprit comme Vérité : — TEucharistie et l'Église.
De l'Église comme de l'Eucharistie il a dit : « Voici « Moi-même, je suis avec vous jusqu'à la consommation « des temps. » Et il ajoute, entrant dans ces deux Institutions : a Les portes de l'Enfer ne prévaudront pas « contre elles. »
Je dis ces deux Institutions, non divisément; car c'est aux mômes Apôtres auxquels, parlant de l'Eucharistie, il a dit : « Faites ceci en mémoire de moi, » qu'il a dit : « Allez, enseignez toutes les nations, leur apprenant à « garder tout ce que je vous ai commandé ^ »
L'Église comprend ainsi tout : la doctrine comme vérité, les préceptes comme morale, les sacrements comme grâce: la Chaire, le Tribunal, l'Autel : Jésus- CuRisT tout entier.
t. Malth., XXVIII. 11), 20.
Qu'est-ce que TÉglise, en effet?
L'Église, comme l'étymologie de ce mot l'indique, est une Société spirituelle unique, dans l'universalité multiple des sociétés temporelles.
C'est un corps, et c'est une âme.
C'est un corps qui se compose de tous ses adhérents comme membres, et de Jésus-Ghrist comme Chef et comme Cœur.
Le genre humain est un composé de corps nationaux et sociaux, dans chacun desquels on peut distinguer encore des corps divers, tels que la magistrature, l'armée, etc., qu'on appelle tels, parce qu'ils constituent des êtres moraux dont tous les membres vivent et fonctionnent en unité de vues et de devoirs naturels pour le but temporel auquel ils sont consacrés. L'Église est de même un corps. Mais il diffère éminemment de tous les autres, en ce que ses vues sont surnaturelles, ses devoirs spirituels, et son but éternel ; en ce que sa vie lui venant exclusivement de Jésus-Christ en elle, et en Lui de Dieu, a pour fin Dieu même : notr^ participation, par sa grâce, à sa gloire et à sa félicité, afin — comme le dit Jésus- Christ dans sa prière à son Père — « que tous ils soient « un, comme vous, Père, êtes en moi et moi en vous; « afin qu'eux aussi soient un en nous ^ »
C'est ce sublime et divin caractère de la vie de l'Église, mystérieux comme tout ce qui est divin, qui l'a fait appeler un corps mystique; parce que son chef et son lien Jésus-Christ y est d'une manière cachée et qui n'apparaît que par son efficacité.
Quand le Verbe éternel, Fils de Dieu, se fit Fils de