Goncso, XLIX
portion qu'on a cru au Curist, et on a cru au Gurist à proportion qu'on a cru à Dieu. L'un ne va jamais sans l'autre, comme le foyer etle rayon qui en descend et par lequel on y remonte, et dont la lumière et l'ardeur sont substantiellement identiques dans leur distinction : le Christ étant l'émission de Dieu et comme son prolongement sur la terre. Aussi, le peuple Messianique a-t-il été le seul peuple Monothéiste^ vraiment Peuple de Dieu dans les temps anciens; et les peuples qui cessent d'être Chrétiens sont les peuples sans Dieu dans les temps modernes ^
Le Peuple Juif a été ainsi comme le moule de l'œuvre de Dieu dans l'humanité, lequel, après avoir servi dans son intégrité à préfigurer le Christ, a été brisé et dispersé par l'univers pour lui rendre à jamais témoignage.
La Loi mosaïque portait le Christ dans ses flancs. Elle en était grosse : Lex gravida Ckristi, comme dit l'énergique Tertullien. C'était une gestation. Par une préoccupation incessante de ce dépôt sacré, Dieu en écartait soigneusement tout ce qui aurait pu l'altérer. Le Fruit, d'ailleurs, devant en être non-seulement divin, mais humain, réclamait une génération du même ordre. Le Messie, fourni par Dieu même, en tant que Fils de Dieu, mais devant naître de la race humaine en tant que Fils de l'homme, il fallait, pour être vraiment tel, qu'il sortit comme chacun de nous d'un peuple, et dans ce peuple, d'une série d'ancêtres aboutissant à un enfantement maternel, à cet enfantement qui s'annonçait huit siècles à l'avance, par la bouche d'Isaïe, en ces mots : « Le « Seigneur vous donnera un prodige. Voici : Une Vierge
1 . Il y a là un arguineiil qui vaut la peine d'ûtre repris : nous l'ajournons à la partie Doctrinale.
(( concevra; clic enfanlcraun Fils, et son nom sera Dieu- (( avec-nous : Emmanuel ^ » — La Vierge Marie devait être, en cela, la dernière et pure expression du Peuple Juif dans l'ordre de la génération humaine de Jésus- Christ : la Tige de Jessé, sortant de la racine hébraïque et, en celle-ci, de la race adamique, d'où la Fleur du ciel devait monter et s'épanouir en grâce sur la terre : Orictur Virga de radiée Jesse, et Flos de radiée ejus ascendet\
En même temps que cette divine gestation se poursuivait ainsi de Torigine des temps à leur plénitude, et que s'élaborait l'accomplissement de cet immense soupir du monde : deux, envoyez votre rosée, et que la terre enfante son Sauveur^! se dégageait aussi, dans l'Écriture et la Prophétie, comme impatiente de se montrer, la figure du Christ. Tout le préfigure, tout l'exprime, tout l'annonce, pour en exciter et en satisfaire le désir. On peut dire de chaque objet consacré au culte mosaïque ce que saint Paul a dit de la pierre d'où Moïse avait fait jaillir les eaux : Et Petra erat Christits*. Ce caractère figuratif et sacramentel qui avait dégénéré partout en idolâtrie du signe pris pour la chose figurée, n'a jamais été atteint de cette corruption dans le Judaïsme ancien, pas plus qu'il ne l'est dans le Catholicisme : tant, des deux parts, le Christ est Présent et domine tout, efface tout de sa transparence. Ainsi était-il en tout : dans les apparitions célestes, appelées, pour cette raison, Théophanies; dans les personnages historiques, Abel, Joseph, Moïse, David, types divers de Jésus-Christ; dans les événemenis
». Ih.,VII, i. — 2. Id., XI, t. — J. r<.,XLV, V7. - 4. I ad iintli.^ X, 4.
nationaux, dans la lettre des Écritures, dans les rites religieux, dans les victimes des sacrifices et toutes les cérémonies de la Loi.
Mais, ce qui donnait surtout le ton et le relief à tout cet ensemble, c'était la Prophétie qui, comme dans un miroir concentrique, faisait tout rapporter à cet unique objectif dont elle anticipait les traits du plus lointain avenir, jusqu'à les transposer au présent et même au passé, comme s'ils étaient accomplis. A quelque endroit que vous ouvriez les Écritures, vous y verrez ainsi Jésus- Christ, jusqu'à ne pas pouvoir démêler, dans le tissu que l'Église Catholique a fait, pour son usage, des deux Testaments, ce qui est de l'un et ce qui est de l'autre, soit qu'il s'agisse du Christ humilié et victime, soit qu'il s'agisse du GnRisTviclorieux et vainqueur: double caractère qui, en paraissant se contredire, rend le concert de la Prophétie et de l'Événement d'autant plus démonstratif.
Il faudrait tout citer. Le prodige est tout à la fois si certain et si grand, que l'impiété elle-même, à bout de le contester ou de l'éluder, a voulu se donner la bonne grâce d'en être le scribe j
« Des accents inconnus se font déjà entendre (dit-elle, « traduisant Isaïe) pour exalter le mérite et célébrer la « puissance de FHomme de botjlevr. A propos de quelqu'un « de ces sublimes patients qui, comme Jérémie, teignaient « de leur sang les rues de Jérusalem, un inspiré lit un {( cantique sur les souffrances et le triomphe du Serviteur « de Dieu, où toute la force prophétique du ^eme d'Israël «semble concentrée. — Il s'élevait^ comme un faible
1, 11 y a, dans le texte, il s'élèvera, ascendel.
