‹ Jésus-ChristChapitre 24 sur 158 · AGGÉE · texte numérisé non relu

AGGÉE

Ego commovcbo cœlum, et terram, et marc, et aridam, et movebo orancs gentes, et veniet Desideratas cunctis gentibus ^

Je ne m'attache pas à la similitude des expressions; mais n'est-ce pas le même souffle, venant frapper la Muse et lui faire rendre un môme son? Et ce souffle qui agitait Tair de ce siècle ne passe-t-il pas l'ordre politique, Tordre romain , pour mouvoir l'humanité tout entière, et plus que l'humanité, la Nature même d'un tressaillement surnaturel?

Le monde entier était monté sur ce mode qui afi'ectait toutes les formes, critique, lyrique, historique. Le colosse romain sentait d'inslinct providentiel, que toutes les révolutions des empires, depuis leur fondation , ne les avaient agglomérés en un seul , que pour que celui-ci cédât le Siège à une Puissance sacrée, qui appliquerait au genre humain une Loi nouvelle, apportée du Ciel au monde par ce Monarque universel auquel il fallait croire pour être sauvé.

Voici deux autres grands témoins de cette vérité. Ils n'ont jamais été produits, si ce n'est incomplètement dans mes Etudes. Je vais les reprendre, en les faisant mieux ressortir.

Ce sont les historiens Polybe et Tite-Live.

J. Chap. H, 7-8.

On est assez disposé à ne voir dans le Discours sur V Histoire Universelle de Bossuet qu'une Oraison pour le Christianisme. On se tient en garde à sa lecture contre deux caractères de son auteur : le pontife catholique et l'écrivain de génie. Le pontife est intéressé et prévenu. Il ne cache pas lui-même qu'il retrace les révolutions des empires en regard des Prophéties qui les avaient prédites en vue de Jésus-Christ; et quand il les y rapporte, il a l'air de les y plier. Son génie d'autre part, si supérieur dans cette œuvre, semble perdre en persuasion tout ce qu'il conquiert par ascendant. Sa main semble précipiter à plaisir ces Empires les uns sur les autres avec uiî fracas effroyable : Mèdes , Perses, Égyptiens, Grecs, Alexandre et ses successeurs, venant se perdre en débris dans le seul Empire Romain; et lorsque , arrivé à la bataille Actiaque, après nous avoir représenté César domptant les dernières résistances du monde vaincu et ramené à Tunité, fermant le temple de Janus, et tout l'univers vivant en paix sous sa puissance.

TÉMOIGNAGES DE POLYBE ET DE TITE-LIVE. aM

,1 termine par ce cri : et Jésus-Chrtst vient au monde! il semble trop triompher pour convaincre.

Mais que dirons-nous si, avant la venue de Jésus- Christ, dans un milieu tout à fait païen, sous une préoccupation entièrement étrangère, si non contraire à

tte dévolution de la puissance romaine à Jésus-Christ

à son Église; au centre môme de ces révolutions des empires qui allaient aboutir à cette fin ; nous trouvons, sous la plume des deux plus froids et plus graves historiens de cette époque solennelle de l'humanité, le pressentiment le plus justificatif de cette vue de Bossuet, faisant avec lui comme la consonnance de deux voix qui se répondent des deux côtés de l'événement qui les sépare ?

Or, c'est là précisément le curieux spectacle que nous donnent les témoignages de Polybe et Tile-Live rapprochés de quelques autres du môme temps avec lesquels ils font corps.

Polybe, dont la sagesse a voilé la gloire , est une des plus nobles figures de l'Antiquité. Il a touché à toutes les affaires du second siècle avant Jésus-Christ : en Grèce, en Asie, à Rome, en Afrique, et on pourrait l'appeler comme le récit qu'il en a fait, universel. Après avoir été l'élève de Philopœmen, dont il eut l'honneur de porter l'urne cinéraire aux funérailles de ce grand homme, qui furent celles de la Grèce, il devint à Rome, où il fut envoyé comme otage, le maître et l'ami de Scipion, qu'il aida de ses conseils à la prise de Carthage. 11 fut, en un mot, le modérateur, le sage et le politique de ce siècle si décisif dans les affaires du monde, et qu'il traversa presque tout entier (de 200 à 120). Vers l'an 150, il eu composa une histoire qui, sauf le génie, est comme

le Discours de Bossuet. Iirintitule lui-même : KatlwUken, universelle, et ce titre nouveau alors est déjà une signification. .

Or, dans cette histoire , la vue qui domine et qui en résume la leçon est celle-ci :

« Les événements, dit-il , amènent le monde à une « certaine Unité.,, Avant cela, les choses qui se passaient « dans le monde n'avaient aucune liaision (cette liaison, « Bossuet après, et Daniel avant nous Font montrée). Mais « depuis, tous ces faits se sont réunis comme en un seul « corps. Les affaires de Fltalie et de l'Afrique n'ont formé (( qu'wnsew/ tout avec celles de l'Asie et de la Grèce; toutes « se sont 7'apportées a une seule fin... La Fortune a de nos « jours incliné) pour ainsi dire, d'un seul côté l'Univers, « et forcé toutes choses à tendre vers un même but^»

Cette unité, cette fin, ce but^ quels étaient-ils? Si on le demandait aujourd'hui à un enfant, il répondrait sans hésiter : Jésus-Christ et son Église; et nul parmi les plus hardis ne se risquerait à le contester.

Mais Polybe l'ignorait entièrement, il constate seulement, au premier moment où il se dessine, le fait d'une inclinaison des choses et d'une préparation extraordinaire des événements à une grande fin ; et l'ignorance même de cette fin donne à son témoignage une valeur d'autant plus haute, venant singulièrement appuyer l'argument de cette préparation de l'univers au Christianisme invoqué depuis.

Cette préparation , il l'attribue à ce qu'il appelle la Fortune, Mais, sous ce mot, il faut voir dans sa pensée un sens plus élevé. Polybe était exempt de toutes les

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