‹ Jésus-ChristChapitre 44 sur 158 · Thomassin, de Incarn. Verbi, liv. X, cap. vu · texte numérisé non relu

Thomassin, de Incarn. Verbi, liv. X, cap. vu

le monde païen. — le monde juif. — le monde chretien.

Jésus-Christ témoigné par ces trois états

du genre humain.

(' Il n'est pas permis à un honnête homme d'ignorer le «genre humain,» a ditBossuet. On peut ajouter qu'il n'est pas permis à un honnête homme d'ignorer Celui-là qui seul explique le genre humain.

On pourra, sans Lui , connaître les faits et les dates ; on n'aura pas le fil, le nœud et le dénouement de ce grand drame de l'humanité sur la terre : la grande synthèse et la vraie philosophie de l'histoire. On en sera réduit à Candide^ ou à V Essai sur les mœurs et V esprit des nations : à cette dégradante parodie de l'Esprit du mal, planant sur le chaos où il se complaît, et y faisant éclater son mauvais rire.

Dieu explique le monde, et le monde le prouve , a dit Rivarol. Voltaire, voulant borner cette première vérité au témoignage de la nature, s'est acharné à la souiller et à la démolir dans son siège : l'esprit humain, qui seul a le don de la concevoir, et qui ne peut la démentir en lui-

LE MONDE païen. 129

même, sans l'infirmer dans la nature de toute sa supériorité sur celle-ci.

C'est qu'il lui aurait fallu reconnaître cette seconde vérité, corollaire de la première : Jésus-Christ explique r humanité^ et r humanité le prouve; et qu'il avait pris parti contre Jésus-Curist, jusqu'à sacrifier Dieu et l'humanité à celte grande haine, ne voyant pas qu'il établissait par lîi ce qu'il voulait détruire : le rapport tellement enchaîné du Théisme avec le Christianisme, qu'on ne peut rejeter celui-ci sans tomber de celui-là, et que qui est anti-chrétien, qu'il le veuille ou qu'il ne le veuille pas, est, de fait, athée.

Sans doute, Jésus-Christ n'éclate pas dans l'humanité de la môme manière que Dieu dans la nature. Mais pourquoi? Parce que l'humanité n'est pas faile de la même manière. Parce qu'elle est libre. Parce que mésusant de ce grand don de la liberté qui la dislingue et qui lui avait été fait pour qu'elle s'élevât, elle s'est précipitée. «C'est, ditBossuet, comme des restes d'un édifice autrefois très-régulier et très-magnifique , renversé maintenant et porté par terre, mais qui conserve encore dans sa ruine quelques vestiges de son ancienne grandeur et de la science de son Architecte ^ »

Mais si Jésus-Christ n'y éclate pas de la môme manière, il n'y paraît pas moins, et Dieu en Lui. Seulement il faut l'y voir, non plus comme Architecte, mais comme Réparateur , sans cesser de tenir compte de cette liberté inaliénable de l'homme, pouvant aller, après sa chute, jusqu'à s'y obstiner, et néanmoins relevée etélevée dans l'ensemble de l'humanité jusqu'à cette grandeur

Page 1