INSUFFISANCE DE CES DEUX RAPPORTS. — L HUMANITE EN DISGRACE
Ainsi donc, Dieu s'atteste à Thomme par trois témoignages divers qui constituent la Révélation naturelle : la Nature, la Conscience, la Providence.
Dans la Nature, il est visible, mais muet et impersonnel. Dans la Conscience, il est parlant et personnel, mais intérieur et invisible. Par sa Providence, il revêt un mode extérieur comme nos actes, il se fait acteur et coryphée sur la scène des événements^ Mais, bien que son action soit considérable et merveilleuse à qui sait l'observer, disposant les choses à travers leur chaos, disposant de nous sans toucher à notre liberté et par celte liberté même, faisant tourner à ses fins nos actes quels qu'ils soient, bops ou mauvais, toujours, et intervenant parfois par des coups qui renversent tous nos rôles et tous nos plans et trahissent sa main, cependant l'illusion de notre activité libre est telle, le tumulte et la pous-
i • G^étalt là, en effet, le rôle des chœurs dans U tragédie anUquo, lu iiiiaient la Gonscienoe et la Providence,
sière que nous faisons couvrent tellement son jeu et son ordonnance, que nous ne le voyons pas, ou que sous les noms de Fortune, de Hasard, de Destin, nous lui imputons tout l'aveuglement de notre ignorance et tous les caprices de nos passions.
Ce n'est donc pas encore là le Dieu qu'il nous faut, et tout en le professant par le profond sentiment de sa dépendance, jamais l'humanité n'a pu s'en contenter.
Ce sentiment même de sa dépendance la sépare de Dieu.
Ce n'est pas en effet cette simple dépendance de l'ouvrage par rapport à l'ouvrier, que l'humanité sent en elle, c'est plus : c'est la contradiction d'un coupable avec son juge ; c'est un état de disgrâce, un poids d'inimitié, par rapport à l'ordre éternel violé, une propension malheureuse à renouveler cette violation comme par un prolongement de chute, et cependant une aspiration invincible à se relever, à se redresser, à se réhabiliter, sans le pouvoir de soi.
Je n'emprunte pas la notion de ce sentiment à telle ou telle croyance ; je la prends comme état de l'humanité partout et toujours, comme témoignage universel de la nature humaine, l'explication n'en existât-elle pas.
Un grand ennemi de toute croyance a très-bien constaté ce fait humanitaire : « Les Anciens, a dit Proudhon, accusaient de la présence du mal dans le monde la nature humaine. La théologie chrétienne n'a fait que broder à sa façon sur ce thème ; et comme cette théologie résume toute la période religieuse qui depuis Torigine chrétienne s'étend jusqu'à nous, on peut dire que le dogme de la prévarication originelle, ayant pour lui