Til. Liv. lib
autrement la race humaine tout entière, gentium hominumque. Tout cela nouveau : Nova.
Recédant vetera, Nova sint omnia !
comme TUnivers racheté le chante encore tous les jours aux pieds de Jésus-Christ \
Et ce pressentiment si prodigieux était-il propre seulement à Tite-Live?
îl écarte cette opinion d'un mot qui étend cette vue à tout son siècle : « Quis dubitet? qui peut douter 2? »
Hélas! pouvoir terrible de douter! Après tant de siècles d'évident accomplissement, au sein de ce Catholicisme qui nous a tous engendrés à ce nouvel ordre de choses dans lequel nous sommes plongés , il en est qui doutent de ce dont Tite-Live et ses contemporains ne doutaient pas avant. Tant tout est surnaturel et divin, et en même temps historique et saisissant dans la religion de Jésus-Christ, et ses preuves et l'aveuglement de ceux qui n'en sont pas touchés.
Ce quis dubitet? de Tite-Live jette un jour direct autour de lui sur tous les autres témoignages que nous avons rapportés, particulièrement sur celui de Virgile, qui ne nous apparaît plus alors comme si singulier, si étrange, et si problématique. C'est l'opinion du temps
1. Hymne de saint Thomas d'Aquîn. — 2. Et Tacite plus tard, poussant un cri de joie à la vue de regorgement entre eux de soixante miUe Germains, en était réduit à ce vœu : « Puisse, au défaut d'affec- « lion pour nous, durer longtemps encore au cœur de nos ennemis cette « haine d'eux-mêmes ? C'est là tout ce que la Fortune peut faire de plus^ ce dorénavant^ pour un Empire que pressent ses destinées, urgentibus « Impeuii fatis {Mœurs des Germains^ XXXIII).
TÉMOIGNAGES DE POLYBE ET DE TITE-LIVE. Co
chantée, c'est la simple prose de Tile-Live mise en vers que ce « grand et nouvel ordre de siècles allant commencer à se dérouler : »
Magnus ab integro sœclorum nascitur ordo,
e « cette nouvelle lignée allant être envoyée du haut ciel : »
Jam nova progenies cœlo demittitur alto,
que ce « rachat de la terreur antique par un Dieu libérateur, s'étendant à toutes les contrées de Tunivers : »
Te duce, si qua manent sceleris vestigia nostri, Irrita perpétua solvent formidinc terras.
et tous les autres traits de son poëme. C'est à la lettre qu'il faut prendre ces expressions qui rompent toute limite de temps et de lieu pour égaler cette rénovation universelle de toutes choses que ne témoigne pas avec moins de force le grave historien, et qui faisait incontestablement alors la préoccupation universelle, cojitrairement, je ne saurais trop le faire observer, aux préjugés romains et païens.
Il faut faire reparaître encore ici Cicéron, et rapprocher aussi son témoignage de celui de Tite-Live, sur ce Nouveau droit des gens et de V humanité.
11 est une page de la République de Cicéron dont nous devons la conservation par Laclance , précisément à hi haute valeur que celui-ci y attachait comme témoignage de ce pressentiment de Jésus-Christ, et du régne universel de sa Loi.
I/orateur philosophe, dans son Irailé des Lois, s élail
déjà élevé à une conception de la Loi qui, sous une forme philosophique, prélude en quelque sorte à Vin pnncipio erat Verbum et erat apud Deum. Lux vera quœ illuminât omnem hominem venientem in hune mundum, de saint Jean :
« Il existe une raison, dit-il, émanée du Principe des choses y qui pousse au bien et qui détourne du mal : celle-là ne commence pas à être loi du jour seulement où elle est écrite, mais du jour où elle est née; or, elle est contemporaine de Inintelligence divine. Elle est la droite Raison de Dieu^ Cette Raison de Dieu, une fois qu'elle s^est affermie et développée dans l'esprit de l'homme, est LA Loi... Il y a donc, puisque la raison est dans Dieu et ilans l'homme, une première société de raison de Thomme avec Dieu. On peut ainsi nous appeler la famille, la race, la lignée céleste. D'où il résulte que, pour Thomme, reconnaître Dieu, c'est reconnaître et se rappeler d'où il est venu ^ »
On ne peut pas demander plus à l'intelligence humaine, dans l'état de crépuscule où elle était plongée, avant que la Lumière môme qu'elle entrevoyait ne vînt fixer son règne parmi les siens ^. Et plût à Dieu que, pour s'être refusés à la recevoir, ceux-ci ne soient pas retombés dans des ténèbres cent fois plus épaisses que celles que perçait ce clairvoyant païen !
Mais ce qui semble passer l'intelligence humaine, et ferait supposer dans Cicéron un pressentiment instinctif de cette Lumière dont nous avons déjà constaté l'impression autour de lui, c'est la prévision de ce Règne
t. De Legibus, lib. II. — 2. De Legibus, lib. I. — 3, Jean cliap. I,
(le la Loi éternelle devant venir prochainement s'assujettir rhuraanilc de tous les lieux et tous les temps, avec un caractère tout divin : comme si ce n'était plus cette Loi abstraite, mais Dieu même en elle qui, par une seconde société plus personnelle avec les hommes, dût venir s'y révéler.
Cicéron en effet, dans cette page de sa République où nous arrivons, commence par reprendre cette définition de la Loi avec une ampleur et une force qui brise le formalisme romain pour s'étendre à la race humaine tout entière.
« Il est une Loi véritable et absolue, dit-il, universelle, invariable, éternelle, dont la voix enseigne le bien qu'elle ordonne et détourne du mal qu'elle défend. On ne peut l'infirmer par une autre loi, ni en rien retrancher; ni le Peuple, ni le Sénat ne peuvent dispenser d'y obéir; elle est à elle-même son interprète... »
Puis, dans un enthousiasme croissant, passant de la spéculation à la réalité, du présent et du passé à l'avenir, il s'écrie :
« Elle ne sera pas autre dans Rome, autre (lans Athènes, autre aujourd'hui, autre demain : partout, dans tous les temps, uégnera cette Loi immuable et sainte, et avec elle Dieu, le Maître et le Roi du monde, hicu (jui V\\ faite, discutée, s£^nctionnée; la mi'"connaître, c'est s'abjurer soi-même, c'est fouler aux pieds sa nature, c'est s'infliger à soi-mêpie le plus
ucl chiUiment, quand môme on pourrait échappoi* aux autres supplices qu'on pense être réservés ail-