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Renan, Vie de Jésus

LE MONDE JUIF. 16o

Voilà loul ce que l'iiostilitô la plus déclarée a pu faire pour atténuer ce fait indiscutable d'une source prophétique incessante au sein du Peuple Juif. Sous l'estompe de la fantaisie, la vérité n'en parait que plus ineffaçable dans son fond; et si on la dégage dans sa réalité littérale et historique, elle accable la conviction de l'évidence du prodige. Voilà un peuple, qui non-seulement est seul exempté de l'erreur universelle dans le passé, mais qui est encore le promulgateur prophétique des destinées universelles de l'humanité; et cela, dix, vingt, trente siècles à l'avance des événements qu'il ne cesse de signaler et de décrire, à rencontre de toute vraisemblance, et avec une telle rectitude, que si l'histoire du monde était perdue on pourrait la refaire avec ses prédictions. Et ce ne sont pas seulement les destinées finales de l'humanité dont la vue lui est donnée, mais les révolutions des Empires qui doivent les amener, et qu'un Cyrus, qu'un Alexandre, un Titus viendront eux-mêmes vérifier. Outre les Prophètes proprement dits, les rites, les mœurs, les événements qui ont constitué l'existence du Peuple Juif étaient figuratifs de l'avenir, en entretenaient l'attente, en anticipaient le fruit. Il était luimême un Peuple-Prophète. Cette prophétie nationale se personnifiait ensuite dans une série de grands types et de grands oracles dont chacun exprimait des traits de plus en plus saillants du même tableau, avec une précision et une concentration qui allaient croissant, comme si l'événement lui-même fût venu se photographier dans la Prophétie', bien que le dernier rapprochement de celle-ci fût à la distance de six siècles. Isaïe a pu être appelé k cinquicme EvangclistCy et Daniel, dans sa Proiiii<Hie d(js liai/aumcsy et dans celle cks Semaines, a servi

de plan historique à Bossuet, et de table astronomique à Cassinii.

Tel est le Peuple Juif, peuple manifestement miraculeux : miraculeux dans son existence, dont la chaîne se rattache au berceau du monde et va se prolongeant à perpétuité à travers les apparitions et les disparitions de tous les peuples ; — miraculeux dans les deux états si tranchés de cette existence : séquestré de tout dans les temps anciens, dispersé partout dans les temps modernes; — miraculeux dans la lumière de la Vérité divine au sein des ténèbres universelles de Tidolâtrie; miraculeux dans l'aveuglement de rinfidélité au sein des lumières universelles de l'Évangile; —miraculeux enfin par cette double fonction, concourant à un même but par son opposition même, qu'après qu'il lui a été donné de tout prévoir, à vingt siècles de distance de l'événement, il lui est refusé de rien voir, après vingt siècles au sein de l'événement même, pour être le témoin contre lui-même, le gardien stérile, et comme l'eunuque de la Prophétie dont il a été l'infidèle époux.

Eh bien, tout ce prodige du Peuple Juif, toute celte économie de sa destinée n'a qu'un objet qui seul l'explique et à qui revient toute la preuve qui en ressort :

Jésus-Christ est le Messie. Le Messie est l'étoile du Peuple Juif. C'est le i^en^le Messianique. Il n'a pas d'autre raison d'être. Les divers peuples qui ont paru sur la

t. « Eùt-on soupçonni^, dit le savant Bonnel, que l'élude d'un Prophète enrichirait l'astronomie transcendante, et qu'elle no is vaudrait, sur certains points de celte belle science, un degré de précision fort j supérieur à celui que le calcul avait donné jusqu'alors? »

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.^tijiic (lu monde ont eu des rôles divers, des missions propres à chacun. Mais c'étaient des rôles naturels, des missions providentielles, qu'ils remplissaient sans le savoir, et dont le secret n'a apparu qu'à la fin, et pour être encore contesté et discuté. C'est là Pobjet de la philosophie de l'histoire. Du Peuple Juif, il en est tout autrement. Dès Abraham d'où il est sorti, et qui a été tiré lui-môme du genre humain à cet effet, sa fonction a été ouvertement assignée et promulguée : donner le Christ au monde; en recevoir la promesse, entretenir l'attente de son avènement; être son prophète et son hérault; le porter : être le Peuple de Dieu, C'est là son rôle défini, unique, indiscutable, indiscuté. Tout dans sa longue histoire est subordonné à cette raison d'être; tellement, que non-seulement il cesse d'être, du moment où le Messie sort de lui, mais qu'il n'a commencé d'être qu'à cette charge et condition : Le Sceptre ne sortira point de Juda, jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé : Celui-là qui doit être l attente des Nations '.

Ce n'est pas là un rôle naturel, ni même simplement providentiel : mais manifestement surnaturel, historiquement divin, et qui déroge à l'ordre ordinaire et constant des destinées nationales. C'est le miracle dans l'histoire. Et ce miracle, qui la traverse d'un bout à l'autre, dans les deux états ancien et moderne du Peuple Juif, c'est Jésus-Curist.

C'est Jésus-Christ ; et c'est par là même Dieu : car ces deux dogmes ont toujours été solidaires dans l'àrae humaine et s'y sont alimentés mutuellement. Partout cl toujours, — grande preuve ! — on a cru à Dieu à pro-

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