‹ Jésus-ChristChapitre 49 sur 158 · Ad fo/.m.. Il · texte numérisé non relu

Ad fo/.m.. Il

rique que nous avons réservé jusqu'ici, et qui est d'autant plus concluant qu'on ne peut le faire rentrer dans aucune de ces théories de progrès par lesquelles on cherche à éviter l'argument de la régénération du monde, parce qu'il est concomitant à sa dégradation.

Par égard pour la maladive susceptibilité de l'esprit moderne, tellement ombrageux sur le chemin de la vérité, qu'il faut l'y mener par détours et à reculons, je ne me suis prévalu jusqu'ici pour montrer Jésus-Christ dans l'humanité que de l'histoire profane. A l'inverse des procédés anciens, j'ai tenu à l'écart un témoignage auquel on donnait justement le premier rang, comme le plus autorisé et le plus éclatant; on pourrait dire môme à lui seul suffisant : celui tiré de l'Histoire Sacrée et du Peuple Juif. J'ai essayé d'un mouvement tournant, qui enveloppât la défiance et la ramenât sur la ligne et au centre de la vérité, par l'impossibilité de s'y dérober sur le terrain de l'erreur et du mensonge. Je m'en autorise > maintenant pour en venir, en vertu du même titre historique et testimonial qui m'a recommandé jusqu'ici, à cette Histoire et à ce Peuple qu'on peut dédaigner par prévention, mais qu'on ne peut supprimer sans confesser par là même son importance de tout le parti pris d'un si énorme procédé.

Car, enfin, le Peuple Juif a existé, et son histoire ne

.niLimit ne pas compter dans riiisloire générale de l'humanité.

Qu'est-ce donc, si dans Tordre du sujet que nous traitons c'est un peuple prodige! si son existence a été la grande ligne d'où sont partis et où sont rentrés tous les grands peuples, et si seul il a maintenu pour tous le dépôt des vérités traditionnelles du genre humain!

Or, qu'il en soit ainsi, cela est manifeste.

Il faut voir les choses par le côté qui les distingue. Le Peuple Juif a été moindre que d'autres peuples, quant à l'influence territoriale, artistique, militaire, politique. Il le cède sous ces divers rapports à ces Empires d'Asie qui l'enserraient de leurs vastes établissements; il le cède à la Grèce, il le cède à Rome. Mais là n'est pas la question. Il n'a pas marqué en tout cela, non-seulement parce que telle n'était pas sa mission, mais pour être mieux à une mission toute autre, unique entre toutes, supérieure à toutes, et par rapport à laquelle il faut le considérer. Plus on dira que ce Peuple a été moindre en tout le reste, plus on fera ressortir son importance humainement inexplicable en cet ordre qui domine tout. Voltaire ne s'y est pas trompé. Pourquoi s'est-il tant acharné à dénigrer le Peuple Juif et lui a-t-il fait par là plus de place dans ses écrits qu'à tout autre peuple? C'est qu'il occupait à ses yeux plus de place dans la grande vérité qu'il voulait démolir. Il honorait et confessait ainsi sa grandeur de tout cet acharnement qu'il mettait à le ravaler. Quand on considère en clïet par là le Peuple Juif, de rien, il devient tout. Il forme à lui seul un Monde. Auprès de lui tous les autres peuples paraissent insensés et abominables. Ils ne sont devenus cette grande chose en laquelle ils ont été transformés, le Monde Moderne,

que par lui, et chose prodigieuse, lui seul excepté^ pour qu'il apparût que son ancienne grandeur tenait à quelque chose en lui de plus que lui et de plus que l'homme. Il a été tout et rien dans les destinées du genre humain : tout, parce qu'il a été instrument; et rien, parce qu'il n'a été qu'instrument de ces destinées : l'instrument, le Peuple de Dieu, dont Dieu s'est si librement servi pour l'universalité de son Œuvre, qu'il n'a pas fait acception de lui dans le résultat, et qu'il a fait même tourner Tinfidélité pour laquelle il l'a retranché en témoignage de cette dépendance, qui fait de lui dans les temps modernes le témoin déshérité de cette môme (Euvre dont il a été l'instrument dans les temps anciens.

