‹ Jésus-ChristChapitre 56 sur 158 · Amos, IX · texte numérisé non relu

Amos, IX

muette, qu'à inscrire les noms et qu'à mettre au bas In légende.

Je me borne à ces traits généraux — absolument indiscutables, et sur lesquels toute critique ne pourrait qu'user sa dent — et je renvoie, pour les textes et les détails, plus prodigieux encore, à l'étude littérale qui en a été faite ailleurs.

Tel est le témoignage que le Monde Juif rend à Jésus- Christ.

Ce témoignage, en somme, il ne faut pas le perdre de vue, ne diffère de celui que lui rend le Monde Païen, que par plus de précision, de clarté et de pureté, à raison de son caractère directement surnaturel. La Gentilité a toujours cru au dogme de la Médiation et elle l'a pratiqué, partons ses faux dieux sauveurs intermédiaires entre notre misère et la Justice céleste. Elle n'a pas moins cru au dogme de la Rédemption par l'immolation d'une victime pure substituée à l'bomme pécheur, et elle l'a encore universellement pratiqué par ses faux sacrifices. En cela le faux témoignait le vrai, était le vrai décomposé et perverti. Mais, à travers ses faux dieux et ses faux sacrifices, au-delà et au-dessus, elle a toujours et partout espéré un vrai Sauveur, elle l'a attendu comme devant venir du même point du monde. C'a été la chimère universelle. Cela est certain. Ce Sauveur unique, chose frappante, nul jusqu'à Jésus-Christ, nul à partir de Jésus-Christ, n'a prétendu l'être, nul n*a été pris pour tel ; et il a si bien rempli l'attente, que cette grande attente persévérant jusqu'à Lui a cessé à partir de Lui, si ce n'est dans la race Juive, dont l'aveuglement, loin d'affaiblir ce grand témoignage, le fait ressortir. Enfin, l'aggravation crois-

LE MONDE CHRÉTIEN. 17o

saute du mal humain, arrivé sur la fin à cet étal de décomposition que présentait le monde, témoignait du besoin de ce Sauveur, si justement appelé dès l'origine le Désiré de toutes les nations, et Tenfantait comme son remède ; de telle sorte qu'étendant le mot de Tertullien, sans distinction de Juif et de Gentil, à la race humaine tout entière, il a été vrai de dire : Gens humana gravida Christo,

Le Christianisme est un acte Créateur; et le sujet étant le monde, c'est la création d'un monde : la création nouvelle du monde humain.

Cette expression n'a rien de trop fort. En elle rentrent toutes celles des Prophètes annonçant la rénovation universelle que le Christ devait opérer. « Envoyez votre « Esprit et ils seront Crées, et vous renouvellerez la face « de la terre^. Et voilà que je vais Créer de nouveaux « cieux et une terre nonvelle*. » Et le monde païen faisant écho à ces oracles ne redisait pas un moindre événement.

Créer, c'est faire de rien des choses qui ne sont pas ou qui ne sont plus.

Le monde n'était déjà plus : le Christ l'a refait, par la création de choses qui n'y étaient pas. Et cela de rien.

Je ne crains pas même d'ajouter que son acte est su-

rs, cm, 31. — 2. la., LXV, 17.

périeur à une création première, en ce que le pur néant dans celle-ci n'oppose aucune résistance, tandis qu'il a agi sur le sujet le plus réfractaire qu'on puisse concevoir, et que, par le plus radical contrepied, il Ta refondu et recréé de fond en comble par des éléments tout nouveaux, sans rien d'humain.

Voilà l'œuvre du Christ.

Essayons en peu de mots de le montrer.

Je dis d'abord que le monde ri était plus.

Je ne retracerai pas le tableau de ce vieux monde, amassé sur la fin en un seul corps, dont la tête hideuse et bestiale, Tibère,Caligula, Claude, Néron, Héliogabale, résumait et précipitait la dégradation ; de cette Rome où de toutes parts venaient se rendre et se grossir, pour y être glorifiées, toutesles atrocités et toutes les ignominies, quo cuncta undique atrocia aut pudenda conflimnt, celébranturque, comme disait son historien^. Le mal y avait atteint des proportions et des profondeurs auxquelles toute expression se refuse, et que l'Aigle de Pathmos a justement appelées alfitudines Satanœ , les profondeurs de Satané

L'ordre moral n'était plus. Il entraînait dans sa ruine l'ordre physique lui-même, l'existence matérielle des sociétés. Le vice et le crime, d'une puissance d'invention et de domination que la seule nature humaine ne suffit pas à expliquer, avaient dépouillé leur nom et leur honte et revêtu le caractère de jeu ; le jeu de la bête avec sa proie. Ce n'était pas une société qui s'éteignait; c'était un colosse tournant toutes ses fureurs contre lui-même.

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