aux Corinth., X
nie. Dieu qui, suivant le plan de sa Révt'lation, a posé son œuvre sur la folie et la faiblesse de la Croix, voulant que ce caractère ne dégénérât pas en sagesse et en force humaines, ut non évacuetur crux Christi^, a choisi pour glorifier cette Croix, la porter du Golgotha au Gapitole et la faire adorer de Funivers, des ouvriers du môme ordre, qui déjouassent à jamais la prétention de l'orgueil humain de s'attribuer le succès, et le confondissent par le mépris môme qu'on aurait pour eux. Tels étaient les Apôtres et les Évangélistes : hommes simples, incultes et sans lettres, annonçant néanmoins la sagesse aux parfaits"^. (( Et moi, disait saint Paul aux délicats de la Grèce et « aux superbes de Rome, je ne viens point à vous avec (( la pompe de la rhétorique humaine ou de la philoso- « phie: car je ne me suis rien estimé savoir que Jésds- «c Christ, et encore crucifié ; afin que votre foi ne relève « pas de la sagesse des hommes, mais de la seule force « de Dieu*. »
Voilà ce qui peut encourager les plus humbles efforts. L'art humain ici* n'a que faire. Il faut le dépouiller quand on le possède, et c'est presque une avance quand on en est dépourvu; parce qu'on est plus à l'Esprit divin du sujet qui peut seul s'expliquer lui-même, et qui n'incline ses dons qu'à proportion qu'on est vide de soi pour les recevoir. C'est le cas d'appliquer cette parole de David, élevé de la condition de pâtre à celle de Prophète-Roi : Quoniam non cognovi litteraturam ^ introibo in potentias Dornini*,
1. Ifo aux Corinthiens, I, 17. — 2. Id., il>id„ 11, G. — 3. /</., 4. P«. LXX, 15.
Ces conditions de l'étude de l'Évangile en laissent donc le champ libre, même après les grands travaux et les sublimes élévations qui devraient le plus décourager.
Comme il en est dans le magnifique tableau de la Transfiguration de Raphaël, sans viser à nous élever avec Moïse et avec Élie dans les splendeurs du Thabor, nous pouvons, au pied de la montagne, nous essayer, comme les disciples, à guérir des aveugles et à délivrer des possédés.
Ce n'est pas que, même ainsi considérée, même ainsi réduite, nous ne comprenions la grandeur de celle entreprise.
Quelle est-elle en effet?
Dans nos précédents travaux sur le Christianisme, nous avons exposé ses preuves philosophiques, historiques, doctrinales et morales; —nous avons gravi les hauteurs de son dogme pour en saisir le Plan divin ; — nous avons vengé sa vérité des attaques de l'hérésie et de l'incrédulilé et nous l'en avons fait profiter ; — nous avons fait valoir ses relations puissantes avec le besoin, la raison, les moyens et le bonheur de croire, impérieusement éprouvés ou réclamés par l'âme humaine; — nous avons enfin sondé l'abîme creusé au sein de la société moderne par le régime public de l'État sans Dieu, et nous avons signalé l'Ordre Chrétien comme le seul port de refuge dans la tempête; — nous avons ainsi, autant qu'il était en nous, exploré tous les aspects et embrassé tous les rapports de cette divine et miséricordieuse Alliance du ciel avec la terre.
Mais tout cela n'est que rayons et que rellcts.
Aujourd'hui, et comme dernière application de notre esprit à cet insondable sujet, nous voudrions pouvoir oser davantage : envisager l'Astre môme dans son lever et dans son foyer ; le Dieu, non plus dans son œuvre, mais dans sa Personne. Nous convions le lecteur à faire avec nous un voyage au pays de TÉvaugile, à remonter aux sources du Sauveur, à nous faire de sa suite, à nous attacher à chacun de ses pas, à recueillir chacun des mots sortis de cette bouche du Verbe qui a épanché avec plénitude sur le monde la Grâce et la Vérité.
Nous avons toujours eu le dessein d'une telle entreprise, dont tout ce que nous avons essayé jusqu'ici n'a été que des préludes et que des emprunts. Dans la naïveté de nos jeunes années nous nous y sentions attiré comme par un appel secret, dont nous ne retrouverons sans doute pas aujourd'hui la fraîcheur. Mais depuis, nous avons reculé de plus en plus devant sa redoutable profondeur et sa périlleuse délicatesse. Nous reculerions encore, nous reculerions toujours, si nous ne sentions la terre manquer derrière nous, et si, avant de quitter la vie, nous n'avions à cœur de « voir ici-bas de nos yeux le « Sauveur qui a été préparé à la face de tous les peuples (( pour être la lumière qui doit éclairer toutes les na- « tionsS » et de nous envelopper dans sa contemplation comme dans un beau et honorable suaire.
Ceci n'est donc pas proprement une œuvre. C'est, avant tout, une satisfaction. Comme cette humble femme