‹ Jésus-ChristChapitre 33 sur 158 · I. V'hwnnnhle milieu, ïioia, ^, lU · texte numérisé non relu

I. V'hwnnnhle milieu, ïioia, ^, lU

tendu dire. L'un et Tautre ne se donnent pas comme les originaux de cette croyance, mais comme les organes de la tradition.

Notons en outre ceci, qui exclut toute idée, d'ailleurs absurde, de fortuite, que — sauf le peuple Juif — tous ont cru que le Sauveur attendu leur viendrait du dehors, chose déjà singulière; et, chose plus singulière encore, leur viendrait, pour les peuples d'Europe et d'Amérique, de l'Orient; et pour les peuples deTInde et de la Chine, de TOccident : ce qui place le point de cette divine apparition, objet de cette universelle attente, précisément en Judée.

Je me borne à ces indications, en renvoyant la curiosité du lecteur à maints autres témoignages.

La démonstration de l'universalité de la croyance en Jésus-Christ devant venir, dans tout le monde ancien, est établie sans conteste. Il ne lui manque que le sceau à^Xaveu,

Cet aveu lui-même double sa force de sa mauvaise grâce , et met par là en pleine évidence cette grande vérité, que l'impiété ne vient nullement de Tinsuffisance des preuves, mais du mauvais parti pris de la volonté.

Voltaire, Volney et Boulanger, vaincus déjà par les preuves de leur temps, ont pris les devants sur toutes celles que le progrès des sciences historiques est venu y ajouter.

Voici leur déclaration :

« C'était de temps immémorial une maxime chez les Indiens et les Chinois, a dit le premier, que le Sage viendrait </e /'OcaV/en^ L'Europe , au contraire, disait que le Sage viendrait de l'Orient. » — Puis Voltaire

croit se tirer de là en ajoutant : « Toutes les nations ont toujours eu besoin d'un sage^ » •

Volney, plus sérieux, se borne à dire : «Les traditions sacrées et mythologiques (d'accord en cela dans leur séparation sur tout le reste) avaient répandu dans toute l'Asie (et pas moins en Europe et en Amérique) la croyance d'un grand Médiateur qui devait venir, — d'un Juge final , — d'un Sauveur futur, — Boi, — Dieu conquérant et législateur, — qui ramènerait l'âge d'or sur la terre et délivrerait les hommes de l'empire du mal'^^y)

Boulanger, qui s'était pesamment enfoncé dans les profondeurs de TAntiquité, dans un esprit d'hostilité déclarée au christianisme, nous envoie, du puits de son érudition, cette déclaration qui retombe sur lui, sans laisser à son incrédulité d'autre soupirail qu'une expression «que nous allons noter, comme cachet de son impuissance.

« Les Hébreux attendaient tantôt un conquérant et tantôt un être indéfinissable, heureux ou malheureux; ils l'attendent encore... L'oracle de Delphes, comme on le voit dans Plutarque, était dépositaire d'une ancienne et secrète prophétie sur la future naissance d'un fils d'Apollon qui amènerait le règne de la justice; et tout le paganisme grec et égyptien avait une multitude d'oracles qu'il ne comprenait pas^ mais qui tous décelaient de même cette chimère universelle. C'était elle qui donnait lieu à la folle vanité de tant de rois et de princes qui prétendaient se faire passer pour des fils de Jupiter. — Les Mil 1res nations de la terre n'ont pas moins donné dans

1. Addilionà l'histoire générale, p. 15, édil. do t763. — 2. Les Huincs ou Méditation sur les révolutions des Empires, p. 228.

pes étranges visions: les Chinois attendent un Phélo; les Japonais , un Seyrum et un Cambadoxi; les Siamois, un Sommona-Codom. — Tous les Américains attendaient du côté de r Orient, qu'on pourrait appeler le pôle de l'espérance de toutes les nations \ des enfants du Soleil; et les Mexicains notamment attendaient un de leurs anciens rois, qui devait les revenir voir du côté de l'aurore, après avoir fait le tour du mondée — Enfin, IL n'y a aucun peuple qui n'ait eu son expectative

DE cette espèce^.»