Expliquons un peu cette intervention historique de Dieu dans l'humanité, telle qu'elle apparaît dans le Peuple Juif.

Ce Peuple, disais-je, a existé. Rien qu'à ce premier point de vue, du fait de son existence, le Peuple Juif sort de la loi commune. Cette existence, en effet, atteste d'abord son antériorité à celle de tous les autres peuples par une histoire nationale qui le met en lumière, alors qu'ils sont encore dans la nuit, et à qui ils doivent euxmêmes tout ce que nous savons d'eux en cet âge reculé. A ne le prendre que dans Moïse, son historien et son chef visible, il domine le plus ancien historien profane, Hérodote, de dix siècles, et les temps fabuleux chantés par Homère, de cinq siècles. Seul, il éclaire durant ces cinq et dix siècles, par un récit sérieux, la scène <!•> l'histoire. Mais il remonte plus haut encore. Ce mér récit, en effet, recueillant les traditions antiques auxquelles il se noue, nous le montre dans ses Patriarches

LE MUiMJr. Julr. 147

c'L dans le premier d'où il sort, Abraham, dont la majesté a été telle que nous en retrouvons l'impression dans les souvenirs profanes de l'humanité. A ce point ne s'arrête pas encore l'existence connue de cette étonnante race. Seulement, elle n'apparaît plus que comme domestique ; mais parce qu'alors le genre humain luimême sortait à peine de cet état et ne faisait que commencer à se répandre. Alors que les cadets, pour ainsi parler, de la famille humaine quittaient le foyer natal, et que cet égarement dans lequel nous les voyons s'enfoncer de plus en plus à mesure qu'ils se constituaient en peuples allait s'étendant et grandissant avec leurs établissements, les ancêtres d'Abraham, et en lui du Peuple Juif, gardaient les traditions primitives, et, se renouant par Noé à Adam, faisaient de ce Peuple l'aîné et à ce titre l'archiviste du genre humain. Ainsi nous apparaît-il sous la plume de Moïse, nous racontant la dispersion des peuples, l'origine des arts et des empires à la suite du Déluge, le Déluge lui-môme, et en principe la Création, en des termes qui ne permettent pas de méconnaître en lui le narrateur original et de première main de ces sources historiques de notre race, si profondément altérées dans toutes leurs dérivations.

Le Peuple Juif domine ainsi de son existence, et seul nous fait connaître tout ce que nous savons du genre humain à sa naissance et longtemps après dans son cours; et cela par un monument vraiment historique^ dont la majesté simple et grave imprime le respect, auprès duquel les œuvres des poêles et même des historiens profanes, de beaucoup postérieurs, n'apparaissent que comme de ridicules fables dont il sert à démêler la vérité, et qui ressort aujourd'hui surtout

dans sa verte antiquité par son accord avec les découvertes récentes de la science, dont il dépasse tous les progrès et voit passer toutes les erreurs.

J'ai dit que, par cette existence antérieure à celle de tous les peuples anciens, le Peuple Juif sort de la loi commune.

Mais il n'en sort pas moins par un prodige qui celui-là est sous nos yeux: c'est sa survivance à ces mêmes peuples.

Les vastes empires et les races mêmes des Babyloniens, des Assyriens, des Égyptiens, des Mèdes et des Perses, ont disparu de la scène du monde depuis deux mille ans ; la brillante Grèce, qui avait enchanté l'humanité, Rome qui l'avait subjuguée, ne sont plus qu'un souvenir classique. Les débris mutilés de ces grands peuples, auprès desquels le Peuple' Juif paraissait si chétif, font l'honneur de ceux qui les découvrent et la curiosité de nos musées. Et nous coudoyons encore partout dans nos villes le Peuple Juif! ce Peuple, dit Rousseau, que cinq mille ans n'ont pu détruire ni altéi^er^ et qui est à répreuve du temps, de la fortune et des conquérants; le même qu'au moyen âge ; le même que sous Adrien et Titus; le même en un sens que sous Moïse et la servitude d'Egypte d'où il l'avait tiré, se réclamant toujours d'Abraham, d'Isaac et de Jacob par lesquels il était antérieur à tous les autres^ peuples. Ceux-ci s'en sont allés : lui seul est resté parmi les vivants, et rien ne fait présumer qu'il s'en aille.

