Essai sur les mœurs, chap. GXX. — 2* Idem, chap. IV
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JÉSUS-CHRIST DAiNS LES SACRIFICES. 101
La troisième enfin, c'est que toutes les religions de la terre n'étant que des altérations de la Religion véritable, c'est par le trait resté commun à toutes qu'on doit reconnaître celle-ci, dans la parfaite satisfaction de ce grand et unique but d'expiation qu'elles poursuivent h l'envi, et qui n'a été atteint qu'en Jésus-Christ sur le Calvaire.
Voilà la Victime des victimes, à laquelle tout le genre humain a toujours cru dans celles-ci, et dont elles ne aient être que les figures : figures prises pour des réalités; mais des réalités que démentait leur multiplicité, témoignage de leur impuissance.
C'est ainsi, à ne prendre la pratique universelle du sacrifice qu'en gros, qu'on y trouve la foi enveloppée à
JÉSUS-CURIST.
Mais que sera-ce donc si, dépouillant cette institution, nous venons à en analyser les caractères!
Tous les sacrifices, si altéré qu'en fût l'esprit, avaient invariablement retenu ces conditions qui sont encore moins naturelles que l'idée première de sacrifice : que la victime devait être substituée , sainte , sanglante, aliment religieux des participants à son sacrifice. Ajoutons ce trait, que la perfection du sacrifice considéré dans sa réalité était que la victime fût humaine, et en ce cas, autant que possible, volontaire. Des nations entières, les Assyriens, les Carthaginois, les Gaulois immolaient régulièrement des victimes humaines, des parents leurs enfants; à Rome même, ces horribles sacrifices avaient lieu parfois sur des prisonniers; et si ordinairement la pitié détournait le couteau du sein de riiomme, c'était toujours pour le plonger dans les uni*
maux qui lui tenaient de plus près, domestiques, jamais sauvages '.
Nous ne saurions reproduire ici les développements justificatifs de cette vérité, entrée d'ailleurs dans la notion commune, et qu'on n'a jamais entrepris de contester.
Je me bornerai à observer que ces caractères sont autant naturellement inexplicables qu'ils sont certains; qu'ils témoignent par là d'une institution surnaturelle dans son origine et dans son objet; et que, figuratifs ou révoltants dans tous les sacrifices anciens, ils ne s'adap-r tent parfaitement qu'à Jésus-Ghrist, en qui ils dépouillent tout ce qui heurte la raison et la nature pour revêtir tout ce qui les ravit.
En Jésus-Christ nous trouvons en effet une victime humaine; — sainte; — volontaire; — sanglante; — aliment religieux de l'homme par la manducation de sa chair; et enfin substituée à l'humanité coupable qu'elle rachète de la Justice de Dieu et avec qui elle la n'^concilie.
Je le répète, tous ces caractères du sacrifice de Jésus- Christ ont toujours été essentiels à tous les sacrifices, ont toujours constitué le Sacrifice.
Jésus-Christ a donc été universellement préfiguré dans tous les âges qui ont précédé sa venue, par la pra-
1. Les jeux sanglants du cirque^où tant de milliers d'hommes étaient condamnés à s'immoler entre eux, avaient à l'origine un caractère de sacrifice : soit pour apaiser les m.lnes de quelque grand personnage mort, en Thonneur duquel on les donnait, soit pour célébrer quelque victoire et s'acquitter envers les dieux. L'intervention de la Vestale, décidant du sort des victimes, témoignait de ce caractère religieux .
tique du genre humain tout à la fois la plus répandue et la moins naturelle.
Je dis toujours la plus répandue et la moins naturelle^ et je retiens l'atlention sur ce point; car c'est là le nœud.
On comprend en effet de deux choses l'une : pu que l'humanité s'accorde dans la raison naturelle, parce que cette raison est commune à tous; ou qu'elle se divise à l'infini dans mille et mille déviations de la raison, parce que, sortie de celle-ci, rien ne vient plus la rallier. Lors donc que le genre humain a donné tout entier dans une môme pratique, et une pratique aussi complexe dans son uniformité que celle du sacrifice, c'est certainement par une haute raison. Que si maintenant cette raison n'apparaît pas comme naturelle, ce n'est pas qu'elle ne soit pas raison, 'mais c'est qu'elle n'est pas naturelle. Et en ce cas, moins elle sera naturelle, plus, destituée de cet élément d'accord, elle fera supposer en elle un principe et une puissance autres que la nature, rapahles d'opérer le fait prodigieux mais indiscutable de
! accord.