Tout est à souligner dans cette citation : c'est la lumière, et pour qu'on ne puisse pas la récuser, portée par une main qu'elle n'éclaire pas.

Boulanger, en effet, vient mettre lui-même le sceau à la savante intégrité de son attestation par un mot des plus heureux pour témoigner le déplaisir qu'elle lui cause et son impuissance à s'y dérober. Il appelle cette accablante universalité d'une même croyance dans la diversité des mœurs, des coutumes et des régions des différents peuples , une chimère universelle. Mais, sans considérer même à quoi il s'applique, ce mot seul se réfute. Qui dit chimère, en effet, dit singularité, ce qui est contradictoire avec universalité. Boulanger est pris ainsi comme entre deux portes, et reste prisonnier de sa propre déclaration.

Mais il ne faut pas trop lui en vouloir d'une disposition qui nous est encore commune avec lui : celle de

1. Ecce vir Oriens nomen ejus (Zach., YI, 12). — Ipsa erit cxpectatio fjentium (Gènes., XLIX, 10). — 2. Nous avons vu depuis, par M. de Humboldt, le caractère Hébraïco-Ch rétien de cette croyance. — 3. L'Antiquité dévoilée, t. II, liv. IV, chap. m, p. 369; — Recherches sur VOriginedu Despotisme Oriental, aect. X, p. 116.

considérer comme singulier ce qui n'est tel qu'à notre incroyance. C'est celle-ci qui est singulière; et c'est en toutes choses notre illusion ordinaire de transposer notre propre singularité à ce qui nous passe, et de nous étonner du genre humain.

Du reste, Boulanger lui-même, à propos d'un autre fait, du déluge, a prononcé sa sentence et la nôtre sur celui-ci. Ce sera notre meilleure conclusion.

«Il faut prendre un fait dans la tradition des hommes, dont la vérité soit universellement reconnue. Ce fait peut se justifier et se confirmer par l'universalité des suffrages, puisque la tradition s'en trouve dans toutes les langues et dans toutes les contrées du monde. Ce fait incompréhensible est ce que Ton peut imaginer de plus notoire et de plus incontestable... Un homme de bon sens gui n aurait étudié que les traditions devrait le croire. Il faudrait être le plus borné et le plus opiniâtre des humains pour en douter, dès que l'on considère les témoignages unanimes de l'histoire et le cri universel du genre humain'. »

Ajoutez cette réflexion de Cuvier, toute de bon sens, « qu'il est impossible qu'un simple hasard donne un résultat universel ; et que les idées des peuples qui ont si peu de rapports ensemble, dont la langue, U religion, les mœurs, n'ont rien de commun, ne s'accorderaient pas sur un point, si elles i) 'avaient la vérité pour base. »

Ainsi en est-il de Jésus-Christ cru de toute aiUiquité par le genre humain, avîint qu'il parût sur la terre.

J. Boulanzar, V Antiquité dévoilée.

Jésus-Christ dans la pratique universelle des sacrifices

DOGME DE l'expiation.

La vérité que nous traitons ici n'est pas de celles gui ont besoin d'exagération ni d'artifice, si ces procédés pouvaient être jamais permis.

Je reconnaîtrai donc volontiers que, parmi les témoignages que nous avons produits, il en est plusieurs, comme Bolingbroke le disait de celui de Platon, qui étaient particuliers à leurs auteurs , et qui n'exprimaient pas, dans leur haute précision, le sentiment vulgaire. Il suffit de les lire, en efïet, pour voir, par Tétonnement qu'ils rencontraient autour d'eux, qu'ils étaient, pour ainsi parler, solitaires.

Mais faut-il pour cela les retrancher?

