‹ Jésus-ChristChapitre 25 sur 158 · Prologue et liv. I · texte numérisé non relu

Prologue et liv. I

croyances superstitieuses de son temps. Il n'avait peut- ^Ire pas le sens du divin dans sa prodigalité païenne. Mais il résulte de son Histoire, comme Ta relevé son traducteur Dom Thuillier, qu'il croyait, sous le nom de Fortune, en une Providence qui dispose et conduit toutes les affaires de ce monde à ses fins. Gela ressort d'ailleurs des passages que nous venons de citer : Amener le monde à une certaine unité ; rapporter toutes les affaires du monde à une seule fin, incliner l'univers d'un seul côté , forcer toutes choses à tendre vers un même but, éloignent l'idée de hasard, et impliquent celle de dessein, de conseil, de préméditation, en un mot, de Providence. Quoi qu'il en soit, dans cette tournure providentielle des événements, que Polybe a eu le privilège de voir et de dénoncer le premier, Dieu apparaissait de plus en plus à tous les regards, et toutes les bouches ne tardèrent pas à le proclamer.

— « Quel est l'homme si stupide, disait Gicéron, qui, pour peu qu'il lève ses regards vers le ciel , ne sente qu'il existe des dieux, et ne reconnaisse en môme temps que ce n'est qu'à leur protection toute particulière que notre Empire immense a dû son origine, son accroissement, et son assiette ^ ? »

— ft Le cours heureux de leurs affaires, et la vogue courante de leurs progrès, à un si haut degré de puissance et d'accroissement, montrent bien clairement à ceux qui savent discourir par raison, ditPlutarque, que ce n'a point été chose conduite par les mains, ni par les conseils et affections des hommes, mais par une garde et escorte divine^. »

1. Orat. de Arusp, Respons» IX. — 2, De la fortune des Romains, no 23.

^ « Soumeltez-vous i\ Rome, — disait encore Agripp.. aux Juifs révoltés, — Dieu est pour elle. Sans le secours de Dieu eAt-eWe vaincu le monde, et tant de nations belliqueuses eussent-elles pu subir son joug? Sans le secours de Dieu gouvernerait-elle le monde , auquel il n'est pas même besoin qu'elle montre Tarmure de ses soldats ^ ? 0

Tel était le sentiment universel, non-seulement des Romains, mais des nations vaincues par eux, et que Dieu amenait sous leur joug. Le monde entier était sous cette impression. Les peuples se sentaient chassés de toute part, par une main invisible, vers la domination romaine, comme des troupeaux dispersés vers un bercail, plus de cent ans avant que toutes choses ainsi préparées, Jésus-Christ vînt dire aux Juifs : « J'ai d'autres brebis « qui ne sont point de cette bergerie; et il faut que je « les amène, et elles entendront ma voix, et il n'y aura (( qu'un Bercail et qu\ni Pasteur ^. »

Mais voici qui va bien plus loin :

Celte grande unité, cette seule fin, ce même but où inclinaient et tendaient toutes les affaires du monde aux regards de Polybe, par une influence qui parut bientôt, aux yeux de tous, ne pouvoir être que divine, il était naturel que la puissance romaine, qui paraissait en être la bénéficiaire, les rapportât à elle seule et les bornât à sa domination.

Eh bien, non. Elle sentait que ce n'était pas pour elle; que les choses tournaient ainsi, mais pour une Puissance! infiniment plus haute, morale, spiriluelle, divine comir l'action, et où elle-même serait absorbée après avoi. tout absorbé ; dont elle ne serait pas le terme , mais It

1, Josèphe, de Bello Judaico, II, 16. — 2. Jean, X, 16.

point (le départ, et à qui elle devrait céder le Siège. Cet étonnant pressentiment, si manifestement en opposition avec tous les préjugés romains et païens, comme la suite le fit bien voir par leur lutte à mort contre le Christianisme, nous est attesté à cette époque, non par un poëte, mais par un historien, et l'historien romain par excellence, Tite-Live.

Voici comme la conclusion de ses Décades : Quis dubitet quîn, in œternum urbe condita^ et in immensum crescente^ nova Jmperia, Sacerdotia, Jura gentimi hominumque instituantur ^ « Qui peut douter que la Ville <( fondée pour l'éternité, et croissant en immensité, ne (( soit appelée à devenir le siège d'une nouvelle Puissance^ « d'un NOUVEAU *Sacerc?oce, d'un nouveau />ro2V des gens et « de t humanité ? »

Ai-je besoin de faire ressortir, sous la plume d'un historien si grave et si modéré que Tite-Live, la portée de toutes les expressions de cette conclusion des destinées de Rome?

Oui, in œternum urbe condita, cette ville que nous appelons encore deux mille ans après la Ville éternelle, et aussi la Ville universelle, et in immensum crescente^ destinée à quoi? A retenir pour ses Césars, pour les Pontifes de son Jupiter, pour son Droit sans dignité et sans pitié faisant peser sur l'enfant, sur la femme, sur l'esclave, sur les peuples, sur l'humanité son joug de fer, à retenir, dis-je, ainsi cet empire pour lequel elle a tant travaillé? — Non. — A quoi donc? — A devenir le Siège d'un tout autre Pouvoir, d'un tout autre Sacerdoce, d'un tout autre Droit des gens, affectant tout

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