Or, on ne peut en disconvenir, et on l'objecte même, le sacrifice avec tous ses caractères n'est pas naturel. Il procède donc d'un autre ordre, mais certainement d'un ordre supérieur et profond.
Chose étrange! l'usage des sacrifices, qui sollicite tellement la curiosité , dont les cnneix^is du C|instiaiiisme avaient tout intérêt à lui disputer le téinoignagc, est resté de leur part sans explication. La critique, si osée et aventureuse qu'elle fût, n'en a risqué aucune. La science chrétienne est restée en possession exclusive du problème et de sa solution.
Cette solution est celle-ci : que ce Médiateur et ce Sauveur attendu de toutes les nations, selon que nous l'avons constaté déjà par des témoignages exclusivement profanes et les déclarations des adversaires mêmes de notre foi, ne devait être Médiateur et Sauveur qu'en étant Victime^ dans un sacrifice où il payerait pour le genre humain, et produirait cet Océan d'actions méritoires qui serait le prix de notre rédemption. La promesse de ce Sauveur, annexée à la malédiction encourue par la faute originelle de notre race, ayant fait impression sur la source, a suivi toutes les dérivations. Partout l'homme, quelles que soient les erreurs où il est tombé, a charrié, pour ainsi parler, parmi ces erreurs, l'usage des sacrifices, tout à la fois comme primordial par son institution figurative, et comme final par le seul vrai Sacrifice qui devait le justifier. Seulement, le même égarement qui altérait toutes les vérités devait atteindre celle-ci. Oublieux et impatient de sa véritable Rédemption, l'homme a attaché à la figure une vertu que devait seule avoir la réalité. Il la lui a substituée. Comme il s'était fait des faux dieux sauveurs et libérateurs, il s'était fait des fausses victimes et des faux sacrifices; et ces deux erreurs se tenaient d'autant plus étroitement que leur objet était le même : le vrai et unique Sauveur devant être la vraie et unique Victime. De là, la multiplicité des uns et des autres, qui aurait dû faire ouvrir les yeux sur leur fausseté ; car un seul eût dû suffire s'il eût été le vrai. De là, chose digne de remarque, ce qu'il y avait de plus odieux et de plus faux dans nombre de sacrifices anciens pris comme figures, l'immolation de victimes humaines, se trouvait
être ce qu'il y avait de plus vrai comme réalité finale
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dans la seule victime humaine qui dût payer pour Thumanité. C'était l'application anticipée et égarée, sur une multitude de victimes, de cette croyance qui avait cours dans toute l'Antiquité et qui ne regardait que Jésus-Christ sur qui seul sa rigueur aurait dû tomber : A moins que la souillure de notre race coupable ne soit lavée dans le sang d'un homme, la colère des dieux immortels ne sera jamais apaisée \ Croyance qui se complète en Jésus-Christ par cette autre que nous lisons dans le Prométhée enchaîné d'Eschyle, personnification mythique de l'humanité frappée pour sa révolte contre Dieu : N'espère pas de terme à ton supplice^ avant ^w'uN Dieu s offre pour se substituer à tes souffrances, et veuille bien descendre pour toi dans le séjour de la mort.
Voilà le fond de l'usage des sacrifices. Telle est la signification qui y était enfouie à l'insu de l'antiquité profane qui en avait perdu le sens, signification qui, par son rapport avec Jésus-Christ, se dégage à nos yeux avec une clarté saisissante. C'est le sentiment unanime de tous ceux, qui ont cherché à se rendre compte de ce fait le plus considérable de tous ceux que nous offre l'histoire humaine.
Le Christianisme a été ainsi professé partout et toujours par l'humanité, précisément dans ce qui choque le plus en lui la raison privée, à laquelle il oppose la raison commune du genre humain.
Tout le Christianisme roule en effet sur deux grands mystères : la Chute de toute la descendance humaine dans son chef Adam; la Rédemption de l'humanité relevée de cette chute par son nouvel Adam, Jésus-