‹ Jésus-ChristChapitre 27 sur 158 · I . Ln République, XVIIl · texte numérisé non relu

I . Ln République, XVIIl

Paroles admirables, dit Lactance, qui semblent être, non d'un philosophe, mais d'un prophète; d'un prophète en effet de cette Loi évangélique et vraiment catholique qui allait régner à jamais sur Tunivers, et avec elle Dieu, le Maître et le Roi du monde.

Voilà ce Roi qui est vraiment Roi et qu'il fallait que nous reconnussions pour être sauvés dont parlait ce même Cicéron dans son traité de la Divination.

Et maintenant» rapprocherai-je de ces paroles celles-ci de nos prophètes : la die illa longe fiet Lex^; — Legem Ejus expectabunt insulœ ^ ; — De S ion exihit Lex , et Verbum Domini de Jérusalem ^, etc., etc. ?

Non, je reviendrai me renfermer dans les témoignages exclusivement profanes et plus particulièrement dans ces paroles de Tite-Live : « Qui peut douter que Rome, fondée pour l'éternité et croissant en immensité, ne soit appelée à- devenir le Siège d'une nouvelle Puissance, d'un nouveau Sacerdoce, d'un nouveau Droit des gens et de r humanité? »

Je rappellerai cette réflexion de Gibbon, qu'on peut ranger parmi les Païens :

« Ceux qui contemplent d'un œil curieux les révolutions du genre humain peuvent observer que les jardins et le cirque de Néron sur le Vatican, qui furent arrosés du sang des premiers chrétiens, sont devenus bien plus fameux encore par le triomphe de la Religion persécutée. Sur le même terrain, les Pontifes chrétiens ont élevé, dans la suite, un temple (Jui surpasse de beaucoup les antiques monuments de la gloire du Capitole. Ce sont eux qui, tirant d'un humble pêcheur de Galilée

1. Michée, VIII, 12. — 2. Isaïe, XLII, 6. — 3. Isaïe, III, 3.

leurs prétentions à la Monarchie universelle, ont succédé au trône des Césars, et qui, après avoir donné des lois aux conquérants barbares de Rome , ont étendu leur juridiction spirituelle depuis la côte de la mer glaciale jusques aux rivages de l'Océan Pacifique K »

Enfin je redirai ces paroles de Dante expliquant à Virgile ces pressentiments de la grandeur romaine que celui-ci avait chantés : o Rome et son Empire à vrai dire « furent fondés en vue du lieu saint où siège aujourd'hui « le successeur du grand Pierre : »

La quale el quale, a voler dir la vero,

Fur stabiliti per lo loco santo

U' siede il successor del maggior Piero *.

Résumons par une réflexion générale la portée de cette partie de notre entretien.

Avons-nous voulu dire que tous ces témoignages si frappants visaient Jésus-Christ et le Christianisme?

Aucunement.

Il est manifeste qu'ils étaient ignorants et inconscients de leur objet.

Mais est-ce à dire que pour cela ils ne signifient rien?

Tout au contraire, ils signifient d'autant plus.

Ils témoignent en effet d'une impression unanime, impression qu'il est impossible de méconnaître, et qui,

1. Histoire de la décadence et de la chute de l'Empir* Romain^ '. HI, p. 174. — 2. L'EnJcr, chaiu H, v. 22.

dans ses causes comme dans son objet, étant, par cette ignorance même, je dis plus, par tous les préjugés contraires qu'elle avait à surmonter , naturellement et humainement inexplicable, ne peut être que surnaturelle et que divine.

Dans ses causes^ en effet, cette opinion si forte, si accentuée d'une Monarchie universelle, devant partir de la Judée pour se fixer à jamais sur le siège de Rome ; et affecter toutes choses de rénovation au sein de ce vieux monde qui proclame lui-même au plus fort de sa jalouse domination et de son féroee orgueil sa démission comme prochaine, à quoi l'attribuer? quelle peut en être la provenance ?