«. arbuste, comme un rejeton qui monte d'un sol aride. H II n'avait ni ftrâcc ni beauté. Accablé d'opprobre, dé-
(jiaissé des hommes, tous détournaient de lui la face. fïoavert d'ignominies, il comptait pour un néant. C'est (ju'il s'est chargé de nos souffrances; c'est qu'il a pris sur lui nos douleurs. Vous l'eussiez tenu pour un « homme frappé de Dieu, touché de sa main. Ce sont « nos crimes qui l'ont couvert de blessures, nos iniquités « qui Font broyé; le châtiment qui nous a valu le par- « don a pesé sur lui, et ses meurtrissures ont été notre a guérison. Nous étions comme un troupeau errant,
Khacun s'était égaré, et Jéhovah a déchargé sur lui iniquité de nous tous. Écrasé, humilié, il n'a pas uvert la bouche^; il s'est laissé mener comme un « Agneau à l'immolation ; comme une brebis, silencieuse « devant celui qui la tond, il n'a pas ouvert la bouche ^. « Son tombeau passe pour celui d'un méchant, sa mort our celle d'un impie. Mais du moment qu'il aura «"olïert sa vie, il verra naître une postérité nombreuse, « et les intérêts de Jéhovah prospéreront dans samain^.» Telle est l'une des Prophéties entre mille, transcrite, visée et certifiée par l'ennemi lui-môme ^ Et certes, il a lucn raison d'y voir toute la force prophétique concentrée
1. « SHl a été offert^ dit ici le Prophète, c''e»t qu'il Va voulu. » (Isaïe, ch. LUI, 7.)
2. « Il est mort dans les angoisses, ayant été condamné par des « juges. » Autre trait omis très-important.
3. « Le prix de ses soutîrances lui sera donnd, et il jvsti/iera un « (jratid nombre par la connaissance qu'ils auront de /m», ayant porté « lui-mCmc leurs ini(iuitt5s. — Le Seigneur lui départira une noni- 0 ])reuso postérili', parce qu'il se sera livr»^ lui-mCme t\ la mort ; qu'il « aura été mis lui-même au rang des scélérats, et qu'il aura prié pour (( les coupables. » (Isaïo, LUI, U, 12.) — 4. Henan, Vie de Jésus.
sur cet EccE Homo ainsi présenté par Isaïe huit cents ans avant qu'il l'ait été par Pilate !
Il signale, pareillement, la vision prophétique de Daniel, par opposition avec le portrait tracé par Isaïe ; double aspect du Christ souffrant et glorieux, se conciliant par cette condition que son triomphe devait être le prix de ses souffrances, selon que Lui-même le rappelait ainsi aux disciples d'Emmaûs : « 0 insensés et tardifs à croire ce qu'ont dit les prophètes : ne fallait-il pas que le Christ souffrît, et entrât ainsi dans sa gloire ? »
«Je considérais ces choses dans une vision, dit Daniel, « et je vis comme le Fils de l'homme qui venait sur les nuées « du ciel, et qui s'avança jusqu'à l'Ancien des jours. Ses « anges le lui présentèrent, et il lui donna puissance, « honneur, royauté, et tous les peuples, et toutes les tri- « bus : disant que toutes les races et toutes les langues « le serviront, que sa puissance est une puissance éter- « nelle qui ne lui sera point ôtée, et que son règne f( n'aura pas de fin ^. »
Il faut nous borner et mettre seulement le lecteur sur la voie. La Prophétie, par ses mille voix et ses mille notes, sortant d'autant d'instruments divers , exécutant chacun sa partie, de la plus douce à la plus grave, de la plus dominante à la plus large, comme dans l'ouverture d'un Oratorio divin, allait ainsi, chantant le Christ à venir, lemontrant venu avant qu'il ne parût sur la scène, dans l'ensemble de sa physionomie comme dans les moindres détails de son histoire : suscitant de l'avenir le plus lointain et le plus opposé ce spectacle de rénovation universelle auquel ses témoins mêmes ne croiront
3, etc.
LE MONDE JUIF. i73
pas, et qu'après vingt siècles crèvènement, nous qui en sommes issus croyons h peine.
Toutes convergent à ceci : — que cette idolâtrie qui asservissait la terre entière, le peuple Juif seul excepté, serait entièrement détruite; — que toutes les nations, si divisées et si perdues qu'elles fussent dans les voies de Terreur et de la corruption, seraient ramenées à une seule foi et à une seule loi , celle du vrai Dieu, laquelle sortirait de la Judée; — qu'en môme temps que les ténèbres se changeraient en lumière pour les Gentils, la lumière môme se changerait en ténèbres pour Israël, lequel serait livré à la destruction et à la désolation, en châtiment de son infidélité, sans qu'il le comprenne, et serait secoué parmi toutes les nations de la terre comme on secoue le froment dans un crible^; — que tous les Sacrifices seraient abolis, môme le sacrifice Juif, du jour où le Christ serait mis à mort, pour faire place à la seule Hostie pure et sainte que, derOrientauCouchant,on offrira au Seigneur, en toutlieu ; — que le lieu et le temps, où s'accomplira cette Œuvre du Christ, entre l'origine du monde, d'où part sa prédiction, et la fin des temps, qui en sera la seule limite ici-bas, sont déterminés avec une précision géographique et chronologique allant jusqu'à désigner la ville, petite entre toutes celles de Juda, où il naîtra, et à fractionner les siècles qui séparent la Prophétie de l'événement de sa vie et de sa mort, en un comput qui est devenu celui de la science et de l'histoire; — enfin, le tout encadré dans les révolutions des Empires, depuis Cyrus jusqu'à Titus, tracées en un tableau qui ne laisse à l'histoire, comme ;dans une cailo