Sans doute il csi dépopularisé, et comme expatrié dans les temps modernes. Il n'est plus une nation, mais boulement une race errante et flottante. Mais cela même double ce prodige de sa survivance. Cai', commeiil en

cet état résisle-t-il à Pentière décomposition dont il est si fort entame? Comment n'esl-il pas absorbé par ces mœnrs modernes dont ce qu'on appelle le progrès décompose tout, transforme tout, nous-mêmes, et jamais lui?

Il y a plus enfin, et le prodige appelle encore ici le prodige. Ce Peuple n'est pas, comme tous les autres, réduit à une contrée où il faille voyager pour aller le voir. Lui-même voyage pour se montrer. Il est partout dispersé, et partout distinct. Il est, en un mot universel comme il est perpétuel, errant et infusible.

Il faut ne s'étonner de rien pour ne pas s'étonner d'un tel prodige. Il faut être dépourvu de tout esprit d'observation et de réflexion pour ne pas chercher à se l'expliquer. Il faut être enfin dans une étrange insouciance de la première de toutes les vérités, ou dans un bien robuste parti pris contre la lumière, pour ne pas être renversé par le témoignage qui en ressort.

Or, ce témoignage revient tout entier à Jésus-Christ.

Jésus-Christ seul explique le Peuple Juif, et par là même le Peuple Juif prouve Jésus-Christ.

Aucune autre explication n'a jamais été tentée, par qui que ce soit, d'un tel phénomène. Le Christianisme a seul la clé du Peuple Juif dans ses deux états, ancien et moderne : et cette clé s'y adapte si merveilleusement, que, pour qu'on ne pût attribuer cet étonnant rapport h je ne sais quel hasard plus étonnant encore, le dessein en a été ostensiblement tracé et publié à la face de la terre entière des milliers de siècles avant l'exécution.

Et qu'on remarque bien ceci, c'est que dans la cause du Peuple Juif le genre humain tout entier est partie : soit

que le Peuple Juif accuse régarement du genre humain dans les temps anciens; soit que le genre humain accuse régarement du Peuple Juif dans les temps modernes : dans les deux cas en témoignage de Jésus-Christ.

Nous n'avons, en effet, parlé encore que de Vexisfence du Peuple Juif. Mais qu'est-ce donc de son rôle!

L'égarement de tout le genre humain dans les honteuses erreurs du paganisme nous a paru déjà ne pouvoir être expliqué par la seule fragilité de notre nature, et nous avons été forcés d'y voir l'asservissement de celle-ci à une puissance mauvaise sous le joug de laquelle elle avait dû tomber. Mais, par contre, comment expliquer autrement que par une assistance surnaturelle la préservation du seul Peuple Juif, non moins exposé et à cette fragilité et à cet asservissement ?

La vérité divine et la loi morale étaient effacées, outragées, renversées partout. En Judée seule elles étaient maintenues dans toute leur pureté et dans tout leur éclat. Quand Bossuet a résumé tout l'égarement du monde païen par ce beau mot : « Tout y était dieu excepté Dieu lui-même, » il n'a fait que retourner cette parole des Livres Juifs : Quis deus prœter Dominum ? aut quis deus prœter Deum nostrum? « Qui est dieu excepté « le Seigneur? qui est dieu excepté notre Dieu^? » C'était dans le Peuple Juif le plus parfait contre-pied du genre humain. Par toute la terre, l'éclipsé totale de la vérité divine, et tous les spectres mensongers et impurs qui passaient pour dieux : sur un point seul, l'éclat radieux de cette vérité, tenant à distance tous ces fan-

Page 1