‹ Jésus-ChristChapitre 139 sur 158 · Jean, XII, 24, 25. — 2. Jean, XII · texte numérisé non relu

Jean, XII, 24, 25. — 2. Jean, XII

Esprit^ sa Vérité, son Amour, ses Grâces, Lui-môme tout entier, pour qu'elle fût comme son Semoir universel et perpétuel dans le monde.

Et alors, le fait vint justifier toutes les paroles en ellesmêmes si formelles de l'Institution, sans qu'il fût possible d'y insinuer aucune équivoque. Les Apôtres, premiers instruments de la propagation de Jésus-Ghrist, malgré ses enseignements, malgré sa mort, malgré sa résurrection, malgré son ascension, restaient stériles ; ils n'étaient pas eux-mêmes fécondés ; Jésus-Christ ne produisait encore rien, et toute l'œuvre semblait avortée, jusqu'au jour assigné par lui, où le souffle et la flamme de son divin Esprit, tombant sur leur sacré Collège, les transforma l§s premiers et les mit en action : cette action première de l'Église que nous voyons dans \q^ Actes des Apôtres, que Rousseau a si justement appelés une histoire de prodiges, qui prouve à la fois e.t indivisément, par la preuve la plus authentique et la plus indiscutable qui fut jamais, Jésus-Christ et son ÉGLISE. Pour manifester celle-ci, Jésus-Christ opéra plus par elle qu'il n'avait opéré par lui-même.

On sait le reste, et que, sans interruption ni variation, l'œuvre a continué comme elle avait commencé, que l'Église n'a cessé d'être et de fonctionner depuis vingt siècles jusqu'à cette heure, telle qu'au premier jour, et qu'à cette heure même, après avoir tout usé, elle est inusable, indéfectible, sainte, infaillible, indestructible, sans tache, sans ride, soutenant l'assaut de toutes les puissances du mal coalisées contre elle, et jetant dans toutes les directions, jusqu'aux extrémités du monde, la semence de Jésus-Christ.

Par là, Jésus-Christ, qui n'était d'abord que le grain,

LE GHHlbT, CHEF DU COHl^S MïtSïiubi;. bE L'ÉGLISE. 427

csl devenu la moisson, et quelle moisson ! moisson de lumière, de sainteté, de gloire, dont le champ est le monde, dont les gerbes sont les élus, dont la grange est le ciel.

Il n'avait d'abord, qu'une humanité; mais par l'Église il s'est incorporé Thumanité. Je dis Thumanité : l'humanilé libre, sans doute, de résister à sa vocation et qui ne peut que se perdre en dehors de Lui, mais qui, en Lui seul et par Lui seul, parvient à sa vraie vie et à sa vraie destination ; le Vrai, le Bien, le Beau, ce qu'elle veut, ce qu'elle cherche : Dieu même. Il recrute ainsi de tout le genre humain et il s'assimile, pour l'assimiler à Dieu, tout ce qu'il y eut, tout ce qu'il y a et tout ce qu'il y aura dans la succession des âges, d'âmes le voulant, et qui ne l'eussent jamais pu sans Lui : toutes celles qui ont précédé sa venue, comme toutes celles qui ont été ou qui seront après.

C'est là le corps mystique de Jésus-Christ, dont il est le Chef, l'Adam. C'est là l'Église, qui comprend ainsi le meilleur de l'humanité de tous les temps et de tous les lieux, par la foi explicite ou implicite à Jésus- CuRisT, dans la mesure de la lidélité à répondre à sa lumière et à son attrait, à proportion qu'on en est touché. 11 va ainsi à travers les âges, s'agrégeant tous les élus, les enfantant dans toutes les épreuves de ce monde, qui ne sont faites que pour eux, et les engendrant à la vie qui ne finit pas. Figurez-vous tous les justes avant et après Jésus-Christ, mais en vue de Lui : les Patriarches, les Prophètes, les Justes, les expectants, tous les croyants fidèles à la tradition et à la promesse chez tous les peuples ; puis, les Apôtres, les Confesseurs, les Martyrs, les Vierges, les Pontifes, et ces myriades d'âmes saintes connues ou

inconnues, que nul ne saurait compter, de toutes nations, et tribus, et peuples, et langues, debout devant le trône et devant l'Agneau, tous venus de la grande tribulation à réternelle félicité : c'est là X Eglise triomphante.— Figurez-vous ensuite tous ceux qui, selon la foi universelle du genre humain, n'étant pas indignes de guérison^ comme dit Platon, achèvent de purger, dans un monde de transition, la souillure qu'ils ont contractée ici-bas : c'est là X Eglise souffrante, — Et, enfin, représentez-vous tous ceux qui combattent sur la terre le bon combat de la justice et de la vérité : c'est là V Eglise militante. Et ces trois états ne faisant qu'un seul corps dont Jésus-Christ est le Chef générateur triomphant, expiant, ou militant dans tous ses membres : c'est là l'Église, l'Unique, la Grande Église.

Jésus-Christ, par là, est le grand Pontife et le grand Médiateur de l'Alliance de Dieu avec les hommes et avec toute la création ; pacifiant toutes choses au ciel et sur la terre par son sang, étant à la fois Victime et Sacrificateur-Pontife, pour opérer la Rédemption éternelle, nous ouvrir par les mérites de sa mort le trésor des biens futurs, et nous y faire arriver par son Église.

Par là encore, il est Seigneur et Roi : Souverain universel, sans distinction, des justes et des réprouvés, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas. Toute créature, en effet, étant appelée à sa fin céleste, le Christ à cette fin, autant que comme Principe, a juridiction sur toute créature, et son Église pareillement : car comment pourraitelle enfanter les élus pour le ciel, si elle n'avait le droit de les tirer de tous les appelés sur la terre ? Par ce titre seul ^'appelés, tous relèvent de sa maternelle Autorité. L'Église n'est pas ainsi seulement le Corps mystique*

de Jésus-Christ en vue des biens futurs ; elle est, par le travail que réclame cette fin, l'Ame des biens présents. Comme elle ne nous fait parvenir aux premiers que par les vérités et les vertus qui nous y élèvent, par ces vérités et ces vertus mêmes, elle est l'arôme générateur et conservateur des seconds.

I L'Église de Jésus-Christ, en un mot, est comme la forme sociale de Dieu dans l'histoire, donnant elle-même sa forme aux sociétés dans le temps, tout en formant les Élus pour la société céleste avec Dieu dans l'éternité.

LE Christ, souverain Juge des vivants

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