Suétone, Vie d'Octave Aug,, c. XCIV. — 2. Is., XLV
rée sur la grandeur des expressions, Timportance de ce personnage devrait le désigner à tous les regards.
Mais il suffît de poser la question.
Elle n'est pas de prétendre que Fintenlion de Virgile ait été de chanter Jésus-Christ. On n'a jamais dit cela. Elle est tout entière et uniquement de savoir si, oui ou non, Virgile, évidemment sous l'influence de ce pressentiment universel de la venue de Jésus-Christ, qui se traduisait partout autour do lui, et que le roi Hôrode avait plus particulièrement porté dans ses relations avec son ami Pollion, à qui précisément Virgile dédie son églogue, n'a pas emprunté son thème d'adulation à cette impression générale, et n'a pas transporté t\ son pâle héros, comme Joséphe le fit plus tard à Vespasien, cette attente du genre humain. Voilà toute la question. Or, l'affirmative n'est pas sérieusement discutahle. Le célèbre Heyne, qui est du parti de ces lettrés auxquels je réponds, convient lui-môme qu'il y avait un oracle antique des Sibylles qui annonçait pour ce temps une immense rénovation, et que Virgile, pn le commentant ingénieusement, a usé largement de cet oracle : Uoc itaque oraculo et vaiicinio seu commento ingentoso commodo usus est Virgilius ^.
t. Virgile de Heyne. Londres, 1793, t. I", p. 74. — La question d'ailleurs pourrait se résoudre en une siujple question çle goût. Comment atlmellre que Virgile, si le Ion de son églogue ne se justiOail par le souffle prophélicjuc qui régnait alors, se fût montré si emplia- Uque, lui (jul ne Test jamais? Je parlais de la lyre de Virgile : ici c'est une hnrpe^ une harpe éolienne montée au diapason sacré.
D'aulro part, les relations d'IIérode avec Pollion, et par conséquent avec Virgile, nous sont attestées par Josèphe. Pollion élail l'intime ami d'IIérode, et c'est dans sa demeure que celui-ci descendait quand il venait ;\ Rome (A;jfi(/Hi/t'.v, liv. XIV, ch. xxv ; et liv. XV, oh. xm). Là, Virgile dut se rencontrer avec Hérode. Pollion, en ellol, n'était
Virgile lui-même ne s'en cache pas.
Sicelides musge, paulô majora canamus...
Ultima Cumaîi venit jam carrainis œtas...
C'est ainsi qu'il débute.
Et enfin , veut-on quelque chose de plus fort? c'est l'emprunt lui-même pris sur le fait, emprunt direct ou indirect aux Livres Saints dont les oracles des Sibylles n'étaient qu'une dérivation altérée.
Qu'on explique autrement cette similitude, pour nous borner ici à un seul trait :
pas moins l'intime ami de Virgile. C'est lui qui lui avait fait rendre ses biens, qui lui avait même personnellement sauvé la vie à Manloue ; et il était pour lui en réalité le Deas iiobis hxc otia fecît de la première églogue. Combien Virgile devait-il être empressé auprès d'un tel bienfaiteur ! PoUion, d'ailleurs, d'un caractère des plus nobles, et qu'Auguste, qui ne l'aimait pas à cause de son républicanisme, ne pouvait s'empêcher d'estimer, était un des hommes les plus éloquents et les plus lettrés de son temps. Le premier, il étaWit dans Rome une bibliothèque ouverte à tous ceux qui pouvaient en profiter, décorée de chefs-d'œuvre des artistes grecs et de statues des grands hommes. Là, donc, dans ce sanctuaire des belles-lettres et de tout ce qui pouvait intéresser le mouvement des esprits, PoUion dut faire à Virgile et à Hérode les honneurs de l'un et de l'autre. Hérode ne put pas ne pas y apporter les préoccupations qu'il y trouvait déjà, touchant cet avènement du Messie qu'il redoutait, et dont il s'arrogeait lui-même le titre jusqu'à donner naissance à la secte des Hérodiens. Qu'y a-t-il d'invraisemblable, dès lors, à ce que, la conversation roulant sur ce grand sujet, il ait ouvert à Virgile une échappée sur les oracles juifs? Ne semble-l-on pas les voir tous trois penchés sur nos Prophéties, répandues alors par la traduction grecque des Septante, et s'arrêtanl sur les plus éclatantes? De là a dû naître le chef-d'œuvre lyrique de Virgile, l'églogue à PoUion.
Ceci, du reste, est une conjecture à laqueUe je n*ai pas besoin de m'attacher, si plausible qu'elle soit. L'état général des esprits suffit à la démonstration .