‹ Jésus-ChristChapitre 35 sur 158 · Ad Coriiult., (h. II · texte numérisé non relu

Ad Coriiult., (h. II

Le Crucifié, voilà Jésus-Christ, comme le Crucifix csi partout son image. La Croix est l'autel sur lequel cette divine Hostie a été immolée une fois pour le monde entier; et l'autel catholique par tout Tunivers est comme la Croix où elle multiplie cet unique et grand Sacrifice. C'est r Agneau immolé pour les péchés du monde.

N'entrons pas encore dans la doctrine, restons dans le fait de la croyance chrétienne. Le genre humain moderne civilisé adore Jésus-Christ à l'état de Victime, à l'état d'Hostie. Non-seulement Jésus-Christ a été une fois, mais il est resté toujours, depuis, au sein de l'humanité, à cet état qui constitue sa Présence réelle et son immolation perpétuelle au milieu de nous : Le Très- Saint Sacrement. Tout le Christianisme consiste dans le saint Sacrifice de nos autels, qui n'est autre que celui de la Croix appliqué à toutes les générations qui se succèdent, pour leur ouvrir le ciel par les mérites du sang divin, les fortifier de sa communion dans les combats de la vie, et les élever, par la force surnaturelle de ce robuste secours, à la domination de la nature déchue et à la participation de la Divinité.

0 salutaris Hostia, Quae Cœli pandis ostium, Bella premunt hostilia, Darobur, fer auxiliuml

Voilà le Christianisme, tel est Jésus-Christ.

Cela peut paraître étrange, singulier, une chimère de dévotion, à qui ne voit les choses que du dehors et prétend les juger à sa mesure et les ramener à son point.

Mais à celui-là, sans lui opposer In raison, qui rabat

sa folle sagesse de celte simple maxime qu'il faut juger l'arbre par ses fruits et une institution par sa vertu, je répondrai qu'il va se heurter, non-seulement contre le monde chrétien, mais contre la masse du genre humain, sans distinction de temps, de lieux, de races, de mœurs, de coutumes, de civilisations, de religions ; contre l'instinct et la pratique universels ; en un mot, contre la nature humaine dans son tout, et dès lors nécessairement contre la vérité à sa plus haute puissance d'accord et de témoignage.

Je ne sais si, dans la dispersion et la diversité infinies de notre race, qui vont jusqu'à faire douter de son originaire unité, il est un trait qui la relie davantage et qui témoigne plus opiniâtrement de cette unité, que la pratique du sacrifice. Partout où il y a eu des hommes, il y a eu des sacrifices. Le sacrifice 's'étend à toute la durée et à tout l'espace. Il couvre l'univers. 11 enveloppe le globe tout entier. Il fait de notre terre comme un seul autel fumant partout et toujours du sang d'une victime.

Trouvez-moi quelque part une humanité sans religion, une religion sans autel, un autel sans sacrifice, un sacrifice sans une victime.

Tout cela s'implique et rentre dans l'humanité.

Eh bien, tout cela implique Jésus-Christ. Tout cela montre que, comme le monde ancien professait le Médiateur par ses faux dieux, il ne professait pas moins le Rédempteur par ses faux sacrifices.

Je n'avance rien de téméraire et qui ne devienne l'évidence même à qui veut observer, réfléchir et conclure, c'est-à-dire faire usage de sa raison. Mais ceux-là sont rares en dehors de la foi. Et cependant quel sujet est

plus fait pour exciter l'intérêt, je dirai môme la curiosité?

La foi au sacrifice, la pratique du sacrifice, ai-je dit, est ce qu'il y a de plus commun. Et cependant c'est ce qu'il y a de moins naturel. Et en même temps que je défie de contester le fait, je défie de l'expliquer autrement que par une origine et un but surnaturels. Mais c'est ce qu'il a de commun qui cache à l'inattention ce qu'il a de surnaturel. Sa vulgarité fait ombre à son caractère, et c'est sa force môme qui fait prendre le change sur son éclat.

Pour s'en convaincre, il faut le dépouiller et analyser ce qu'il contient.

Je dis d'abord qile rien n*est inôins naturel que les sacrifices.

Je n'ai pas besoin d'aller loin pour trouter mon premier argument; je n'ai qu'à le tirer de l'interlocuteur que je veux cdn vaincre, en retournant contre lui sa propre incroyance au Sacrifice par excellence, le sacrifice de Jésus-Gurist. Si ce sacrifice-là ne lui parait pas naturel^ que pensera-t-il donc des autres?

Et il n'aura pas tort, à son point de vue.

Il n'est personne en effet qui n'abonde dàiis cette réflexion de Charron : « Toutes les religions conviennent en ceci, quelles croyent que le principal et plus plaisant service à Dieu et puissant moyen de l'appaiscr et practiquer sa bonne grâce, c'est se donner de la peine. Tesmoin par tout le monde et en toutes les religions, la quelle opinion est fondamentale des sacrifices, qui ont esté- universels par tout le monde avant la naissance de la Ciirestienté, et exercés non seulement sur les testes

innocentes que l'on massacrait avec effusion de leur sang pour un précieux présent à la Divinité, mais {dwse esirange de Vyvresse du genre humain!) sur les enfants, petits, innocents, et les hommes faits Coustume pratiquée avec grande religion par toutes les nations

Quelle aliénation de sens ! penser flatter la Divinité par inhumanité, payer la bonté divine par notre affliction, et satisfaire à sa justice par cruauté ! Justice donc affamée de sang innocent, tiré et respandu avec tant de douleurs et de tourments D'où peut venir celte opinion et cette créance, que Dieu prend plaisir au tourment et en la défaite de ses œuvres et de Thumaine nature ^ ? »

Charron ne va pas plus loin. Mais il faut convenir qu'il se montre autant philosophe en posant la question que peu chrétien en la laissant sans réponse.

Penserait-on qu'il suffise de rejeter la coutume des sacri0ces au compte des aberrations de Thumanité antique en faisant honneur de leur abolition au Christianisme ?

Mais quelle aberration que celle qui se présente avec un tel caractère d'universalité I Et puis ce sont les sacrifices que le Christianisme a abolis, et non le Sacrifice; ce n'est que le mode et la multiplicité qu'il a fait disparaître; mais pour y substituer un seul Sacrifice, dont rien n'égale Thorreur que la sainteté : celui d'un supplicié sur son gibet, d'un homme en croix, que dis-je? de Dieu même s'immolant par la main de l'homme; aberration bien plus grande si on ne consulte que le sens naturel, et qui parut en effet folie et scandale

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