Cela ne peut faire question; car lui-même nous le dit : h une conduite providentielle inclinant sensiblement Funivers à cette fin ; à d'antiques oracles sacrés de rOrient, tenant le monde entier en attente; à des traditions éparses retrouvant par la réunion des peuples l'unité primitive d'une promesse faite au genre humain et arrivée à son terme.

Mais tout cela implique le surnaturel, et on ne saurait y échapper.

Et maintenant, dans son objet, qui n'est vaincu par cette évidence historique que ce pressentiment surnaturel n'impliquait pas moins le seul événement qui y a si ponctuellement et si prodigieusement répondu : Jésus- Christ; Jésus-Christ seul et son Œuvre; Jésus-Christ, après vingt siècles, debout et vivant toujours dans cette OËuvre, défiant toutes les conjurations du mal, défiant toutes les éventualités de l'avenir, et étant dans Thumanité ce que Dieu même est dans la nature : le Maître et le Roi du monde.

Or Jésus-Christ n'a pu être ainsi Tobjet si précis et si admirable des pressentiments du monde ancien sans Cire dans ces pressentiments, sans les produire, sans avoir agi dès lors par là sur le monde, et sans avoir attesté lui-même au plus haut point sa vie antérieure par cette prodigieuse action.

Ainsi est-il établi déjà par les témoignages historiques les plus irrécusables, que Jésus-Ghrist était dans le monde plus de cent ans au moins avant d'y paraître, comme il y est aujourd'hui deux mille ans après y avoir paru.

Ajoutons qu'une importante vérité se dégage de tous les grands témoignages historiques que nous avons vus jusqu'ici passer devant nous: c'est, en premier lieu, que cette Puissance dont la prochaine apparition agitait le monde n'était pas conçue comme devant se borner à l'ordre simplement individuel des âmes dans leur rapport avec Dieu, mais devait affecter de sa supériorité divine l'ordre public et social tout entier : ce devait être une Monarchie universelle; — et en second lieu, que le siège de cette Puissance, bien que partie de la Judée, devait être Rome, Rome à jamais, d'où elle influerait sur î Universalité des choses^ par un nouvel Empire^ unnowveau Sacerdoce^ un nouveau Droit des gens et de l'humanité. Tous les témoignages profanes, échos des Oracles sacrés, s'accordent pour glorifier ainsi d'une même gloire Jésus-Christ et son Église, manifestation de Dieu, Maître et Roi du monde, sous lequel devait s'incliner l'univers, et quil fallait reconnaître pour être sauvé. — Un Christ réduit à la condition privée, son Église sujette de ses enfanis. Dieu circonscrit et lié par les lois de l'hommo: chimère de nos jours, qui ne tient pas plus devant

l'histoire que devant le bon sens, et que les pressentiments môme païens de la future grandeur du Christianisme mettent à néant. — Tout ce qui va suivre ne fera que mettre de plus en plus en lumière celle capitale vérité.

Maintenant le pas est franchi. Le premier anneau moderne de la chaîne historique de notre foi est rattaché au dernier anneau des temps anciens. Les deux hémisphères de l'humanité se joignent comme par un isthme en Jésus-Christ. Virgile et Dante, Polybe et Bossuet se donnent la main.

Je pourrais m'arréter là, carie surnaturel, le miracle, le double miracle historique de Jésus-Curist étant avant comme après son apparition dans le monde est invinciblement établi. Jésus-Christ est vainqueur de son berceau comme de son tombeau. Il plane sur Tun et sur Tautre d'une vie supérieure qui échappe à la loi de la mort, et, prodige plus grand, à la loi de la génération et de la vie. Déjà nous pouvons nous écrier avec Isaïe : ft Qui racontera sa génération ^ ! »

Que nos savants, qui s'occupent tant de la génération des êtres, nous disent donc leur mot sur celui-ci. Certes le sujet en vaut la peine î Voici un être qui vivait incon-

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