TÉMOIGNAGES PROFANES IMMÉDIATEMENT ANTÉRIEURS
Nous venons d'indiquer en quelques traits rapides, mais suffisants à mouvoir la réflexion, ce qu'est, depuis qu'il a paru, cet Être qui s'est dit l'envoyé de Dieu, et Dieu même en lui, répondant aux aspirations de l'humanité.
Mais le genre humain ne date pas seulement de cette époque de sa venue. Quarante siècles avaient précédé. S'il n'est pas mort sans retour comme un autre homme, si sa vie a même éclaté dans sa mort, et s'il vit depuis jusqu'à être à jamais la vraie vie du monde, il est né du moins comme un autre homme, et par là il aurait fait défaut au monde ancien qui ne l'aurait pas connu. Tout un hémisphère de l'humanité, et cette humanité môme, dès lors, dans son tout, ne relèverait pas de lui, comme cela devrait être s'il en était le Dieu. Il y a plus: le témoignage que lui rend le monde moderne, si grand qu'il soit, en serait moins rigoureux, et n'apparaîtrait plus que relatif. Car enfin, tout grand homme se survit dans
une certaine mesure, etinflue sur la postérité. Jésus-Christ est le plus grand, et nul de noire race ne peut approcher de lui par celte survivance et cette influence. Mais ce n'est là qu'une question de degré. Ce n'est donc pas seulement de la mort qu'il faudrait nous le montrer vainqueur: c'est du néant. Ce n'est pas l'immortalité, c'est l'éternité qui devrait être son partage. Naître accuse plus la dépendance de la créature que mourir. Car on ne meurt pas toujours tout entier. On est maître en quelque sorte de sa tombe. Mais qui jamais l'a été de son berceau, de sa naissance ? Le plus grand et le moindre sont absolument par là au même niveau, et Alexandre ou Homère, dont on parle encore, n'ont préludé par le plus léger murmure à ce qu'ils seraient, ni même à la question de savoir s'ils seraient. ^Non-seulement il eût pu se faire qu'ils n'eussent jamais été que des germes avortés dans le sein de leur mère, et inconnus même de celle-ci, mais ils auraient pu ne pas être conçus. Ici la loi de la contingence est absolue. L'inconnu, le silence, le néant sont souverains, et nous ont tous également enveloppés dans le non être avant qu'il nous fût donné d'en sortir. En un mot on peut survivre : nul n'a jamais préexisté.
Quel a été le sort de Jésus-Curist à cet égard ? En at-il été de lui comme de tous les vivants, improvisés à l'existence? A-t-il eu un commencement?
Je l'ignorerais historiquement que j'affirmerais, par simple induction logique, qu'il n'en est rien.
Qui est maître de sa mort, en eiTet,est maître desa vie. Qui est à l'épreuve de cette parole : « Je donne ma vie pour «la reprendre. Personnene mêla ravit : maisje la donne « do moi-même, et j'ai le pouvoir de la donner et le puu-
« voir de la reprendre \ » celui-là s'est donné h lui-même cette vie qu'il a pu reprendre. Il la domine nécessairement d'une vie supérieure, antérieure à sa naissance comme elle a été postérieure à sa mort. Or ce que Jésus- Christ a dit là, il l'a fait. Il est mort, il est vrai, mais, tout au contraire des mortels qui meurent par infirmité, il est mort par puissance. Et par la même puissance il a repris sa vie. Il l'a tellement reprise qu'il en a fait largesse au monde à partir de ce jour seulement où il l'a reprise. Il vit plus depuis que durant son apparition mortelle. Il a tiré de sa mortune vie plus grande, et qui celle-là n'a plus rien à voir avec la mort. Il a transformé l'instrument même de cette mort en un piège où il l'a prise, en un char de résurrection et d'ascension pour son humanité et pour toute rhumanité dont il est le chef vainqueur de la mort à jamais. Et qu'on ne dise pas que tout ceci est de l'ordre de foi et n'est pas de nature probante à qui est étranger à cet ordre. Le fait enveloppe ceux mêmes qui feraient cette difficulté. L'humanité encore une fois ne vit que de cette vie de Jésus-Christ, tellement qu'elle meurt quand elle s'en sépare. Vie qui comprend tout, l'ordre religieux, l'ordre moral, l'ordre social et tous les intérêts temporels qui s'y rattachent, suspendus aujourd'hui plus que jamais à Jésus-Christ. La foi et le fait ici se donnent la main. Une seule chose est réservée à la pure foi, c'est que, après avoir été la vie des sociétés dans le temps, Jésus -Christ soit la résurrection de chacun de nous pour l'éternité. Mais cette croyance a pour gage cette vie incontestablement donnée par Jésus-Ghrist au monde ici-bas.