‹ Jésus-ChristChapitre 57 sur 158 · Tacite, Annales, liv. XV, 4'i. — 2. Apop. II · texte numérisé non relu

Tacite, Annales, liv. XV, 4'i. — 2. Apop. II

La vie humaine n'avait plus de prix. Elle était, jetée en pâture, par ses deux extrémités, ù la Débauche, qui en tarissait la source, et à la Férocité, qui en anticipait la fin. Stériles moriuntur, s'écriait Juvénal, effrayé que le grand écart de la nature sur lequel il a tant insisté n'entraînât la destruction du genre humaine La vie humaine était d'autre part comptée pour si peu, qu'applaudissant à ses propres funérailles, le peuple passait à la féroce fantaisie du prince les^égorgements qui lui plaisaient^ et que le prince lui rendait avec largesse dans les grands carnages du Cirque, nenihilageretur^ pour tuerie temps, dit Sénèque. L'Ennemi de l'homme, celui-là qui fut homicide au commencement^^ l'était devenu en grand. L'allégorie sous laquelle l'a peint Mil ton était devenue une réalité : il engendrait la Mort de son affreux hymen avec la Corruption sa fille. Il précipitait l'humanité en masse dans un abîme de boue et de sang. Emportée par son vertige, l'humanité elle-même allait à l'abattoir en le saluant dans sa déification humaine. C'était la digne fin du monde païen : le suicide dans l'orgie ^

1. Du8Suux,nole sur la Satire IX. — 2. Animanim vilttate, popU" loque ad sua funera plaudente, efferatus Princeps quosvis ad cœdes postulat (Tacite). — 3. Jean, VIII, 4.

4. Lisez Tacite, lisez Juvénal si vous le pouvez, Juvénal qui n'est si illisible que parce qu'il employait les propres ignominies du monde romain à le flageller, mais qui, loin d'être hyperbolique, est aussi véridique que l'histoire, et quelquefois plus indulgent, dit son honnête et savant traducteur Dussaux. Aussi, pour flétrir ces mœurs infâmes, le grave Tacite leur opposait-il les Mumrs des Germains, de ces barbares qui ne connaissaient que les forêts, leurs repaires, d'où ils sortirent comme des loups: moins barbares encore qu'ils ne le devinrent au contact <ie la civilisation païenne. Ncmo illic vitia ridet, disait-il, nec corrumpere et cornmpi sœcULUM appellant. Quand la corruption, en effet, en est v«nu<«, à s'appeler le Siècle, ef ;\ passer pour la Civilisation,

Supprimez en effet par la pensée Celui qui a paru pour détruire cette œuvre de SoMn; supprimez Jésus -Christ : que serait-il advenu?...

La fin de riiumanité, dirai-je avec Chateaubriand, dans la belle étude qui termine son Qénie du Christianisme,

Voici qui vient corroborer ce sentiment :

La civilisation n'est pas de création humaine. L'homme y concourt puissamment, sans doute, et se l'approprie diversement, selon le génie propre à chaque peuple; mais le fond, le germe et la sève, si nous consultons l'expérience historique du genre humain, sont toujours importés et transmis de peuple à peuple : ce qui induit à conclure que l'humanité en a été originellement dotée par son Auteur. On n'a pas vu de sauvages, ni même de

par le progrès des arts de se satisfaire, c'est le raffinement de la barbarie. Ces arls-là étaient portés à Rome à une capacité d'invention et à une puissance de moyens auprès desquels nous ne sommes encore, grâce à Dieu, que des pygmées. Qu'il suffise de dire que la surintendance de la débauche fut dévolue à Pérron»c. Il était, dit Tacite, Arbiter elegantium, et rien n'était réputé de bon goût et de suprême grâce s'il n'avait son approbation. Il avait pour collègue et pour rival Tigellin, chargé plus particulièrement de la partie des crimes, que l'austère Burrhus et le sage Sénèque ne déconseillaient point : toujours pour en éviter déplus grands, qui, une fois commis, jusqu'aux incestes et aux parricides, ne manquaient pas de trouver en eux des apologistes. Les honniStcs gens !

N^5lail-ce pas là le point où les Fléaux de Dieu devaient entrer d'un côté, et la Croix de Jéscs-Christ de l'autre, pour broyer la paille et sauver le grain? « 0 Mars, protecteur de nos murs, » s'écriait dans un saint transport d'indignation le vertueux satirique, c( Dieu de la « guerre, tu restes immobile? Tu ne frappes pas la terre de ta lance? « Tu n'invoques pas la foudre de ton Père ? Sors donc de ce champ « formidable qui te fut consacré et dont tu n'as pas souci ! »

Il n'appartenait qu'au Mars chrétien de répondre h ce cri de la conscience humaine, en frappant et sauvant le monde de la lance do «•••» Croix.

barbares, se civiliser d'eux-mêmes, sans contact avec un peuple déjà civilisé. On voit au contraire la civilisation, dans sa principale marche de l'Orient à TOccident, se transmettre de la Haute-Asie en Egypte, de TÉgypte en Grèce, de la Grèce à Rome ; et d'un autre côté, quoique moins richement, dans le monde Indien qui se rapporte lui-même à cet unique foyer.

Il suit de là que, le monde ancien étant tombe dans cet état de décomposition que nous venons de voir, où toute chair avait corrompu sa voie^^ on ne voit pas de quel côté aurait pu lui revenir la vie, si elle n'était descendue d'Ew Haut.

Les Barbares, qui ne tardèrent pas à se précipiter sur lui, comme des animaux carnassiers sur un champ de mort, n'y auraient pas apporté cette civilisation qu'ils n'avaient pu jusque-là se donner à eux-mêmes. Ils y auraient contracté, au contraire, cette autre barbarie de la fin, pire que la leur, et dont l'accouplement avec celleci fait reculer l'imagination.

Qu'on en juge par tout ce que le Christianisme a exercé d'action, d'interposition et de préservation dans ce conflit épouvantable, et qu'on se demande ensuite si, sans lui, sans Jésus-Christ, il n'est pas vrai de dire que toute civilisation n'était plus.

Ainsi le monde était déjà jugé ^ la cognée était à la racine del'arbre^yei c'est Jésus-Christ qui, de sa toute-puissance créatrice, a refait ce qui n'était plus.

Mais nous allons en être bien plus convaincus si nous considérons, en second lieu, comment il l'a refait.

H Ta refail en y créant des choses qui n étaient pas.

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