Ps. XXIIl
les nations, pour l'humanité. C'est là le caractère qui lui est imprimé et la fonction qui lui est dévolue dès l'origine de sa formation en ces termes remarquables : Eritis mihi in peculium de cunctis populis : mea est enim omnis terra. Et vos eritis mihi in regnum sacerdotale et gens sancfa, ut custodias prœcepta mea, « Vous me serez à « part d'entre tous les peuples : car toute la terre est à moi. « Et vous me serez un Royaume Sacerdotal et une Nation «Sainte, pour que vous gardiez mes préceptes^ » La Nation Juive était ainsi dans le genre humain le Peuple Pontife ; il accomplissait un sacerdoce universel pour la terre entière, en attendant que celle-ci se convertît. De là ce caractère admirable ^'universalité qui éclate partout dans les Livres Juifs, embrassant sous le nom de Jacoh et de Grande-Eglise tous les justes répandus partout, et par anticipation, tous les peuples devant se convertir à la Loi divine. Qui timetis Dominum^ laudate eum; universum semen Jacob^ gloiHpcate eum. Apudte laus mea m Ecclesia magna. Reminiscentur^ et convertentur ad Dominum universi fines terrœ. Et adorabunt in conspectu ejus universœ familiœgentium, Quoniam Dominiest regnum, et ipse dominabitur gentium. « Vous tous qui craignez le « Seigneur, louez-le ; universelle semence de Jacob, glori- « fiez-le. A toi ma louange dans la Grande-Eglise. Ils se « ressouviendront et se cohvertiront au Seigneur de « tous les confins de la terre ; les familles universelles « des nations se prosterneront en sa présence parce que (' le Règne est au Seigneur et il dominera sur tous les « peuples ^ »
1. Kxod. XIX, 5-C; — Douter., VU, (î ; — Idi'nt, XXVI, 18. — . I»s. XXI.
Aux yeux du Peuple Juif, toute la race humaine, si di verse qu'elle fût, et souvent si considérable par ses établissements, se confondait sous le nom générique de Gentilité, par opposition à lui seul qui se considérait comme à part d'entre tous les peuples. Et la raison de ce privilège, dont il avait si fort conscience, ne peut lui être contestée; car c'est la même qui fait notre supériorité sur le monde ancien : savoir, que ce monde était plongé dans la nuit de l'idolâtrie et que lui seul était doté de la Vérité divine et morale, de la Loi écrite, ne devant céder qu'à la Loi Évangélique. Il avait les prémices de la Vérité universelle , et lui seul en avait la garde et le culte pour le genre humain.
De là cette ardeur religieuse, qui fait de lui le foyer divin sur la terre, épurant^et vengeant le culte de Dieu et de la loi morale souillée partout ailleurs, avec ce caractère de protestation et de réparation qui donne à toutes les expressions de ce culte une intensité sublime.
Il était, disais-je, Pontife pour l'humanité ; mais Terreur universelle de l'humanité affectant la Nature même, la Création tout entière substituée au Créateur, le Peuple Juif n'était pas moins Pontife de la Nature. Il la maintenait dans sa dignité première en la faisant louer son Auteur.
On parlera éternellement de la harpe de David, cL elle ne cessera de vibrer dans le monde. Et pourquoi? C'est que sur elle la Nature entière, la terre, la mer, les cieux, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les abîmes, les fleuves, les forêts, la nuit, le jour, les éclairs et les tonnerres , les oiseaux, les fleurs , les champs, la Création, en un mot, dans toutes ses magnificences c toutes ses grâces, rendent louange à Dieu Créateur, sou
les doigts du Pâtre-Roi. C'est que rame humaine y est touchée dans tous ses véritables sentiments : l'adoration, l'extase, l'abattement, l'indignation, la joie, la douleur, la faute, le repentir, la crainte, l'espérance, la confiance, l'amour, l'enthousiasme, la paix, la suavité, la soif de l'âme ressentie et satisfaite dans tous ses besoins, ses désirs et ses affections, par rapport à Celui-là seul par qui et pour qui elle est faite, Dieu. C'est que le genre liumain y est chanté dans toutes ses ignorances , ses vanités, ses égarements, ses oublis, ses chutes, sa vocation, son retour, sa conversion universelle de toutes les erreurs à la seule Vérité, et de tous les faux dieux au seul Seigneur des hommes. C'est que Dieu même y résonne dans tous ses attributs adaptés à notre nature : sa Sagesse, sa Providence, sa Justice, sa Miséricorde, sa Sainteté, sa Puissance, sa Grandeur, son inclination vers la misère humaine qui s'humilie et qui l'implore, et sa résistance à la superbe qui le brave ou veut se suffire en dehors de Lui.
Qu'on vienne nous parler d'Homère, de Pindare ou d'Horace I Ils peuvent charmer l'esprit humain dans les heures de fantaisie et de loisir. Mais qui les ouvrira dans les heures sérieuses, anxieuses, malheureuses? Qui y cherchera la paix, la lumière, la force, le secret de soi-même et de sa destinée, des inspirations, des résolutions et le réconfort? Qui y étanchera sa soif? Tout cela déborde des Chants Sacrés, et porte à l'âme cet apaisement que ressentait à leur mélodie le roi Saûl agité de l'esprit du mal. Et, par surcroît, la plus riche poésie, sans mensonge et sans fiction.
Et ce que je dis des hymnes de itavid s'applique aussi bien 11 Moïse, h Job , îi Isaïe, à .Térémic , à toutes les par-
ties de nos Livres Saints. Il y a en eux plus que la pensée ou le sentiment d'une vérité temporaire et locale se rapportant à des situations ou des mœurs qui ne sont plus. C'est l'Esprit de vérité dans une forme scripturale, vivant, parlant, et se communiquant à l'âme humaine de tous les temps.
Comment en douter? Il n'est pas de peuple qui n'ait payé tribut à l'erreur; et le paganisme universel, avec ses superstitions insensées et ses mœurs abominables, n'a que trop justifié la maxime : Errare humanum est. Et quant aux chercheurs par profession de la vérité, aux philosophes, il ne faudrait que montrer la discordance de leurs systèmes pour faire désespérer de l'esprit humain. Si on rassemblait aujourd'hui tous ces prétendus Sages en une seule demeure, on pourrait se croire dans une maison de fous : dicentes se esse sapientes stulti facti sunt, comme le leur disait saint Paul'. Eh bien, chose frappante f dans tout le corps des Écritures, composé de tant de parties diverses et où tant d'hommes ont mis la main à travers tant de siècles, on ne peut relever aucune erreur doctrinale ou morale. Une seule âme, un seul esprit anime ce Corps et en fait un concert de vérité sans aucune dissonance. Le Peuple Juif sans doute a été souvent infidèle, il a prévariqué. Mais ce sont ses infidélités mêmes que j'invoque à l'appui de l'observation , comme témoignant à la fois et la nature commune de ce peuple, et la préservation de la vérité dans son sein, ne cessant d'accuser ses égarements et de l'en ramener, à la différence de tous les autres peuples chez qui l'erreur