Ce serait se tenir en deçà de la vérité sans y rien gagner, car l'erreur où l'on tomberait irait à une conclu-j sion bien plus directe et bien plus forte que celle qu'on voudrait éviter.

Si ce n'était, en effet, qu'un sentiment particulier, comme nous l'avons déjà dit, il n'appartiendrait pas à

l'ordre traditionnel mais à Tordre réellement prophétique, et par là d'autant plus surnaturel.

Mais ce n'est pas là tel ou tel sentiment particulier, ce sont des sentiments particuliers. Nous le trouvons, en effet, particulier à Rome, particulier en Grèce, particulier en Perse, particulier en Egypte, particulier en Chine, particulier au Mexique, et on peut dire particulier partout : ce qui déjà le fait paraître multiple, sinon commun. Nulle part, jamais, le Sauveur futur devant être envoyé du ciel à la terre à un point et à un temps donné, le Médiateur entre Dieu et les hommes, le Législateur universel, le Libérateur devant délivrer les hommes de l'empire du mal par ses souffrances, le grand Précepteur de l'humanité devant nous instruire par un enseignement extraordinaire et merveilleux de la Doctrine véritable^ etc., etc., toutes appellations qui rentrent dans les caractères et môme dans le nom étymologique de Jésus-Christ, n'a manqué de témoignages. Multifariam multisque modis , comme disait saint Paul, Dieu a entretenu l'humanité dans celte grande A ttente.

Cela reconnu, je reconnais à mon* tour que certains de ces témoignages, et les plus clairs, étaient dans la Gentilité, comme le privilège de quelques grands esprits qui avaient mieux gardé la science de la tradition, qui sentaient mieux l'insuffisance humaine, qui avaient une affinité plus délicate avec la vérité, et qui représentaient mieux l'humanité dans sa partie la plus élevée. Ils étaient comme ces pics des montagnes que la lumière, entre son coucher et son lever, ne quitte pour ainsi dire pas, qui reçoivent les souffles les plus épurés de l'atmosphère, et qui découvrent un plus lointain horizon.

9i SCIENCE HISTORIQUE DE JÉSUS-CHRÎST.

Ils sont particuliers par leur isolement circulaire jusqu'à se réduire à un point; mais ils sont communs comme appartenant à la masse, qu'ils résument et qu'ils terminent dans sa hauteur.

Cette comparaison est d'autant plus juste, que le même sentiment qui nous apparaît si particulier dans un Platon, un Gonfucius, un Tite-Live ou un Virgile, n'y est particulier que par plus de dégagement et de netteté, mais que nous le retrouvons en descendant, à tous les degrés et sur toutes les pentes de l'humanité, jusqu'à sa base.

Il nous y apparaît de plus en plus déformé, il est vrai, mais partout reconnaissable. Rappelons-nous les déclarations de la science, même hostile à Jésus-Ghrist : « Tout le paganisme grec et égyptien , nous a-t-elle dit, avait une multitude d'oracles qu'il ne comprenait pas, mais qui tous décelaient de même cette chimère universelle. C'était elle qui donnait lieu à la folle vanité de tant de rois et de tant de princes qui prétendaient se faire passer pour les fils de Jupiter, etc., etc. » Jésds-GhriSt^ si j'ose dire, a ainsi défrayé tout le paganisme. Cette grande erreur n'a été, comme toute erreur, selon le mot de Bossuet, qu'une vérité dont on a abusé. Dans le monde grec, l'erreur avait été jusqu'à s'asseoir dans la région de r ombre de la mort, selon la forte expression de nos Livres Saints S et jusqu'à perdre le sens du passé et de l'avenir dans mille songes qui les reflétaient. Mais chez les nations plus conservatrices, qu'on appelait barbares^ la croyance au Médiateur était restée debout et dans l'attente. Les Chinois, les Japonais, les Siamois, les Amé-

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